André Lejeune a passé la majeure partie de sa carrière à développer l'entreprise qu'il a cofondée à la fin des années 1980. Il s'agit de Selligent, société spécialisée dans la gestion des relations clients (CRM), qui pèse désormais plus de 80 millions d'euros de chiffre d'affaires et emploie 400 personnes dans une dizaine d'agences. Une pépite belge passée sous pavillon américain depuis son rachat par un fonds de private equity en Californie. Fervent défenseur d'une culture d'entreprise qui tire le meilleur parti de ses équipes, André poursuit depuis des activités de soutien au travers de sa nouvelle création, Brace4Scale, qui aide des sociétés au stade de scale-up à atteindre leurs objectifs.
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André Lejeune a passé la majeure partie de sa carrière à développer l'entreprise qu'il a cofondée à la fin des années 1980. Il s'agit de Selligent, société spécialisée dans la gestion des relations clients (CRM), qui pèse désormais plus de 80 millions d'euros de chiffre d'affaires et emploie 400 personnes dans une dizaine d'agences. Une pépite belge passée sous pavillon américain depuis son rachat par un fonds de private equity en Californie. Fervent défenseur d'une culture d'entreprise qui tire le meilleur parti de ses équipes, André poursuit depuis des activités de soutien au travers de sa nouvelle création, Brace4Scale, qui aide des sociétés au stade de scale-up à atteindre leurs objectifs. Face à lui, Nicolas Speeckaert, un compatriote installé à Luxembourg. Au sortir d'études en business international en Espagne, ce passionné de technologies ne désirait pas rejoindre une entreprise mais créer la sienne. Il cofonde alors Skeeled dont la solution phare est un logiciel prédictif d'acquisition de talents. Son projet s'est en quelque sorte imposé à lui en raison d'une expérience plutôt frustrante du marché du travail. Constatant combien l'intelligence artificielle est tout simplement inexistante dans le secteur des ressources humaines, il tente alors de pallier cette absence du mieux possible, visant l'international. Le hasard a fait se rencontrer les deux entrepreneurs ; l'alchimie entre eux s'est spontanément opérée, les incitant à développer une synergie au service de Skeeled... TRENDS-TENDANCES. Comment est née cette collaboration?NICOLAS SPEECKAERT. J'avais participé à un tech tour aux Pays-Bas, ce genre d'événement où de jeunes entrepreneurs viennent confronter leurs projets à des business angels, des investisseurs, des mentors. André était coach lors de la journée préparatoire du pitch. On a directement eu une forte affinité. Nos contacts se sont alors multipliés, puis mon associé et moi avons décidé que nous allions lui proposer de collaborer. ANDRÉ LEJEUNE. Je suis à un stade de ma carrière où je reçois des propositions mais pour des projets qui ne m'intéressent plus vraiment, comme par exemple dans le mailing pur. Je suis à la recherche d'autre chose. De ce point de vue-là, tant le concept de Skeeled que le domaine dans lequel l'entreprise opère avaient tout pour me passionner. D'où mon souhait de rejoindre l'aventure en tant qu' executive advisor, en mettant les mains dans le cambouis si c'est opportun, mais sans remplacer les fondateurs. En pratique, quel a été le déclic? Comment cela s'est-il mis en place?AL. Nicolas m'avait dit que Skeeled cherchait des fonds mais désirait aussi trouver "plus" que des fonds. Je lui ai répondu que je n'apportais pas de fonds mais que ce petit plus, je voulais bien essayer de le lui apporter. (sourires) Après les présentations avec l'équipe et les actionnaires, j'ai proposé de réaliser une sorte de mini-audit, sans prétention. A la remise des conclusions, ils m'ont alors invité à faire un bout de chemin avec eux et à les aider à implémenter ces recommandations. Nicolas m'expose régulièrement les challenges qu'il rencontre, présente des cas concrets. Je lui parle alors de mes expériences personnelles et on vérifie ensemble si elles peuvent lui être utiles pour qu'il puisse aller plus vite et commettre moins d'erreurs de parcours. NS. Après deux heures de discussion avec André, je repars avec plus de certitudes dans les décisions à prendre. Cela nous permet de clarifier notre vision grâce à son regard extérieur. Votre collaboration est plus étroite que du simple mentorat. Comment cela se reflète-t-il dans l'organigramme, dans la fonction au jour le jour? AL. La structuration de notre collaboration évolue encore mais c'est vrai qu'assez rapidement, j'ai aussi assumé des aspects opérationnels, en accompagnant notamment une personne pour qu'elle prenne des responsabilités au niveau financier au sein de la société. J'essaie d'apporter mon soutien également en matière de stratégie car c'est une maladie typique des start-up européennes, en particulier quand on est né dans un petit pays: on est tenté de trop écouter ses clients sur le marché domestique et pas assez les prospects des marchés étrangers. Aujourd'hui, on s'est réparti les rôles: Nicolas prend davantage en charge les dimensions produit et marketing, Mike Reiffers, son associé, met sur pied une nouvelle activité advisory, et moi je vais temporairement prendre en mains la dimension de gestion générale. Nicolas, en tant que jeune 'startupper', comment vit-on cette cohabitation au sein de sa propre société avec un entrepreneur confirmé? NS. Humainement, il est essentiel de partager des valeurs communes. Et je constate que malgré sa carrière, André est resté aligné sur ces valeurs. Il ne va certainement pas transformer l'entreprise en une institution plus bureaucratique. Au contraire, il préserve son agilité. Et avec lui, nous parvenons à mettre énormément de choses en place qui permettent à Skeeled d'être beaucoup plus efficace. S'il y a donc un message à porter aux autres 'startuppers', c'est de veiller à s'entourer de gens du métier, expérimentés. Notre trio nous aide à nous concentrer sur nos forces et à viser des objectifs qui ont du sens. C'est tout l'enjeu de savoir faire confiance et de partager les responsabilités? AL. J'essaie en effet d'aider Nicolas et Mike en les invitant à donner du pouvoir aux gens, à se libérer pour monter en puissance. Jusqu'à la fin de l'année passée, Nicolas s'occu- pait encore de tout! Il savait qu'il ne pouvait pas tout faire. Mais on a toujours peur de lâcher la bride. Il faut pourtant pouvoir se concentrer sur les vraies priorités. Partager les responsabilités est donc une étape critique dans la croissance d'une scale-up. Skeeled a toutes les chances d'être un leader absolu. Un éditeur de logiciels reste un métier extrêmement compliqué avec les dimensions techno, marketing, prix, partenariat, etc. Il faut trouver le bon équilibre. En étant toujours au feu tout le temps, on risque de ne pas se soucier convenablement ni du management ni du marché. NS. Au début, nous voulions être au centre de toutes les décisions. Puis, nous avons effectivement réalisé que ce qui commençait à être perçu comme des frustrations personnelles était un problème que nous avions en fait créé. Il était donc temps de faire de l' empowerment. La montée en compétences et en responsabilité de nos collaborateurs m'a permis de me décharger, de mettre le focus sur les enjeux stratégiques. Il faut faire confiance en interne à nos talents. A force de travail, à force de prise de conscien- ce, cela fonctionne. Même après une année 2020 difficile, nos ambitions sont très élevées notamment sur le plan international.