Le succès du coworking ne cesse de se confirmer. De phénomène relativement marginal, le concept a réussi à s'imposer sur le marché des bureaux en quelques années à peine. En 2018, le secteur représentait déjà 20% du marché bruxellois des bureaux. " Les espaces de co-travail sont omniprésents à Bruxelles ", titrait en majuscules le consultant immobilier Cushman & Wakefield dans une de ses études de marché.
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Le succès du coworking ne cesse de se confirmer. De phénomène relativement marginal, le concept a réussi à s'imposer sur le marché des bureaux en quelques années à peine. En 2018, le secteur représentait déjà 20% du marché bruxellois des bureaux. " Les espaces de co-travail sont omniprésents à Bruxelles ", titrait en majuscules le consultant immobilier Cushman & Wakefield dans une de ses études de marché. Koen Nevens, directeur du département belge de Cushman & Wakefield, a vu le secteur évoluer et se professionnaliser rapidement. " Le coworking est né dans le giron des start-up, se souvient-il. Désireux de sortir de leur isolement, jeunes entrepreneurs et free-lances ont commencé à partager leur espace de travail qui s'est mué en un environnement encourageant l'échange, l'ouverture, l'interaction. C'est ainsi qu'est né le concept de communautés. " L'aspect communautaire constitue encore et toujours un élément fondamental du concept de coworking. Le profil des utilisateurs, par contre, a considérablement changé. " Les start-up ne sont plus les seules à fréquenter les espaces de travail collaboratif, poursuit Koen Nevens. Les PME et les grandes entreprises aussi. " Même constat de William Willems, directeur général du leader mondial du marché IWG (dont Regus et Spaces font partie) dans notre pays. " La partie véritablement coworking dans nos centres Spaces représente à peine 10 à 15%, explique William Willems en nous faisant visiter le site Spaces récemment inauguré à Post X à Berchem. Les autres espaces sont des bureaux privatifs loués à des entreprises, des start-up mais aussi des multinationales. " Fosbury & Sons, un des acteurs anversois sur le marché du coworking, constate lui aussi un changement de clientèle depuis l'apparition du concept en 2016. " Au début, nous étions surtout sollicités par des free-lances et des petites entreprises de trois ou quatre employés, lance Maarten Van Gool, cofondateur et managing partner de Fosbury & Sons. Aujourd'hui, nous attirons essentiellement des PME. La localisation joue également un rôle important. Dans nos Spaces d'Anvers et de Watermael-Boisfort, nos clients emploient en moyenne six personnes, tandis que dans notre tout nouvel espace Albert, boulevard Roi Albert II à Bruxelles, les employés sont généralement une trentaine. C'est le quartier de bureaux par excellence. " On retrouve désormais des professions de plus en plus différentes dans les espaces partagés, telles que des avocats, des notaires, des consultants, des commerciaux, des informaticiens ou encore des comptables. Si les espaces de coworking attirent non seulement un plus large éventail d'entreprises, leur utilisation se diversifie également. " Les grandes entreprises recourent au coworking pour pallier une demande accrue d'occupation de leurs bureaux ", constate Koen Nevens. L'espace partagé en tant que bureau satellite gagne également du terrain. " Une nouvelle tendance se dessine : les grandes entreprises conservent leur siège à Anvers ou à Bruxelles mais font appel à un spécialiste du coworking pour leurs filiales régionales, témoigne William Willems. Ainsi, par exemple, Solvay tâte le marché. Le siège bruxellois n'est pas remis en question mais l'entreprise cherche à sous-traiter tous ses bureaux satellites en Belgique et à l'étranger à un fournisseur de bureaux flexibles. " Certaines entreprises voient aussi dans le phénomène de coworking très à la mode une façon de se distinguer de la concurrence sur le marché du travail et auprès de leurs clients. A en croire la plupart des spécialistes immobiliers, le phénomène de coworking va se pérenniser et le marché offre un énorme potentiel de croissance, en Belgique certainement. Pour William Willems, le marché belge est encore jeune et relativement réduit. " Le marché belge des bureaux conventionnels est estimé à environ 24 millions de m2 à l'heure actuelle, explique-t-il. Ensemble, le coworking et les centres d'activités représentent quelque 800.000 m2, soit une part de marché de 3,5% environ. Sur les marchés plus matures comme le Royaume-Uni et les Pays-Bas, la part de marché dépasse les 5%. Là aussi, la croissance est prometteuse. " Le succès des espaces de coworking s'explique notamment par la recherche de mobilité et de flexibilité. " La problématique des embouteillages incite à trouver des alternatives aux déplacements lieu de travail/domicile, confirme William Willems. Les jeunes refusent de perdre leur temps dans les embouteillages. D'autant que la révolution numérique permet de travailler n'importe où. Sans parler du changement de mentalité chez les jeunes générations quant à la possession et l'utilisation d'une voiture. Le partage des voitures et des vélos - électriques ou non - compte de plus en plus d'adeptes. Nous avons ouvert un premier site sans parking près de la Bourse à Bruxelles. Impensable il y a quelques années. " Pour Koen Nevens, le lien entre mobilité et flexibilité est évident. " A Londres, à New York et dans d'autres métropoles, les grandes entreprises complètent leur siège par un réseau d'espaces de coworking ", constate-t-il. Les employés peuvent choisir l'emplacement de leur flex desk en fonction de leur domicile et de leur agenda grâce à une formule d'abonnement. Un peu comme un abonnement à une chaîne de salles de fitness." L'entrée des millennials sur le marché du travail aurait fait exploser la demande de flexibilité. Les espaces de coworking sont particulièrement prisés par la jeune génération, entend-t-on souvent. " Les millennials sont une des quatre générations actuellement actives dans les bureaux, réagit Maarten Van Gool. C'est un groupe important car la war for talent les concerne au premier chef. N'allez pas croire pour autant que nous nous adressons uniquement aux millennials. Nous cherchons à créer des environnements de travail où chacun se sent à l'aise, toutes générations confondues. " Selon Marteen Van Gool, lui-même millennial, le désir de flexibilité de sa génération est souvent mal compris et donc injustement exaucé. " Je ne suis pas pour des bureaux 100% flex desks, confie-t-il. Le fait de ne pas savoir où on va travailler génère une certaine inquiétude. Nous voulons proposer un juste équilibre entre la rapidité d'évolution de la société et l'inquiétude qu'elle suscite. Notre but est de proposer un environnement de travail à taille humaine - avec des matériaux chaleureux et reconnaissables - où l'on est accueilli par un amical 'bonjour' de la réceptionniste. Bref, des bureaux stables plutôt que flexibles. " Pour Maarten Van Gool, le désir de flexibilité émane davantage des entreprises. " L'économie et les marchés changent à toute vitesse, souligne-t-il. Il est donc très difficile pour une entreprise d'anticiper les besoins de bureaux dans deux ou trois ans. Impossible de concilier cette incertitude avec un contrat de location classique qui vous engage pour un certain nombre d'années. Les fournisseurs d'espaces de coworking profitent de cette incompatibilité. La flexibilité est la nouvelle sécurité. "