Une nouvelle forme de courtier pourrait-elle bientôt voir le jour ? C'est ce qu'espère la start-up Golegal. Lancée il y a quelques mois par deux entrepreneurs, la jeune société bruxelloise espère se faire une place au soleil dans le secteur du conseil juridique. Golegal veut faire office de " guichet unique " pour les PME et les indépendants qui ont besoin des services d'un professionnel du droit : en fonction du dossier et de la demande du client, la start-up lui propose le juriste ou l'avocat spécialisé qui lui convient.
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Une nouvelle forme de courtier pourrait-elle bientôt voir le jour ? C'est ce qu'espère la start-up Golegal. Lancée il y a quelques mois par deux entrepreneurs, la jeune société bruxelloise espère se faire une place au soleil dans le secteur du conseil juridique. Golegal veut faire office de " guichet unique " pour les PME et les indépendants qui ont besoin des services d'un professionnel du droit : en fonction du dossier et de la demande du client, la start-up lui propose le juriste ou l'avocat spécialisé qui lui convient. Les deux cofondateurs de l'entreprise, qui ont commencé à travailler sur leur projet de start-up il y a un an, ont des profils complémentaires : Donatien Cassiers est avocat, Gatien du Parc est conseiller en management pour la société de consultance Efeso. Au fil de leurs discussions, nourries par leurs expériences professionnelles dans le secteur du droit et dans l'écosystème des petites et moyennes entreprises belges, ils sont arrivés à un double constat. D'un côté, les clients se retrouvent souvent démunis lorsqu'ils sont confrontés à la nécessité de solliciter un conseil juridique. De l'autre, les avocats ne sont pas toujours outillés pour entrer en contact avec la clientèle des PME et des indépendants. " Notre objectif est de structurer les échanges entre d'une part, des clients professionnels qui n'ont pas de culture juridique au sein de leur entreprise, et d'autre part, des avocats qui n'ont pas accès à ces clients ", résume Donatien Cassiers, cofondateur de Golegal. Les grandes sociétés disposent toujours d'un service juridique, composé d'un ou plusieurs juristes d'entreprise, qui traitent eux-mêmes une série de dossiers et qui en transmettent d'autres à leurs avocats. Par contre, dans une PME, dans une start-up ou chez un travailleur indépendant, qui ne disposent pas de ce genre de ressources en interne, les questions juridiques sont souvent synonymes de sueurs froides. La seule solution est d'externaliser, ce qui implique généralement de se tourner vers un cabinet d'avocats. Mais lequel ? C'est à cette question que Golegal veut pouvoir répondre. Les problématiques auxquelles sont confrontées les entreprises sont en effet de natures extrêmement variées (droit social, financier, fiscal, environnemental, etc.), ce qui nécessite des compétences qu'il faut souvent aller chercher auprès de différents bureaux spécialisés. Golegal fait-il donc office de simple intermédiaire, de " gare de triage " entre les clients et les avocats ? Les associés s'en défendent : " Nous voulons mettre en place un véritable partenariat structurant. Notre objectif est de développer une vision à long terme ", assure Gatien du Parc. La start-up propose à ses clients des formules one-shot qui permettent de traiter une question juridique bien précise, mais aussi des formules d'abonnement, à partir de 159 euros par mois. Jean-Manuel Farcy, patron de la société BluePepper, active dans la livraison de produits alimentaires, a opté pour cette formule d'abonnement. Son contrat forfaitaire avec Golegal comprend un certain nombre de prestations. Au-delà, il paye un montant fixe pour chaque prestation supplémentaire. " BluePepper est une PME de 15 personnes. Nous n'avons pas les moyens d'avoir un juriste en interne ", explique Jean-Manuel Farcy. Du coup, le patron doit s'adresser à un avocat dès qu'il rencontre un écueil juridique. Mais il redoute une facture salée : " Quand on s'adresse à un cabinet d'avocats traditionnel, on paye beaucoup pour pas grand-chose, considère-t-il. Je préfère m'adresser à une société qui se concentre sur les prestations juridiques. " Pour le patron de Bluepper, l'avantage est aussi de disposer d'un interlocuteur unique. Selon Jean-Manuel Farcy, un conseiller juridique est un sous-traitant comme un autre : " Je loue des camions à une société externe, qui s'occupe d'à peu près tout ce qui concerne le transport. Pour le conseil juridique, c'est pareil : je m'adresse à un partenaire qui s'occupe de toutes les questions juridiques. Cela me permet de me focaliser sur mon activité de base ", avance-t-il. Au final, le patron estime qu'il sollicite plus souvent les conseillers juridiques de Golegal qu'il n'aurait auparavant consulté un avocat. " Je serais allé chez un avocat pour un pacte d'associé, mais j'aurais fait moi-même la relecture d'un contrat ", illustre le patron de PME. Le pari de Golegal est donc de s'adresser aux indépendants et PME qui cherchent à faire baisser leurs coûts juridiques, ou qui hésitent carrément à contacter un avocat en raison de prix qu'ils estiment trop élevés. Mais la start-up peut-elle garantir que ses clients bénéficieront de tarifs rabotés ? " Nous ne proposons pas un service low cost. Mais nous nous assurons que les avocats qui travaillent avec nous se concentrent uniquement sur la prestation de conseil juridique demandée ", explique Gatien du Parc. C'est un reproche souvent entendu : les avocats passeraient trop de temps sur des questions périphériques (conclusions de 10 pages qui pourraient en faire la moitié), des tâches routinières (documents types à compléter) ou à faible valeur ajoutée (recherche documentaire). Or, toutes ces tâches sont facturées au client au même taux horaire que le processus de réflexion juridique proprement dit. Golegal promet de s'occuper de tout le travail " administratif " et de support entourant l'intervention de l'avocat, à un prix qualifié de " raisonné ". L'avocat, de son côté, ne facture que son conseil juridique, ce qui est censé réduire le coût de son intervention au strict nécessaire. Afin de réduire encore les coûts, la start-up mise sur l'automatisation et la simplification de toute une série de processus : " Nous demandons aux avocats qui travaillent avec nous de respecter certains gabarits et certains modèles, ce qui permet de formater les échanges sous une forme facilement compréhensible par le client. Nous veillons à ce que les avis fournis par les avocats soient très concrets, qu'ils ne soient pas emmitouflés dans un jargon juridique incompréhensible ", indique Gatien du Parc. Golegal se rémunère via la facture adressée au client, qui intègre la prestation de l'avocat et le travail réalisé par la start-up. Ce genre de service juridique rendu par l'intermédiaire d'une plateforme en ligne appartient au mouvement naissant de la legaltech. Pas toujours bien accueillies au sein de la profession, ces jeunes entreprises sont parfois accusées de vouloir ubériser les avocats en tirant leurs tarifs vers le bas. " Nous n'exerçons pas de pression sur les avocats. Ils fixent leurs tarifs en toute indépendance ", assure Gatien du Parc. Reste que la start-up a tout intérêt à ce que les avocats proposent des tarifs raisonnables, histoire que leur propre service puisse paraître compétitif auprès des clients... et qu'ils puissent aussi en tirer une marge suffisante. " A la base, les PME et les indépendants n'ont pas de budget 'droit'. Tout ce qu'on leur facture en la matière, c'est toujours trop. On ne peut donc pas être trop gourmand ", soutient Gatien du Parc. Dans les prochains mois, le challenge de la start-up sera de se faire connaître auprès des clients potentiels. PME et indépendants belges constituent un marché important mais hétéroclite, ce qui le rend difficile à cibler et nécessite dès lors des investissements non négligeables en matière de marketing. La start-up est financée sur fonds propres et ne cherche pas encore à lever de l'argent auprès d'investisseurs.