Les agents immobiliers spécialisés dans la vente de secondes résidences se doivent d'être optimistes. Ils vendent de biens, certes, mais surtout une certaine idée des vacances. L'agent qui voit un ciel bleu et un soleil pétant aura toujours une nette longueur d'avance sur son collègue qui voit la vie avec des nuages.
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Les agents immobiliers spécialisés dans la vente de secondes résidences se doivent d'être optimistes. Ils vendent de biens, certes, mais surtout une certaine idée des vacances. L'agent qui voit un ciel bleu et un soleil pétant aura toujours une nette longueur d'avance sur son collègue qui voit la vie avec des nuages. Mais en cette période difficile de coronavirus, l'optimisme cède naturellement la place au réalisme, même là où le soleil permet les plus beaux bronzages. Les agents actifs dans les pays de vacances par excellence, comme la France, l'Espagne et l'Italie, savent que 2020 ne sera pas une année record. Comment pourrait-il en être autrement quand l'offre est déconnectée de la demande à cause des mesures de quarantaine et l'interdiction de voyager ? La vente de secondes résidences a été quasiment à l'arrêt pendant plus de trois mois. " Il est extrêmement rare qu'un acheteur potentiel se décide sans venir sur place pour voir le bien ", affirme Jan Vermeijen, agent de Wretman Estate, bureau scandinave spécialisé dans l'immobilier dans le midi de la France. L'homme observe malgré tout un rapide rétablissement du marché depuis les premières mesures d'assouplissement. " Les premières demandes ont émané des locaux. Mais début juin, les visiteurs affluaient déjà de toute la France. Et depuis l'ouverture des frontières le 15 juin dernier, ils viennent aussi du Benelux et d'Allemagne. " Immo Portugal constate également une reprise des activités depuis le début du déconfinement. " Les demandes sont même plus nombreuses que l'an dernier, note le directeur des ventes Tim Demeyer. Les candidats acheteurs ont eu tout le temps de se renseigner. " Les conséquences sont donc relativement limitées, comme le confirme une enquête d'Azull, le spécialiste belge de l'immobilier espagnol : 3% à peine des acheteurs belges potentiels disent avoir définitivement renoncé à l'achat d'une casa espagnole. Et environ quatre sondés sur 10 poursuivent leur recherche comme avant. L'évolution de la pandémie est encore incertaine. Rien d'étonnant donc à ce que de nombreux candidats acheteurs attendent aussi de voir quelle tournure prendront les événements. D'autant que les visites sur place ne sont guère facilitées par les règles sanitaires très strictes, la quarantaine imposée par certains pays et la limitation du trafic aérien. La tendance au report a donc pour effet de ralentir l'activité. Plusieurs spécialistes constatent par ailleurs un glissement de la demande. Les biens avec jardin dans un environnement calme ont davantage la cote, semble-t-il, une bonne connexion internet constituant un atout très apprécié. Mais la crise sanitaire encourage surtout le tourisme régional, de l'avis des spécialistes : les candidats acheteurs cherchent plus près de chez eux pour pouvoir se rendre sur leur lieu de vacances plus souvent et en voiture. " La demande intérieure forcit, confirme Jan Vermeijen. Ma région, le Var, est à une petite heure de route de Nice et de Monaco. On voit donc aujourd'hui plus d'un Monégasque chercher ici la tranquillité et le contact avec la nature pour décompresser après une grosse semaine de travail. C'est une clientèle qui dispose généralement d'un budget confortable. Mais ce regain d'intérêt local ne compense que partiellement la perte des acheteurs étrangers. En temps normal, plus de la moitié de nos clients sont scandinaves, un marché pour le moment en rade. Je ne vois pas les Scandinaves affluer en masse cet été. " Corollaire évident, la proximité d'un aéroport a désormais moins d'importance. " Cela reste un avantage indéniable, nuance Tim Demeyer. Mais la possibilité de se rendre sur son lieu de vacances en voiture importe plus actuellement. Des îles comme Madère et les Açores sont moins prisées. " Kelly De Weghe, d'Immo Linea, dresse le même constat pour l'Espagne : " Les candidats autrefois intéressés par les îles préfèrent acheter sur le continent, accessible en voiture ". Cette crise est en tout cas une opportunité pour les destinations de vacances moins évidentes qui n'hésiteront pas à mettre leurs atouts en avant. Et pour les candidats acheteurs, c'est l'occasion ou jamais d'élargir leur horizon. Les pays durement touchés par le coronavirus comme l'Italie et l'Espagne risquent-ils de perdre de leur attrait ? " Le fait que le Portugal ait été moins affecté par le Covid-19 joue indéniablement en notre faveur. 'Le Portugal plutôt que l'Espagne', nous soufflent les clients. " Mais Kris Mahieu, propriétaire d'Italy House Hunting, une filiale d'Alba Toscana Immobiliare, n'en doute pas un instant : les candidats acheteurs qui envisageaient l'acquisition d'un logement en Italie avant la crise ne changeront pas leur projet d'un iota. " Contrairement à de nombreux autres pays, le marché italien n'intéresse pas les investisseurs, affirme-t-il. L'Italie attire surtout les acheteurs italophiles. " Jan Vermeijen estime, lui aussi , que les qualités intrinsèques d'un pays ou d'une région pèsent plus lourd dans la balance qu'une crise sanitaire passagère. " Les clients qui optent pour le midi de la France le font pour son climat, sa gastronomie, son savoir-vivre... S'ils en ont les moyens, ce n'est pas la crise du coronavirus qui les fera reculer. " Reste que la seconde résidence est un produit de luxe par définition, marché étroitement lié à la croissance des revenus. Le ralentissement de la croissance économique mondiale du fait de la pandémie impactera donc plus que probablement la demande de logements de vacances. Quant à savoir si les prix s'en ressentiront... Les propriétaires en position de force préféreront sans doute laisser passer l'orage plutôt que de brader les prix. Mais sur les marchés où de nombreux propriétaires dépendent (partiellement) des revenus locatifs pour rembourser leur financement, les tarifs pourraient effectivement être sous pression. Le rétablissement du trafic aérien semble en tout cas primordial, puisque le secteur dépend largement des visites in situ. Dans le midi de la France, les prix ne sont actuellement pas sous pression, embraie Jan Vermeijen. Mais cela ne devrait pas durer... " Les spécialistes sont unanimes : il faut s'attendre à une baisse des prix de l'ordre de 7 à 8% début 2021. Comme la clientèle a partiellement fondu, le propriétaire qui veut ou doit vendre en 2020 sera bien obligé de revoir son prix à la baisse. D'un autre côté, certains acquéreurs potentiels sont pressés d'acheter du fait de la crise. Ils tiennent à passer leurs vacances dans leur résidence récemment acquise. Ces acheteurs-là poussent donc à la hausse. " De l'avis de Jan Vermeijen, actuellement, un seul segment semble en très mauvaise posture : celui des propriétés de grand luxe. " Parce que les acheteurs généralement originaires de pays lointains n'arrivent plus en France. "