Le 12 avril 2021, c'est ambiance de soirée télé. Jordan Ietri, Maxime Reynders et Florian Poitoux gardent les yeux rivés sur l'écran qu'ils ont installé chez eux pour l'occasion. Ces trois amis de longue date s'apprêtent à suivre durant des heures la lente progression de leur levée de fonds. Sauf qu'en moins de 120 minutes, leur objectif est atteint. Mieux, le montant se révèle au final le triple de celui attendu, s'élevant à 1,26 million de dollars. "Ça a été assez fulgurant, on se sentait un peu comme à la Silicon Valley. Beaucoup de joie et d'excitation. Cet accueil des investisseurs a validé le projet et lancé l'aventure", sourit aujourd'hui Jordan Ietri, cofondateur et CEO de la start-up Revomon (appellation abrégée de Revolution Monsters).
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Le 12 avril 2021, c'est ambiance de soirée télé. Jordan Ietri, Maxime Reynders et Florian Poitoux gardent les yeux rivés sur l'écran qu'ils ont installé chez eux pour l'occasion. Ces trois amis de longue date s'apprêtent à suivre durant des heures la lente progression de leur levée de fonds. Sauf qu'en moins de 120 minutes, leur objectif est atteint. Mieux, le montant se révèle au final le triple de celui attendu, s'élevant à 1,26 million de dollars. "Ça a été assez fulgurant, on se sentait un peu comme à la Silicon Valley. Beaucoup de joie et d'excitation. Cet accueil des investisseurs a validé le projet et lancé l'aventure", sourit aujourd'hui Jordan Ietri, cofondateur et CEO de la start-up Revomon (appellation abrégée de Revolution Monsters). L'aventure, c'est celle de trois enfants du Pays de Liège déterminés à créer leur propre franchise de gaming en réalité virtuelle. Une espèce de Pokémon Go tridimensionnel où le but premier est de collectionner de petites créatures fantastiques. Mais encore faut-il, auparavant, lever des fonds. Les jeunes entrepreneurs décident alors d'exploiter les ressources de la blockchain pour cet exercice, effectuant une Initial DEX Offering (IDO), sorte d'introduction en Bourse dans l'industrie des cryptomonnaies. Un appel au grand public qui s'est opéré via une plateforme de crowdfunding basée sur la blockchain, ce qu'on appelle un launchpad. En l'occurrence, ici, BSCPad, incubateur africain spécialisé dans la mise en avant et le financement de projets crypto. Avec le succès que l'on sait... "Près de 3.850 internautes ont investi dans le revo, le jeton numérique de notre jeu Revomon, détaille le CEO. Nous avons alloué les tokens aux investisseurs en prenant soin de plafonner les volumes d'achats pour ne pas concentrer dans certains portefeuilles le pouvoir d'influencer le marché." Fonctionnant sans intermédiaire bancaire ou opérateur boursier, ces jeunes entrepreneurs ont également créé un pool de liquidités sur des protocoles informatiques décentralisés d'échange. Soit des équivalents sur la blockchain des marchés d'actions, mais automatisés et sans autorité de contrôle. Pour cette levée, ils ont par exemple choisi Uniswap et PancakeSwap, reposant respectivement sur les cryptos Ethereum et Binance Smart Chain. "Les investisseurs ont ensuite pu échanger leurs revos contre d'autres cryptomonnaies, poursuit Jordan Ietri. C'est un mécanisme tout à fait novateur, comme si toute start-up pouvait initier sa cote de façon autonome. Nous avons ajusté les liquidités, fixé le prix des tokens et les acteurs du marché ont pris le relais..." A l'heure d'écrire ces lignes, un revo s'échange contre 41 centimes, portant la capitalisation de marché à 10,2 millions d'euros. Les créateurs du jeu estiment qu'une telle opération n'était pas envisageable via les canaux classiques. Pas aussi rapide, pas aussi efficace. Et probablement impossible auprès d'entités ou d'investisseurs publics belges. "J'ai été membre du fonds d'investissement wallon LeanSquare. La Belgique dispose d'institutions qui soutiennent les start-up et scale-up en actionnant les leviers des technologies émergentes. Mais cela repose trop souvent sur des process préétablis, figés, un moule dans lequel on force les entrepreneurs à rentrer", regrette Jordan Ietri, qui déplore un trop-plein de bureaucratie et des procédures d'évaluation effectuées par des jurys sans véritable expertise en innovation. Symptôme de cette rigidité: l'entreprise Revomon a été constituée à Dubaï - même si le coeur des opérations est resté en Belgique. L'émirat ambitionne en effet de devenir La Mecque de la crypto. Il a multiplié les stratégies afin d'attirer les entrepreneurs de ce secteur, simplifiant les démarches juridiques pour les nouvelles sociétés, allégeant le fardeau fiscal pour les start-up innovantes. "Avant d'opter pour Dubaï, je m'étais rendu dans une caisse d'assurances sociales à Liège pour savoir comment on pouvait enregistrer notre entreprise. Ce n'était pas possible car la nomenclature pour les activités économiques n'était pas adaptée. On a fait tous les bureaux d'avocats en Belgique et au Luxembourg, mais notre activité entrait à chaque fois dans un code NACE qui impliquait une taxation sur notre financement à hauteur de 50% à titre de revenus professionnels. Pour une levée de fonds, perdre la moitié avant de lancer l'entreprise, c'était inconcevable", confie le cofondateur de Revomon. D'un point de vue relations d'affaires, le soleil dubaïote semble également plus propice. En seulement deux congrès sur la blockchain auxquels ils ont participé, les trois entrepreneurs estiment avoir noué davantage de contacts fructueux qu'en plusieurs années de réseautage effectué sous nos latitudes. "C'est incroyable en termes de relations, de découvertes, d'optimisation et de potentiels partenariats. Moi qui suis belge, amoureux de mon pays, j'aurais évidemment préféré développer l'entreprise ici. Mais le système n'est pas encore adapté. Ce n'est pas une critique contre la Belgique. Les pays voisins, en Allemagne ou en France, ne sont pas non plus au point, même s'ils sont davantage en avance", concède Jordan Ietri. Depuis la fameuse levée de fonds d'avril 2021, tout s'est emballé pour le jeune éditeur de jeux vidéo. Car l'équipe devait honorer son planning et "délivrer", comme on dit dans le jargon des start-up. En octobre dernier, les premiers internautes ont donc pu se coiffer de leurs casques de VR, entrer dans le métavers de Revomon et chasser les petits monstres. Une expérience de jeu qui, on l'a dit, n'est pas sans rappeler Pokémon. Et pour cause, Jordan, Maxime et Florian avaient précédemment réalisé un fan game (version amatrice et gratuite) en VR de la licence Nintendo. Passionnés de gaming, ils voulaient désormais porter leur propre franchise. Pour apposer leur griffe, les trois Liégeois ont alors pivoté leur modèle classique en y intégrant la technologie blockchain, le play-to-earn qui récompense les utilisateurs en cryptomonnaies et les NFT, ces actes de propriété numérisés. "Nous voulions imposer notre originalité, pour réaliser l'investissement en toute autonomie, se démarquer de la concurrence, justifier la levée de fonds, explique le CEO. Nous avons dû revoir tout notre modèle économique en rajoutant ces propositions de valeur. Nous restons convaincus que dans quelques années, de nouveaux genres de jeux vidéo reposeront sur ces nouveaux modèles replaçant le joueur au centre de l'attention." Le pari de la crypto est stratégique. Désormais pionnier dans la catégorie des jeux VR de monstres à collectionner qu'il a créée, Revomon capitalise sur le phénomène d'adoption des jetons numériques pour gagner en popularité et masse critique avant d'attaquer le marché du mobile. Occupant déjà une vingtaine de travailleurs, des développeurs aux motion designers en passant par des musiciens, Revomon attire environ 15.000 joueurs uniques par mois et réalise un chiffre d'affaires mensuel moyen de 40.000 dollars .