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TRENDS-TENDANCES. Vous décrivez dans votre livre le développement inéluctable de technologies de surveillance quasiment ubiquitaires. N'est-ce pas effrayant?

ROBIN RIVATON. Je suis intimement convaincu que la notion de vie privée ou d'anonymat dans l'espace public va se restreindre considérablement dans les prochaines années. Ce phénomène s'explique par les progrès hallucinants des technologies de captation de l'image, de reconnaissance d'objets et de reconnaissance de visages. Cette évolution se fera de manière consciente. C'est assez dystopique, ça ne m'enchante pas, mais c'est une réalité.

Malgré ce contexte, vous êtes favorable à la surveillance. C'est une opinion qui n'est pas souvent entendue. Expliquez-nous.

On ne peut pas se satisfaire du débat actuel, très manichéen, qui débouche toujours sur la conclusion que la surveillance est forcément négative. Un Etat a besoin de la surveillance, notamment pour des raisons de sécurité publique. L'affaire NSO (Enquête internationale, menée par 80 journalistes de 17 médias et coordonnée par l'ONG française Forbidden Stories, a mis au jour l'incroyable toile tissée par la société israélienne NSO Group, qui vend son logiciel espion Pegasus aux quatre coins du monde, Ndlr) montre que les outils de surveillance sont accessibles à des Etats mais aussi à des groupes non institutionnalisés, que ce soient des groupes associatifs ou des réseaux criminels. Un Etat qui se priverait de ces outils se mettrait en position d'infériorité par rapport aux autres acteurs. Je suis favorable à la surveillance d'Etat, qui existe d'ailleurs depuis longtemps. Ce qui a changé, c'est qu'elle peut s'incarner dans un certain nombre d'outils technologiques très performants.

Certains de ces outils, comme la reconnaissance faciale ou les logiciels espions, ne comportent-ils pas des risques inhérents de dérives?

Il y a une confusion entre les outils et la gouvernance de ces outils. Un Etat qui envisage d'utiliser la reconnaissance faciale est tout de suite qualifié de régime autocratique et comparé à la Chine. En réalité, l'utilisation de ces systèmes n'empêche pas d'avoir des règles de gouvernance fixées par des organes démocratiquement élus, afin de s'assurer qu'ils soient utilisés à des fins légitimes et par des personnes habilitées. Il ne faut pas faire de raccourci facile: des régimes autocratiques ont parfaitement fonctionné avec un crayon et une feuille blanche et, d'un autre côté, des régimes démocratiques comme la Nouvelle- Zélande déploient des technologies de reconnaissance faciale en temps réel sans que cela pose de problème. Il est faux d'affirmer que l'utilisation d'une technologie de surveillance nous mènerait forcément à des dérives. On peut même dire qu'un Etat qui n'utilise pas ces technologies sera moins efficace, moins légitime, et du coup sera davantage soumis aux risques de dérive populiste.

Ces technologies (caméras, lunettes connectées, etc.) sont de plus en plus utilisées par de simples citoyens. C'est ce que vous appelez la "sous-veillance". Nous allons individuellement devenir des auxiliaires de police?

Derrière la surveillance centralisée émerge en effet une surveillance décentralisée, liquide. Avec les outils technologiques, nous avons la capacité de revenir à la société pré-industrielle quand, à l'échelle d'un village, les voisins s'épiaient en permanence et savaient ce que faisaient les uns et les autres. La société industrielle et l'arrivée des populations dans les villes a recréé de l'anonymat. Aujourd'hui, avec l'arrivée des lunettes connectées et l'utilisation de la reconnaissance faciale, on assiste au mouvement inverse. La "sous-veillance", qui émane de chacun d'entre nous, est en pleine explosion. Toutes ces sources vidéo finiront peut-être un jour sur une plateforme utilisée par les forces de l'ordre, mais cela ne fera pas de nous pour autant des auxiliaires de police. Ces images pourraient d'ailleurs être utilisées à d'autres fins, par exemple par les médias, pour dévoiler des informations d'intérêt public.

TRENDS-TENDANCES. Vous décrivez dans votre livre le développement inéluctable de technologies de surveillance quasiment ubiquitaires. N'est-ce pas effrayant? ROBIN RIVATON. Je suis intimement convaincu que la notion de vie privée ou d'anonymat dans l'espace public va se restreindre considérablement dans les prochaines années. Ce phénomène s'explique par les progrès hallucinants des technologies de captation de l'image, de reconnaissance d'objets et de reconnaissance de visages. Cette évolution se fera de manière consciente. C'est assez dystopique, ça ne m'enchante pas, mais c'est une réalité. Malgré ce contexte, vous êtes favorable à la surveillance. C'est une opinion qui n'est pas souvent entendue. Expliquez-nous. On ne peut pas se satisfaire du débat actuel, très manichéen, qui débouche toujours sur la conclusion que la surveillance est forcément négative. Un Etat a besoin de la surveillance, notamment pour des raisons de sécurité publique. L'affaire NSO (Enquête internationale, menée par 80 journalistes de 17 médias et coordonnée par l'ONG française Forbidden Stories, a mis au jour l'incroyable toile tissée par la société israélienne NSO Group, qui vend son logiciel espion Pegasus aux quatre coins du monde, Ndlr) montre que les outils de surveillance sont accessibles à des Etats mais aussi à des groupes non institutionnalisés, que ce soient des groupes associatifs ou des réseaux criminels. Un Etat qui se priverait de ces outils se mettrait en position d'infériorité par rapport aux autres acteurs. Je suis favorable à la surveillance d'Etat, qui existe d'ailleurs depuis longtemps. Ce qui a changé, c'est qu'elle peut s'incarner dans un certain nombre d'outils technologiques très performants. Certains de ces outils, comme la reconnaissance faciale ou les logiciels espions, ne comportent-ils pas des risques inhérents de dérives? Il y a une confusion entre les outils et la gouvernance de ces outils. Un Etat qui envisage d'utiliser la reconnaissance faciale est tout de suite qualifié de régime autocratique et comparé à la Chine. En réalité, l'utilisation de ces systèmes n'empêche pas d'avoir des règles de gouvernance fixées par des organes démocratiquement élus, afin de s'assurer qu'ils soient utilisés à des fins légitimes et par des personnes habilitées. Il ne faut pas faire de raccourci facile: des régimes autocratiques ont parfaitement fonctionné avec un crayon et une feuille blanche et, d'un autre côté, des régimes démocratiques comme la Nouvelle- Zélande déploient des technologies de reconnaissance faciale en temps réel sans que cela pose de problème. Il est faux d'affirmer que l'utilisation d'une technologie de surveillance nous mènerait forcément à des dérives. On peut même dire qu'un Etat qui n'utilise pas ces technologies sera moins efficace, moins légitime, et du coup sera davantage soumis aux risques de dérive populiste. Ces technologies (caméras, lunettes connectées, etc.) sont de plus en plus utilisées par de simples citoyens. C'est ce que vous appelez la "sous-veillance". Nous allons individuellement devenir des auxiliaires de police? Derrière la surveillance centralisée émerge en effet une surveillance décentralisée, liquide. Avec les outils technologiques, nous avons la capacité de revenir à la société pré-industrielle quand, à l'échelle d'un village, les voisins s'épiaient en permanence et savaient ce que faisaient les uns et les autres. La société industrielle et l'arrivée des populations dans les villes a recréé de l'anonymat. Aujourd'hui, avec l'arrivée des lunettes connectées et l'utilisation de la reconnaissance faciale, on assiste au mouvement inverse. La "sous-veillance", qui émane de chacun d'entre nous, est en pleine explosion. Toutes ces sources vidéo finiront peut-être un jour sur une plateforme utilisée par les forces de l'ordre, mais cela ne fera pas de nous pour autant des auxiliaires de police. Ces images pourraient d'ailleurs être utilisées à d'autres fins, par exemple par les médias, pour dévoiler des informations d'intérêt public.