Trouver le meilleur avocat pour régler un problème juridique n'est pas toujours chose aisée. La sélection se fait encore souvent de manière empirique, grâce au relationnel ou au bouche-à oreille. Les outils numériques offrent désormais des possibilités uniques de comparer, jauger et choisir le professionnel du droit qui sera le plus à même de défendre vos intérêts. L'avocat Xavier Gillot a décidé de se lancer sur ce créneau et de développer une solution en ligne, baptisée Ulaw.

Cette nouvelle plateforme a pour ambition de créer une communauté d'avocats, spécialisés dans tous les domaines du droit. Ulaw offre aux clients la possibilité de sélectionner le profil le plus adapté à la problématique juridique qui les concerne. La plateforme renseigne les spécialités de l'avocat, ses années d'ancienneté, son " pedigree ", mais aussi son tarif horaire, ce qui reste relativement rare dans le secteur.

De plus - et c'est une première en Belgique -, Ulaw intègre un outil de notation des avocats. Ces derniers se verront décerner une note, comprise entre une et cinq étoiles, en fonction de critères objectifs fixés par un algorithme. L'expérience de l'avocat, son ancienneté, le nombre de dossiers qu'il a traités en feront partie. Son taux horaire influencera également la note : " Si le tarif de l'avocat est disproportionné par rapport à son expérience, il sera pénalisé ", explique Xavier Gillot, fondateur de Ulaw. Le retour des clients, qui seront invités à noter l'avocat, sera bien entendu intégré dans le calcul de la note finale.

Facturation par étapes

Cet outil de notation et les informations détaillées qui figurent sur le site visent à retisser un lien de confiance qui se serait perdu entre les avocats et leurs clients, d'après Xavier Gillot : " Les clients se plaignent d'un manque de transparence des avocats. Ils ne savent jamais combien un avocat va leur coûter, ni combien de temps ce dernier devra consacrer à leur dossier. Ulaw propose des outils permettant de répondre à ces demandes légitimes. "

Pour sélectionner son avocat, le client peut lancer un appel d'offres via l'interface de Ulaw. Il lui suffit d'insérer un descriptif de sa demande et du type de problématique juridique pour laquelle il sollicite un avocat. Les spécialistes de la matière enregistrés sur la plateforme peuvent répondre à ces appels d'offres, en précisant le temps qu'ils estiment nécessaire à la résolution du problème, et le coût envisagé pour leur intervention.

"Les clients ne savent jamais combien un avocat va leur coûter, ni combien de temps ce dernier devra consacrer à leur dossier. Ulaw propose des outils permettant de répondre à ces demandes légitimes." Xavier Gillot, fondateur de Ulaw

Dès que le client a choisi son avocat, ce dernier lui propose un programme détaillé de sa mission. Toujours dans l'idée de rendre plus transparente la relation entre l'avocat et son client, le concepteur de la plateforme a développé un outil de suivi au jour le jour. " Toutes les étapes de la mission peuvent être précisées : analyse du dossier, réunion avec le client, adaptation d'un contrat, analyse des comptes, etc., précise Xavier Gillot. Pour chaque étape, l'avocat introduit une estimation du timing et indique clairement le prix. " Ces outils de suivi bousculent le modèle traditionnel de facturation adopté par la plupart des cabinets d'avocats. Généralement, le client reçoit en fin de mois ou à la clôture du dossier un récapitulatif des heures prestées et le montant des honoraires. Sur la plateforme Ulaw, la relation est plus directe. Dès qu'une étape est clôturée et validée par le client, la facture relative à la prestation peut immédiatement lui être soumise pour approbation. " Cela permet de lisser la charge du paiement et cela évite les mauvaises surprises ", soutient Xavier Gillot.

Avocat entrepreneur

Après une dizaine d'années chez Stibbe, où il était devenu associé en droit fiscal, Xavier Gillot a eu envie de lancer son propre projet. Au fil de sa carrière (15 ans comme avocat, deux ans comme manager chez KPMG), il a pu examiner en détail le fonctionnement des grandes structures. Il est aujourd'hui convaincu qu'un nouveau modèle peut être construit, radicalement différent de celui des grands cabinet d'affaires. " La force des grands cabinets, c'est l'optimalisation de la rentabilité du temps passé par les avocats sur leurs dossiers. Le problème, c'est que tout finit par tourner autour d'un seul but : comment maintenir un haut niveau de rentabilité par associé ", pointe Xavier Gillot.

Le business model d'un grand cabinet d'affaires repose sur une large base d'avocats " juniors ", épaulés par quelques avocats expérimentés et chapeautés par une poignée d'associés. Les juniors ne perçoivent qu'une fraction du montant facturé pour leurs prestations. La différence rémunère l'association d'avocats et l'associé dont ils dépendent. Exceptionnellement, au bout de quelques années, l'avocat junior accède au statut d'associé. Mais le plus souvent, il est invité à quitter la structure. C'est le principe du up or out.

Selon Xavier Gillot, ce modèle donne des signes d'essoufflement : " Les jeunes rejettent cet ancien système, analyse l'avocat. Ils en ont assez de travailler de 9 h à 21 h sans discuter. Ils veulent bien gagner leur vie, mais aussi profiter de leurs soirées et ils ont bien raison. Ils ne croient plus aux perspectives de carrière qu'on leur fait miroiter. Aujourd'hui, ils veulent de la loyauté, de la flexibilité et une valorisation personnelle de leur travail. "

© Julien Leroy (Belgaimage)

Des avocats en réseau

C'est l'autre aspect de Ulaw : Xavier Gillot veut proposer une opportunité professionnelle aux avocats qui ne souhaitent pas ou plus travailler dans des cabinets structurés. " Ulaw fonctionne comme un réseau d'avocats ", décrit Xavier Gillot. Chaque avocat fonctionne de manière indépendante et peut localiser son bureau où il le souhaite. Le réseau Ulaw peut lui apporter des retours d'expertise, des possibilités de collaboration dans des dossiers multi-sectoriels et des espaces de discussion sur certaines thématiques juridiques. Surtout, la plateforme doit être capable de mettre l'avocat en contact avec de nouveaux clients.

La prochaine tâche primordiale de Xavier Gillot est de tenter de convaincre les avocats isolés et ceux qui travaillent dans des cabinets de petite taille (15 à 20 personnes) qu'ils ont intérêt à rejoindre son réseau.

La plateforme, qui est encore en phase de lancement, ne référence pour l'instant que quelques avocats. Le principal défi qui attend le concepteur du site est de rallier un nombre suffisant de professionnels, pour fournir une solution crédible aux clients, avec un choix suffisant et une couverture exhaustive de tous les domaines juridiques. Les avocats, de leur côté, s'attendent à trouver rapidement de nouveaux clients via la plateforme. Les deux publics sont indispensables et interdépendants, Xavier Gillot devra donc attaquer les deux de front.

Pour entamer ces démarches commerciales, le fondateur de Ulaw entame un processus de recherche de fonds, dans un premier temps via les banques et le financement public aux start-up. Avec du capital, il pourra engager un profil informatique à temps plein pour poursuivre le développement de la plateforme, et un profil commercial et marketing pour en assurer la vente et la promotion.

Modèles de contrats gratuits

Le modèle d'affaires repose sur le principe de l'abonnement. Après trois mois d'essai gratuits, les avocats qui rejoignent Ulaw sont invités à souscrire un forfait mensuel variant de 50 euros à 250 euros. Le montant de l'abonnement dépend soit du nombre de services fournis par la plateforme auxquels l'avocat souhaite avoir accès, soit du nombre de dossiers traités via la plateforme.

Du côté des clients, l'accès à la plateforme est entièrement gratuit. Ils peuvent y télécharger des modèles de contrats, accessibles gratuitement : contrat de franchise, pacte d'actionnaires, contrat de bail... " L'idée est de proposer des services au juste prix. Un modèle de contrat n'a pas de valeur en soi. La valeur ajoutée de l'avocat, c'est d'adapter ce modèle au cas particulier du client ", explique Xavier Gillot.

Cette nouvelle plateforme a pour ambition de créer une communauté d'avocats, spécialisés dans tous les domaines du droit.

Le fondateur de Ulaw a tenu à présenter son projet au barreau de Bruxelles, pour s'assurer que l'Ordre des avocats n'y voyait pas d'objections. " Le barreau de Bruxelles soutient ce genre d'initiative, précise Geoffroy Cruysmans, membre du cabinet du bâtonnier du barreau de Bruxelles. Il nous paraît d'ailleurs préférable que ce soient des avocats qui mettent en place ce type de projet et pas des acteurs extérieurs au barreau. Nous avons demandé quelques adaptations de son projet à Me Gillot, afin d'être sûr qu'il soit conforme à la déontologie des avocats, qu'il respecte leur indépendance et leur secret professionnel."

Particuliers, indépendants et PME

Dans un premier temps, Xavier Gillot vise une clientèle de particuliers, d'indépendants et de petites PME. Ce sont les clients les plus enclins à faire des recherches sur Internet pour trouver un avocat lorsqu'une difficulté juridique se présente, que ce soit dans leur vie privée ou leur vie professionnelle. Ulaw est donc ouvert à tous les avocats, quel que soit leur domaine d'activité : droit fiscal, droit social, droit familial, droit immobilier, etc.

Le fondateur de Ulaw ambitionne de s'adresser aussi aux plus grandes PME et aux grandes entreprises. Pour cela, il faudra convaincre les départements juridiques de ces sociétés qu'une plateforme internet peut leur proposer des services de qualité, à un tarif abordable. " Le défi est de bâtir une identité sur Internet. Mais je suis persuadé que Ulaw peut imposer sa marque, comme l'ont fait des cabinets comme Linklaters ou Clifford Chance ", avance Xavier Gillot.

Fiscalistes, comptables et DPO bienvenus

L'avocat réfléchit déjà à la construction d'une offre complète associant des prestations juridiques et d'autres services associés. Du côté juridique, Ulaw pourrait proposer des services rendus par des paralegals (juristes travaillant en cabinet d'avocats), de la recherche juridique par exemple, à des tarifs serrés. La plateforme pourrait aussi être utilisée par des avocats stagiaires qui proposeraient des services de base, comme la présence à une audience de remise (pour remettre une affaire à une date ultérieure). D'autres avocats plus expérimentés proposeront des prestations plus complexes, à des tarifs plus élevés.

A côté de ces services à caractère juridique, Xavier Gillot envisage de s'entourer d'autres professions, afin de proposer un ensemble complet et cohérent de services de conseil. " De plus en plus, les dossiers se complexifient et les professions se croisent. Ulaw pourrait mettre le client en relation avec des juristes, des avocats, mais aussi des data protection officers (DPO), des consultants, des comptables, des fiscalistes, etc." Ulaw pourrait ainsi devenir une sorte de one-stop shop du conseil.