Ce n'est rien de dire que l'univers du paiement a connu, ces dernières années, de profondes mutations suscitées par les évolutions technologiques et numériques. L'apparition du Web et du commerce en ligne, la naissance du smartphone, les solutions de paiement sans contact ou le développement des objets connectés constituent autant d'innovations ayant poussé l'univers du paiement à se réinventer.

Dans la vie réelle, on ne cesse de voir naître de nouvelles initiatives pour permettre au consommateur de payer, partout où il se rend, de la manière la plus facile possible : des technologies sans contact logées dans des montres, dans des bagues, des solutions de paiement par QR code, par reconnaissance faciale ou d'empreinte digitale... Les entreprises et les fintechs multiplient les solutions pour faciliter l'acte de payer. Le mot d'ordre ? La facilité, le " sans friction ". Les acteurs du secteur visent à supprimer tous les freins qui pourraient empêcher un paiement de se concrétiser. Pour cela, le paiement adopte le mantra des acteurs du Web : miser sur " l'expérience utilisateur ". Plus question de devoir passer par une série de validations fastidieuses susceptibles de décourager le consommateur.

Le " selfie pay " est d'ores et déjà disponible via plusieurs applications bancaires en Belgique.

Payer... sans rien faire

L'expérience ultime en la matière est le " paiement invisible ", celui pour lequel le client n'a rien à faire : il ne passe pas par la caisse, ne doit pas sortir de moyen de paiement ni valider la transaction. Tout est prédéfini et validé à l'avance. Pas mal d'exemples illustrent cela : Uber où le client sort du véhicule sans devoir ouvrir son portefeuille mais en acceptant que le géant du transport prélève automatiquement le coût de la course sur sa carte de crédit encodée dans l'appli. Pareil et de manière encore plus bluffante pour les clients du magasin sans caisse Amazon Go, aux Etats-Unis, qui peuvent se servir en rayon et quitter la boutique sans même rencontrer une caissière. Sans oublier, bien sûr, les paiements qui seront de plus en plus effectués automatiquement par une série d'objets connectés à qui l'utilisateur concédera une autorisation implicite de paiement : le frigo connecté de Samsung qui pourra commander du lait lorsqu'il n'y en a plus, la machine à laver connectée à Amazon qui recommandera automatiquement du détergent, etc. Aussi, inspirée du " paiement invisible ", la chaîne de restaurants britannique Wagamama permet aux clients de payer et de donner un pourboire directement dans l'application, éliminant ainsi complètement le processus de paiement traditionnel en fin de repas.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, le paiement en ligne n'est pas aussi avancé. Pour Henri Dewaerheijd, country manager de Mastercard Belgique, " malgré une explosion des usages en ligne et du commerce électronique, il y a assez peu d'innovation online. La plupart des paiements en ligne par carte de crédit en Belgique nécessitent encore des lecteurs de cartes ou des envois de SMS. Mais ces systèmes peu pratiques freinent les consommateurs. Cela s'explique par le taux supérieur de fraude en ligne par rapport au paiement dans le monde réel ". Pour le responsable de Mastercard en Belgique, c'est le paiement en ligne qui connaîtra désormais les plus grosses transformations. Les acteurs du paiement et du commerce électronique doivent, jusqu'ici, accepter de sacrifier soit la sécurité, soit la facilité d'usage. Lorsqu'ils misent sur la sécurité maximum, ils diminuent la fluidité du paiement et doivent, dès lors, accepter un certain taux d'abandon de la transaction. Selon une étude menée par Adyen en 2018, deux Français sur cinq déclaraient avoir déjà abandonné un achat en ligne à l'étape du paiement, en raison de l'obligation de renseigner ses coordonnées bancaires. Mais le sujet est en train d'évoluer à l'heure de la directive européenne PSD2 qui pousse à une identification systématique du consommateur (appelée authentification dans le jargon).

Henri Dewaerheijd, "country manager" de Mastercard Belgique © photos : pg

Reconnaissance faciale, mais pas que...

Dans ce secteur, la biométrie est en pole position des technologies d'authentification : empreinte digitale, reconnaissance faciale, reconnaissance vocale, etc. Le selfie pay est d'ores et déjà disponible via plusieurs applications bancaires en Belgique qui utilisent le système de reconnaissance faciale des téléphones. Concrètement, l'utilisateur place son visage devant la caméra de son GSM qui le reconnaît et autorise le paiement. Pareil pour l'empreinte digitale qui permet de délocker son téléphone mais aussi de se connecter à son appli bancaire ou de valider des paiements.

Et le développement des " enceintes intelligentes " comme Amazon Echo ou Google Home permet d'imaginer que la reconnaissance vocale constituera l'une des prochaines évolutions du paiement en ligne. La voix du consommateur sera reconnue et permettra d'autoriser une transaction. " Les Gafa ont banalisé l'utilisation de ces outils auprès du grand public, observe Henri Dewaherheijd. Cela s'inscrit pleinement dans la démarche pour diminuer la friction. Ils ont poussé le consommateur à accepter et intégrer la biométrie et cela a ouvert des portes pour les paiements. "

Reste que si ces systèmes de reconnaissance biométrique simplifient le paiement online, ils nécessitent toujours l'intervention du consommateur. Cela ne correspond donc pas encore à l'expérience de " paiement invisible " que des acteurs comme Amazon ou Uber commencent à imposer dans le monde réel. Mais le secteur y travaille. Comme Mastercard. A côté de ses algorithmes de détection de fraudes nourris par les historiques de transactions et des milliards de données en sa possession, Mastercard mise sur sa filiale NuData et sa solution NUDetect. Celle-ci se base sur la " biométrie passive ". Concrètement : cette technologie analyse le contexte et le comportement du client. Elle prend ainsi en compte, notamment, la vitesse de frappe sur son écran, l'habitude d'utilisation des doigts (un ou plusieurs doigts pour frapper sur son écran, etc.), l'inclinaison de l'appareil, sa géolocalisation, etc. Toutes ces données permettraient, en effet, de vérifier en arrière-plan s'il s'agit bien de la bonne personne sans devoir la déranger dans son parcours d'achat par une authentification. " L'utilisation des données personnelles pour une meilleure expérience en ligne se fera toutefois dans la cadre du RGPD, avec l'accord du consommateur et en offrant la transparence par rapport à l'utilisation de ces données ", insiste Henri Dewaerheijd. Autant dire que l'on peut imaginer, à terme, pouvoir payer de manière " invisible " également en ligne.