Ils ont décidé de tirer la sonnette d'alarme. Un groupe de 80 médias et fact-checkers dénoncent aujourd'hui les pratiques de la plateforme vidéo YouTube, qui laisserait les fausses informations circuler en toute impunité depuis trop longtemps.

Avec notamment l'invasion du Capitole en janvier 2021 et les manifestations des "antivax", les théories complotistes exposées par certaines chaînes YouTube ont fini par avoir des conséquences dramatiques.

Surveiller les "mensonges" qui se propagent en ligne

Fondée en 1975, Le Poynter Institute est une organisation mondiale du journalisme. Elle s'est donnée pour mission de "défendre la liberté d'expression, le dialogue civil et un journalisme convaincant qui aide les citoyens à participer à des démocraties saines".

En 2015, l'Institut lance l'International Fact-Checking Network (IFCN) dans le but de rassembler une communauté toujours plus grande des fact-checkers dans le monde entier. Le projet permet ainsi à ces médias de vérification de travailler en réseau et de renforcer leurs capacités afin d'identifier et d'endiguer la désinformation.

Leur code de principes inclut des valeurs comme l'impartialité et l'équité ; la transparence des sources ; la transparence du financement et de l'organisation ; la transparence de la méthodologie ; et des règles de correction accessibles et honnêtes.

Nous pensons que la vérité et la transparence peuvent aider les gens à être mieux informés et équipés pour éviter les fausses informations nuisibles.

extrait de la lettre ouverte

En mars 2020, Meta annonçait un partenariat avec des fact-checkers certifiés par l'IFCN. La multinationale dirigée par Mark Zuckerberg explique que leurs "partenaires de vérification des informations peuvent examiner le contenu sur Facebook et Instagram, y compris les publications organiques et les publications boostées. Ils peuvent également examiner des vidéos, des images, des liens ou des publications composées uniquement de texte."

Destruction de "l'harmonie sociale"

Ce 12 janvier 2022, plus de 80 médias et fact-checkers - dont Knack Magazine et The Washington Post Fact Checker - ont donc signé via l'IFCN une lettre ouverte à Susan Wojcicki, la directrice générale de YouTube. Cette lettre a été rédigée dans un contexte particulier, la véracité de l'information ayant été mise à rude épreuve pendant cette pandémie. Des chaînes de pratiques médicales alternatives et dangereuses ayant cumulé des centaines de milliers de vues, sur une plateforme qui compte plus de deux milliards d'utilisateurs.

Le monde a vu à maintes reprises à quel point la désinformation et la mésinformation peuvent être destructrices pour l'harmonie sociale, la démocratie et la santé publique [...] et chaque jour, nous constatons que YouTube est l'un des principaux vecteurs de désinformation en ligne dans le monde.

extrait de la lettre ouverte

Accusé d'avoir joué un rôle prépondérant dans la circulation des fausses informations lors de la dernière campagne américaine, YouTube avait fini par prendre des mesures le 15 octobre 2020. Celles-ci visent essentiellement à supprimer des chaînes et des vidéos "relatives à la théorie du complot utilisées pour justifier la violence dans le monde réel". Un critère très spécifique qui permet à des contenus encore très controversés de continuer à circuler.

Et c'est ce que critique l'IFCN: "Nous sommes heureux que l'entreprise ait pris des mesures pour tenter de résoudre ce problème récemment, mais d'après ce que nous voyons quotidiennement sur la plateforme, nous pensons que ces efforts ne fonctionnent pas."

L'IFCN accuse aujourd'hui YouTube d'avoir participé à la manipulation de l'information qui a mené à l'invasion du Capitole aux Etats-Unis, précisant que "de la veille de l'élection présidentielle américaine au lendemain, des vidéos YouTube soutenant le récit de la 'fraude' ont été visionnées plus de 33 millions de fois."

Dans cette lettre, l'IFCN propose également à la plateforme plusieurs solutions : soutenir des recherches indépendantes sur les origines des différentes campagnes de désinformation ; rendre transparente sa politique de modération ; contextualiser les vidéos sous forme de contenu supplémentaire ; agir contre les récidivistes ; et avoir un service de transcription efficace (problème également soulevé chez les modérateurs de Twitch).

Elena Hernandez, une porte-parole de YouTube, s'est défendue dans The Guardian suite à la publication de la lettre : "Nous avons investi massivement dans des politiques et des produits dans tous les pays où nous opérons pour connecter les gens à du contenu faisant autorité, réduire la propagation de la désinformation et supprimer les vidéos violentes. Nous avons constaté des progrès importants, mais [...] sommes toujours à la recherche de moyens significatifs pour nous améliorer."

Aurore Dessaigne

Ils ont décidé de tirer la sonnette d'alarme. Un groupe de 80 médias et fact-checkers dénoncent aujourd'hui les pratiques de la plateforme vidéo YouTube, qui laisserait les fausses informations circuler en toute impunité depuis trop longtemps. Avec notamment l'invasion du Capitole en janvier 2021 et les manifestations des "antivax", les théories complotistes exposées par certaines chaînes YouTube ont fini par avoir des conséquences dramatiques. Fondée en 1975, Le Poynter Institute est une organisation mondiale du journalisme. Elle s'est donnée pour mission de "défendre la liberté d'expression, le dialogue civil et un journalisme convaincant qui aide les citoyens à participer à des démocraties saines". En 2015, l'Institut lance l'International Fact-Checking Network (IFCN) dans le but de rassembler une communauté toujours plus grande des fact-checkers dans le monde entier. Le projet permet ainsi à ces médias de vérification de travailler en réseau et de renforcer leurs capacités afin d'identifier et d'endiguer la désinformation. Leur code de principes inclut des valeurs comme l'impartialité et l'équité ; la transparence des sources ; la transparence du financement et de l'organisation ; la transparence de la méthodologie ; et des règles de correction accessibles et honnêtes.extrait de la lettre ouverteEn mars 2020, Meta annonçait un partenariat avec des fact-checkers certifiés par l'IFCN. La multinationale dirigée par Mark Zuckerberg explique que leurs "partenaires de vérification des informations peuvent examiner le contenu sur Facebook et Instagram, y compris les publications organiques et les publications boostées. Ils peuvent également examiner des vidéos, des images, des liens ou des publications composées uniquement de texte."Ce 12 janvier 2022, plus de 80 médias et fact-checkers - dont Knack Magazine et The Washington Post Fact Checker - ont donc signé via l'IFCN une lettre ouverte à Susan Wojcicki, la directrice générale de YouTube. Cette lettre a été rédigée dans un contexte particulier, la véracité de l'information ayant été mise à rude épreuve pendant cette pandémie. Des chaînes de pratiques médicales alternatives et dangereuses ayant cumulé des centaines de milliers de vues, sur une plateforme qui compte plus de deux milliards d'utilisateurs.extrait de la lettre ouverteAccusé d'avoir joué un rôle prépondérant dans la circulation des fausses informations lors de la dernière campagne américaine, YouTube avait fini par prendre des mesures le 15 octobre 2020. Celles-ci visent essentiellement à supprimer des chaînes et des vidéos "relatives à la théorie du complot utilisées pour justifier la violence dans le monde réel". Un critère très spécifique qui permet à des contenus encore très controversés de continuer à circuler. Et c'est ce que critique l'IFCN: "Nous sommes heureux que l'entreprise ait pris des mesures pour tenter de résoudre ce problème récemment, mais d'après ce que nous voyons quotidiennement sur la plateforme, nous pensons que ces efforts ne fonctionnent pas."L'IFCN accuse aujourd'hui YouTube d'avoir participé à la manipulation de l'information qui a mené à l'invasion du Capitole aux Etats-Unis, précisant que "de la veille de l'élection présidentielle américaine au lendemain, des vidéos YouTube soutenant le récit de la 'fraude' ont été visionnées plus de 33 millions de fois." Dans cette lettre, l'IFCN propose également à la plateforme plusieurs solutions : soutenir des recherches indépendantes sur les origines des différentes campagnes de désinformation ; rendre transparente sa politique de modération ; contextualiser les vidéos sous forme de contenu supplémentaire ; agir contre les récidivistes ; et avoir un service de transcription efficace (problème également soulevé chez les modérateurs de Twitch).Elena Hernandez, une porte-parole de YouTube, s'est défendue dans The Guardian suite à la publication de la lettre : "Nous avons investi massivement dans des politiques et des produits dans tous les pays où nous opérons pour connecter les gens à du contenu faisant autorité, réduire la propagation de la désinformation et supprimer les vidéos violentes. Nous avons constaté des progrès importants, mais [...] sommes toujours à la recherche de moyens significatifs pour nous améliorer."Aurore Dessaigne