"Ce dont la Belgique a besoin, c'est un grand succès technologique, affirme l'entrepreneur et investisseur Johan Staël von Holstein. Une entreprise à succès fait gagner beaucoup d'argent à pas mal de monde, et tout cet argent finit par retourner au marché. " Johan Staël von Holstein en est la preuve lui-même. Ce pionnier de l'Internet est une figure connue en Suède. Au tournant du siècle, il a connu les hauts et les bas de la première bulle internet après avoir fondé Icon MediaLab, une société de consultance sur le Web. L'argent qu'il avait gagné à l'époque, il l'avait réinvesti dans de nouvelles entreprises. " L'argent est important, reconnaît-il. Il fonctionne comme un catalyseur pour doper tout un environnement. "
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"Ce dont la Belgique a besoin, c'est un grand succès technologique, affirme l'entrepreneur et investisseur Johan Staël von Holstein. Une entreprise à succès fait gagner beaucoup d'argent à pas mal de monde, et tout cet argent finit par retourner au marché. " Johan Staël von Holstein en est la preuve lui-même. Ce pionnier de l'Internet est une figure connue en Suède. Au tournant du siècle, il a connu les hauts et les bas de la première bulle internet après avoir fondé Icon MediaLab, une société de consultance sur le Web. L'argent qu'il avait gagné à l'époque, il l'avait réinvesti dans de nouvelles entreprises. " L'argent est important, reconnaît-il. Il fonctionne comme un catalyseur pour doper tout un environnement. " Avec des sociétés telles que Klarna et iZettle, Stockholm en est à sa quatrième génération de start-up à succès. D'après le rapport annuel State of European Tech du fonds d'investissement Atomico, si l'on considère le capital-investissement levé pour les entreprises technologiques, la Suède se hisse à la quatrième place du classement européen, après le Royaume-Uni, l'Allemagne et la France. La Belgique ne figure pas au top 10. Selon le même critère, Stockholm est la cinquième ville européenne après de grandes capitales comme Londres, Paris, Berlin et Barcelone. Aucune ville belge ne se classe parmi les 20 premières. En décembre dernier, des start-up belges se sont rendues en Suède pour se mesurer à des entreprises suédoises lors d'un concours informel entre jeunes pousses technologiques. Cet événement s'inscrivait dans le cadre d'une mission de deux jours du programme Boost-Me de Netwerk Ondernemen, le réseau flamand qui accompagne les start-up. Un jury de quatre membres, dont Johan Staël von Holstein et Patrick Jordens, de l'Agence flamande pour l'innovation et l'entreprenariat (Vlaio), ont évalué les présentations très brèves des 10 participants. Les Belges se sont très bien défendus, malgré la très solide réputation de Stockholm dans le domaine. Le concours a été remporté par Gunther Ghysels, fondateur et CEO de Get Driven. Ce jeune entrepreneur s'est vu décerner le prix du "Most Promising Entrepreneur". Johan Staël von Holstein s'est laissé séduire par le modèle d'affaires du jeune Flamand et l'a même convié à un entretien ultérieur. Get Driven permet à des étudiants d'utiliser leur voiture pour conduire à destination des clients - souvent des hommes d'affaires - depuis leur domicile. A Stockholm, la collaboration, le réseautage, la transparence et le système de sécurité sociale contribuent à créer un climat propice aux entreprises. Maria Dahrieh, fondatrice de WhaleShark, qui conseille les start-up jusqu'à ce qu'elles soient mûres pour les investisseurs, était l'organisatrice du concours. Elle explique qu'une des qualités premières des jeunes sociétés suédoises réside dans leur capacité à collaborer sans sourciller entre elles. " Les entrepreneurs analysent et comprennent très bien leurs concurrents. Ils arrivent à repérer un élément dans l'offre de ceux-ci et à développer autour d'eux une nouvelle proposition de valeur. Parfois, ils cherchent même à collaborer avec ces mêmes concurrents. C'est assez particulier, d'où l'importance des réseaux et des relations. " Max Lundgren, le représentant de l'agence Flanders Investment & Trade en Suède, le confirme. " Les Suédois aiment aider. Il est mal vu de se vendre, il faut plutôt collaborer, nouer des relations et susciter la confiance. " Bien plus que le déjeuner, la pause café est en Suède " le " moment convivial au travail. " Faire l'expérience de ce qu'on appelle ici fika, c'est vraiment super, confie Sabine Eevers, chief networking officer de Netwerk Ondernemen. C'est à ce moment-là que les Suédois réseautent à fond. Une pratique bien ancrée, qui a lieu deux à trois fois par jour. Clairement, il ne s'agit pas que de boire un café. " Sabine Eevers a également constaté qu'en Suède, il est mal venu de formuler des promesses que l'on ne peut pas tenir. " Cette attitude contraste avec l'approche anglo-saxonne du fake it till you make it, analyse-t-elle. En Belgique, on se situe un peu entre les deux. " " Si c'était à refaire, je lancerais mon entreprise en Suède ", annonce Nancy Steenbakkers, qui a créé la start-up UltraZonic avec son mari. L'entrepreneuse aussi avait fait le voyage de Stockholm. " Quand je rentre en Belgique, je me demande toujours comment un tel immobilisme est possible. En Suède, on vous facilite beaucoup plus la vie. Là-bas, si vous avez un plan, vous pouvez vous adresser directement à l'instance compétente. En Belgique, il est aussi beaucoup plus difficile d'atteindre les investisseurs. " Par exemple, les start-up suédoises peuvent obtenir des conseils gratuits auprès de leur administration communale. Il y a aussi le fonds d'investissement public Almi, qui se veut une étape intermédiaire avant le marché des capitaux privés. Grâce à un contact suédois rencontré lors d'un salon médical en Allemagne, Nancy Steenbakkers a pu décrocher quelques rendez-vous avec des hôpitaux suédois. Elle leur a expliqué pourquoi ses appareils de prénettoyage automatisé d'instruments chirurgicaux et d'endoscopes flexibles sont plus sûrs que la méthode de nettoyage manuel utilisée habituellement. " Le contact en question est devenu notre distributeur pour toute la Suède ", conclut l'entrepreneuse. Sa start-up, qui existe depuis deux ans et compte cinq salariés, lorgne en effet spécialement le marché de l'Europe du Nord, où les hôpitaux font grand cas de la sécurité des patients. D'après elle, la législation précise en vigueur là-bas manque encore en Belgique et dans le sud de l'Europe. Il n'y a pas que la stabilité du climat pour les entreprises, les infrastructures, la culture de collaboration et la qualité de l'enseignement : l'accès aux capitaux est un autre facteur essentiel au succès. " Si la Suède a plus de licornes ( entreprises technologiques à forte croissance dont la capitalisation dépasse le milliard de dollars, Ndlr) que tous les autres pays européens réunis, c'est parce que nous avons des capitaux à portée de main ", explique Johan Staël Von Holstein. Et d'adresser ce conseil à la Belgique, qui attend toujours sa première licorne : " efforcez-vous de surfez dans le sillage d'entrepreneurs à succès. Expliquez-leur que pour chaque euro qu'ils investissent, les autorités publiques en investissent deux. Vous réunirez alors les bonnes personnes à l'origine des bons succès. Elles attireront plus de capitaux. " La Suède se distingue aussi de notre pays par le fait que les start-up n'hésitent pas à entrer en Bourse pour lever des fonds. Alors que les jeunes pousses belges vont souvent à l'étranger pour les grandes augmentations de capital de 10 millions ou plus, les entrepreneurs suédois se tournent aussi vers Nasdaq First North, le marché pour les petites entreprises à forte croissance de Nasdaq Nordic qui, outre Nasdaq Stockholm, regroupe encore d'autres Bourses d'Europe du Nord et des pays baltes. " Stockholm a un marché assez actif sur le plan des introduction en Bourse ", souligne Niclas Holmberg, managing directorglobal listing services de Nasdaq Stockholm. " Les Suédois sont aussi beaucoup plus réceptifs aux placements boursiers que la population de nombreux autres pays. La grande majorité d'entre eux a déjà investi en Bourse, directement ou par l'entremise de fonds. " D'après Niclas Holmberg, il est ainsi plus facile pour les entreprises de créer de la liquidité. Nasdaq Nordic a enregistré 83 introductions en Bourse l'année dernière, pour un total de 2,56 milliards d'euros de capitaux. Pas moins de 50 d'entre elles ont été effectuées sur Nasdaq First North. " En 2017, les entreprises qui se sont tournées vers notre marché ont levé en moyenne 10 millions d'euros ", précise Niclas Holmberg. " Une introduction sur Nasdaq First North est moins complexe que sur un marché principal. En général, il faut compter environ trois mois pour que tout soit prêt. " Les start-up belges sont également les bienvenues. " A peu près 15 % des entreprises dans notre pipeline sont étrangères. Mais les investisseurs recherchent des candidates à haut potentiel : une croissance de 4 à 5 %, ce n'est pas assez. "