Sur ses trois années d'existence, la start-up Deliverect a déjà récolté quelque 90 millions de dollars, ce qui doit représenter un record pour une entreprise belge de conception de logiciels. D'autant que la récente injection de 65 millions de dollars suit de moins d'un an la précédente levée de capitaux qui avait rapporté un peu moins de 20 millions de dollars. Cet attrait s'explique par la forte croissance du secteur qui a en outre bénéficié de la crise du coronavirus. Le logiciel de Deliverect relie en effet les caisses des restaurants aux plateformes de livreurs comme Deliveroo ou Takeaway.
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Sur ses trois années d'existence, la start-up Deliverect a déjà récolté quelque 90 millions de dollars, ce qui doit représenter un record pour une entreprise belge de conception de logiciels. D'autant que la récente injection de 65 millions de dollars suit de moins d'un an la précédente levée de capitaux qui avait rapporté un peu moins de 20 millions de dollars. Cet attrait s'explique par la forte croissance du secteur qui a en outre bénéficié de la crise du coronavirus. Le logiciel de Deliverect relie en effet les caisses des restaurants aux plateformes de livreurs comme Deliveroo ou Takeaway. Pour suivre cette croissance, l'entreprise gantoise a investi considérablement dans son équipe, faisant passer son effectif de 50 à 200 personnes. Il y a un an, Deliverect espérait que son logiciel traiterait 10 millions de commandes en ligne. "Le compteur est aujourd'hui à 30 millions, soit un total de 1 milliard de dollars de chiffre d'affaires pour nos clients", se réjouit Zhong Hu, CEO et cofondateur de l'entreprise avec Jan Hollez. Les deux trentenaires avaient déjà fondé précédemment Posios, start-up spécialisée dans le logiciel pour caisses mobiles, qu'ils ont vendue à sa consoeur Lightspeed. "Dès l'instant où les restaurants se lancent dans les commandes en ligne, ils montent dans un TGV, poursuit Zhong Hu. Avant la crise du Covid-19, les grands restaurants faisaient déjà 20 à 30% de leur chiffre d'affaires en ligne. Mais aujourd'hui que les consommateurs ont pris l'habitude des commandes à distance et des livraisons à domicile, y compris de repas, cela se traduit par une croissance exponentielle. L'horeca est entré dans une nouvelle ère. Les livreurs de repas comme Uber Eats, Deliveroo ou Takeaway représentent pour lui un nouveau canal de vente, un nouveau public et de nouvelles opportunités. Mais si ces commandes arrivent toutes par des tablettes différentes et ne sont pas correctement reliées au système de caisse, c'est le chaos et la garantie d'erreurs. D'où l'intérêt de Deliverect, qui a pour objectif de devenir la colonne vertébrale logicielle de ce marché en ligne." TRENDS-TENDANCES. Etait-il bien nécessaire de lever de tels fonds si rapidement alors que le marché croît de toute façon à vive allure? Vous avez déjà plus de 10.000 clients. ZHONG XU. La crise du Covid-19 a provoqué une accélération incroyable. On ne peut pas passer à côté de telles occasions. Elles changent la donne. Notre mission, c'est de faire en sorte qu'un maximum de restaurants dans le monde puissent mieux gérer et traiter leurs commandes en ligne. C'est pour cette raison que nous devons investir maintenant. Il est tout à fait possible, à partir de la Belgique, de développer une très grosse entreprise de logiciels. Nous savons que c'est envisageable et que c'est le moment. Pourquoi ne le ferions-nous pas? Nous sommes leader et pionnier dans notre niche. Nous construisons un nouvel écosystème de livreurs de repas, restaurants, dark kitchens ( restaurants virtuels, Ndlr) et producteurs alimentaires. Cela nous met dans une position unique. Unilever, par exemple, utilise notre logiciel pour que les consommateurs puissent commander les glaces Ben & Jerry's directement chez eux. Pourquoi avez-vous choisi DST Global et Redpoint Ventures comme nouveaux investisseurs? Il n'y a pas qu'eux: les investisseurs existants, Newion, OMERS Ventures et Smartfin (le fonds belge de l'influent techno-entrepreneur Jürgen Ingels, Ndlr), participent aussi. Beaucoup ont manifesté de l'intérêt mais ces deux nouveaux partenaires sortaient du lot. Redpoint a une grande expérience dans les logiciels en ligne avec formule d'abonnement (le software as a service) et il compte parmi les investisseurs majeurs de la Silicon Valley. DST a investi très tôt dans des entreprises de livraison et de paiement qui sont aujourd'hui florissantes. Leur immense réseau aux Etats-Unis constitue un gros avantage car nous souhaitons utiliser une partie de ces investissements pour notre expansion. Vous êtes déjà présent en Amérique du Nord... Nous y avons en effet déjà une belle base de clientèle. Notre bureau canadien compte 50 collaborateurs. Dès que ce sera de nouveau possible, je m'y rendrai plusieurs fois par an. Je ne dois pas y être en permanence car nous avons déjà une solide équipe de management locale et les réunions virtuelles sont désormais entrées dans les moeurs. Bien entendu, nous investirons aussi en masse en Belgique. Nous comptons encore embaucher 100 personnes cette année, dont la majorité ici. Nous allons déménager dans un nouveau siège administratif mais nous prenons en compte le fait que tout le monde travaillera plus ou moins à mi-temps au bureau et que celui-ci remplira surtout une fonction sociale. Raison pour laquelle il comprendra une terrasse de toit avec bar. Cela cadre aussi avec nos liens privilégiés avec l'horeca (rires). L'essentiel des nouvelles embauches a eu lieu en pleine crise du coronavirus. Le travail à distance ne nuit-il pas à la cohésion entre travailleurs? Nous avons une très forte culture d'entreprise. Nous y accordons beaucoup d'attention et nous sommes attachés à une organisation la plus horizontale possible dans laquelle tout le monde bénéficie de beaucoup d'autonomie et de confiance. Il faut une structure mais les gens ne doivent pas avoir l'impression qu'il est nécessaire de passer par des réunions interminables et une unanimité avant de pouvoir démarrer quoi que ce soit. Nous avons renforcé notre équipe par des personnes ayant une grande d'expérience du développement rapide d'une entreprise. Notre chief revenue officer vient de chez Lightspeed, la société qui a repris notre première entreprise, que nous connaissons évidemment bien. Je n'ai encore jamais rencontré notre head of people en chair et en os. Elle vit en Ecosse et a notamment travaillé chez Trip.com et Amazon. Malgré la crise du Covid-19, elle a recruté 150 personnes sur l'année écoulée... Deliverect est à présent plus grande que votre précédente entreprise, Posios, avant que vous ne la vendiez. Oui, c'est déjà une grande entreprise mais pour moi, elle reste une start-up. Jan et moi vivons des moments incroyables mais notre ambition demeure intacte. Notre devise est toujours "Conquer the galaxy, not the world". Nous avons beaucoup appris avec Posios. A l'époque, nous avions énormément de stress. Aujourd'hui, tout ce que nous traversons n'est plus tout à fait neuf: les levées de capitaux, un gros client qui prend son temps pour signer, etc. Cela vous donne un autre état d'esprit ; chaque obstacle est vu comme une opportunité. Un article de Stun Fockedey.