Le secteur du chauffage poursuit sa quête de la source d'énergie de l'avenir. Par le passé, il y avait le mazout et le gaz naturel et, dans une moindre mesure, l'électricité. Cette dernière est actuellement en plein essor mais basculer entièrement vers l'énergie électrique n'est pas une option. Nous ne pouvons en effet tout simplement pas générer les volumes dont nous aurions besoin, en dépit de l'armada de panneaux solaires et d'éoliennes. Certaines sources estiment que l'approvisionnement énergétique actuel ne serait à même de procurer de l'électricité qu'à 15% des voitures si l'ensemble du parc automobile devait passer à la propulsion électrique. Ajoutez-y le passage au chauffage électrique et vous devez bien admettre qu'il s'agit là d'une option qui n'a rien de simple et qui est même sans doute impossible.

De mon point de vue, trois alternatives subsisteront à l'avenir pour le chauffage des bâtiments: d'une part, une alimentation au gaz - il peut s'agir de l'hydrogène mais aussi d'un autre gaz. L'avantage est qu'il est possible de l'utiliser sur le réseau actuel. Dans le même temps, l'électricité gagnera en importance. La troisième source d'énergie, qu'il ne faut surtout pas oublier, est la chaleur résiduelle. Elle est encore largement sous-représentée à l'heure actuelle. Une énorme quantité de chaleur continue d'être rejetée dans l'atmosphère.

Une Belgique climatiquement neutre en 2050? Impossible sans miser sur l'efficience énergétique obligatoire!

La transition énergétique est une noble cause sur laquelle se focaliser. Mais il faut commencer par faire en sorte que la consommation des bâtiments diminue. Le seul moyen d'y parvenir est de se focaliser sur l'efficience énergétique et, dès lors, de miser à fond sur l'isolation et les économies d'énergie. En effet, moins de consommation énergétique au m2implique aussi une diminution du transport d'énergie et des pertes d'énergie. L'opération n'est guère compliquée pour de nouvelles constructions mais le grand défi se situe dans le segment de l'habitat suranné que nous connaissons en Belgique. La législation PEB (Performance Energétique des Bâtiments) permet dès à présent de calculer l'effet énergétique de votre nouvelle construction ou de votre projet de rénovation. Mais qu'en est-il de nombreuses habitations anciennes qui ne sont pas rénovées ou qui le sont insuffisamment? Des chantiers de rénovation obligatoires seront nécessaires pour réduire la consommation d'énergie. Une fois réalisés, il deviendra possible d'investir dans des solutions plus sobres et dans des énergies renouvelables. Pas l'inverse. On aura par exemple besoin d'une plus petite pompe à chaleur dans une maison correctement isolée que dans une maison qui n'a pas été rénovée. Tel est le changement de cap que nous devons effectuer. Je suis bien conscient que cela aura un impact énorme sur le marché du logement et, par exemple, sur la valeur d'un bien immobilier. Mais si nous avons réellement la volonté d'atteindre la neutralité climatique en 2050, c'est bel et bien la voie dans laquelle nous devons nous engager. Et c'est là une énorme responsabilité de gouvernance et de politique.

La chasse auxfaux semblants

Tout le monde évoque les nouvelles technologies et les innovations. Je pars pour ma part du principe que nous connaissons d'ores et déjà les technologies fondatrices. Plusieurs éléments nouveaux viennent certes s'ajouter mais ils n'apporteront pas de gros changements. La plupart des composantes ont déjà été inventées et doivent tout au plus être développées plus avant. En termes de technologies de référence pour 2050, je ponterais la pompe à chaleur et les chaudières à hydrogène, avec en plus des stations de production de chaleur pour les réseaux de chaleur. Le défi, toutefois, se situe au niveau de la source d'énergie: l'électricité, en elle-même, n'est pas verte ; l'hydrogène, lui aussi, doit être produit ; la chaleur, en tant que source, n'est pas un problème mais l'infrastructure des réseaux de chaleur est encore insuffisamment développée.

La chaudière à hydrogène que nous avons récemment lancée sur le marché à l'occasion d'un projet-pilote aux Pays-Bas en est un bel exemple. La technologie est disponible et ne pose donc pas de problème mais il en va autrement de la connexion de la chaudière à l'approvisionnement en hydrogène. Cette alimentation n'existe pas encore actuellement. Il faut encore réussir l'équation source-consommateur-utilisateur.

On cherche apparieurs

Ce qui nous fait actuellement défaut, ce sont des apparieurs qui aient une vision globale sur l'offre et la demande et qui puissent les (ré)concilier. Ils pourraient faire oeuvre de pionnier et générer de nouveaux marchés en associant par exemple une offre de chaleur venue de l'industrie avec une demande de chaleur émanant des citoyens, voire même avec une demande de transport formulée à un autre niveau. Ces apparieurs doivent par ailleurs faire preuve de sens critique en termes d'options choisies: est-il judicieux, par exemple, de négocier un virage complet vers l'énergie électrique? est-ce d'ailleurs possible? est-il judicieux de brûler de l'hydrogène pour obtenir de la chaleur ou vaudrait-il mieux l'utiliser pour le transport? dispose-t-on de suffisamment d'énergie pour satisfaire la demande du transport, de l'industrie et du segment du chauffage?

De même, les différentes solutions devront être nettement plus interconnectées à l'avenir. Pensez au chauffage et au transport. Lorsque vous créez un réseau d'hydrogène et que vous y ajoutez une pile à combustible qui fonctionne à l'hydrogène, vous générez à la fois du chauffage pour votre habitation et de l'électricité pour votre voiture. Vous donnez ainsi naissance à une habitation qui ne dépend que modérément du réseau énergétique et qui est très stable. Le mot-clé, à l'heure de la transition énergétique, est la mixité!

Cuisiner et, par conséquent, l'énergie coûtent cher

Voici la question qui brûle toutes les lèvres: combien coûtera cette dispendieuse transition vers l'énergie durable? Notre seule certitude est que l'énergie coûtera toujours de l'argent. Que nous misions sur l'électricité, sur le gaz, sur la chaleur..., les pouvoirs publics peuvent décider de promouvoir telle ou telle solution ou technologie et de lui octroyer un taux de taxation moindre mais, au bout du compte, tout a un prix et celui ou celle qui a besoin d'énergie devra la payer. Les politiciens savent que prélever des taxes est une mesure très impopulaire mais ils savent aussi que des mesures impopulaires sont parfois nécessaires. Nous n'avons que faire de vaines promesses ou de déclarations matamoresques si nous voulons faire en sorte que la transition de notre modèle énergétique soit une réussite.