Le propos de l'auteur d'origine canadienne Jon Evans risque bien de filer le bourdon à toute une génération de jeunes entrepreneurs. Soit tous ceux qui se revendiquent de la mouvance start-up et consacrent leur temps et leur énergie à développer leurs projets numériques dans le sillon des grands noms de la tech. Dans une chronique publiée sur le célèbre site spécialisé TechCrunch, l'homme de 44 ans entrevoit ni plus ni moins que... la fin des start-up. Jon Evans écrit, en effet, que " l'âge d'or des start-up est d'ores et déjà terminé ". Pour lui, l'époque des hordes de jeunes diplômés qui rêvent de donner naissance au nouveau Facebook est révolue : finie la période où les grandes entreprises traditionnelles étaient des dinosaures figés, enclins à se faire dévorer par des " mammifères agiles à croissance rapide ", soutient Jon Evans. Cela, c'était la décennie passée. Nous vivons dans un nouveau monde à présent : il favorise les gros acteurs et pas les petits. Les grosses entreprises vont dominer la prochaine décennie, non plus les start-up et les entrepreneurs. D'ailleurs, les diplômés d'aujourd'hui préfèrent travailler pour Mark Zuckerberg que de lui emboîter le pas. " Pour le chroniqueur de TechCrunch, on croit à tort qu'on assistera à une nouvelle vague de start-up accompagnant les nouvelles révolutions technologiques, tel qu'on a pu le voir dans le passé avec l'avènement d'Amazon, Facebook, Google, Salesforce, puis Uber, Lyft, Snap, WhatsApp, etc. " On n'assistera pas à une telle révolution, écrit-il. Le Web a été occupé et colonisé par les gros acteurs, et les nouvelles technologies d'aujourd'hui sont compliquées, onéreuses, et favorisent les organisations qui disposent de quantités gigantesques de capital et sont capables de scaler. "
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Le propos de l'auteur d'origine canadienne Jon Evans risque bien de filer le bourdon à toute une génération de jeunes entrepreneurs. Soit tous ceux qui se revendiquent de la mouvance start-up et consacrent leur temps et leur énergie à développer leurs projets numériques dans le sillon des grands noms de la tech. Dans une chronique publiée sur le célèbre site spécialisé TechCrunch, l'homme de 44 ans entrevoit ni plus ni moins que... la fin des start-up. Jon Evans écrit, en effet, que " l'âge d'or des start-up est d'ores et déjà terminé ". Pour lui, l'époque des hordes de jeunes diplômés qui rêvent de donner naissance au nouveau Facebook est révolue : finie la période où les grandes entreprises traditionnelles étaient des dinosaures figés, enclins à se faire dévorer par des " mammifères agiles à croissance rapide ", soutient Jon Evans. Cela, c'était la décennie passée. Nous vivons dans un nouveau monde à présent : il favorise les gros acteurs et pas les petits. Les grosses entreprises vont dominer la prochaine décennie, non plus les start-up et les entrepreneurs. D'ailleurs, les diplômés d'aujourd'hui préfèrent travailler pour Mark Zuckerberg que de lui emboîter le pas. " Pour le chroniqueur de TechCrunch, on croit à tort qu'on assistera à une nouvelle vague de start-up accompagnant les nouvelles révolutions technologiques, tel qu'on a pu le voir dans le passé avec l'avènement d'Amazon, Facebook, Google, Salesforce, puis Uber, Lyft, Snap, WhatsApp, etc. " On n'assistera pas à une telle révolution, écrit-il. Le Web a été occupé et colonisé par les gros acteurs, et les nouvelles technologies d'aujourd'hui sont compliquées, onéreuses, et favorisent les organisations qui disposent de quantités gigantesques de capital et sont capables de scaler. " Shocking à l'heure où nos Etats et nos villes européennes s'organisent autant qu'ils peuvent pour soutenir l'entrepreneuriat numérique des jeunes. La mise en place de structures tant privées que publiques tous azimuts s'organise pour financer, héberger, coacher et - dans le meilleur des cas - " accélérer " les start-up. A travers le monde, les exemples sont partout très nombreux : du célèbre Web Summit, l'un des plus gros salons au monde dédié à la tech ; au lancement à Paris de Station F, le plus gros incubateur fondé par Xavier Niel ; en passant par la création d'un label French Tech chez nos voisins hexagonaux, etc. La start-up continue d'attiser les convoitises et les espérances des grandes et petites nations. En Wallonie, le fonds W.IN.G, doté de 50 millions d'euros d'argent public, est l'un des bras de la Région pour donner un coup de pouce aux créateurs de start-up. Et ce n'est qu'un exemple parmi d'autres : Leansquare, Meusinvest et les autres structures publiques regardent de près le marché de la start-up. Sans oublier les nombreux acteurs privés qui misent, eux aussi, sur l'écosystème : coworking, start-up studios, etc. Le rêve continue d'animer (plus ou moins secrètement) les jeunes porteurs de projets qui se rêvent en nouveau Mark Zuckerberg. Visiblement Jon Evans n'y croit plus. D'ailleurs, même l'incubateur le plus prisé du monde, le Y Combinator, n'engendre plus, selon lui, de géants depuis Airbnb, Dropbox et (le système de paiement) Stripe. Cet avis, Omar Mouhout, spécialiste des start-up chez Sirris, ne le partage pas du tout : " Il est correct que Facebook, Amazon, Google, Uber, etc., sont là pour durer (longtemps), nous glisse-t-il. Mais des géants vont toujours émerger. Malgré la position dominante de Booking.com sur le marché, Airbnb a réussi à prendre une position. Pensez à Spotify, Deliveroo, Zalando qui deviennent des géants à part entière. Et il y a encore des places à prendre dans la blockchain, l'internet des objets, la robotique, l'impression 3D, etc. " Dans son édito, Jon Evans réalise pourtant une démonstration plutôt convaincante (et nettement moins optimiste) selon laquelle seuls les gros acteurs parviendront à s'imposer dans les nouveaux créneaux du moment (intelligence artificielle, hardware et objets connectés, voiture autonome, réalité augmentée, crypto-monnaies). Reste que, derrière les titres sensationnalistes de la plupart des médias qui relaient Jon Evans, il faut tempérer le propos. L'éditorialiste de TechCrunch ne sonne pas totalement la fin de la récré pour les jeunes pousses innovantes. Il laisse une (petite) lueur d'espoir aux entrepreneurs : " Bien que certaines start-up décolleront sans doute encore, elles seront beaucoup plus rares qu'elles ne l'étaient pendant les années du boom. " Si on le décrypte, l'homme ne croit donc plus à l'apparition de géants. Mais cela ne signifie pas, a priori, que de jeunes pousses ne pourront pas se développer, trouver leur marché et continuer d'exister. C'est ce que pense Romain Ogiela, entrepreneur français logé chez Station F avec sa start-up Shipup : " Je ne me suis jamais dit que je mesurerai mon succès de manière binaire : est-ce que j'ai oui ou non créé un GAFA ? Je suis persuadé que la quasi-totalité des entrepreneurs sont alignés là-dessus et je me réjouis que le gigantisme ne soit pas le seul critère de réussite d'une aventure entrepreneuriale. Je pense que la thèse défendue par Jon Evans, voulant qu'il ne soit plus possible de créer un géant, ne traverse même pas l'esprit des CEO de start-up. " Par contre, le " risque " (mais certains voient cela comme une opportunité, voire un objectif) est évidemment de se faire avaler par un acteur du Web ou une grande entreprise dès que la start-up fonctionne ou qu'elle doit accélérer sa croissance. C'est particulièrement le cas en Belgique et les exemples ne manquent pas. En 2017, on a assisté à l'acquisition de plusieurs jeunes pousses : comme la fintech wallonne Gambit, avalée par BNP Paribas Fortis à la rentrée ; la start-up Riiot Labs (spécialiste des objets connectés pour piscine) revendue au géant espagnol Fluidra ; ou la semaine passée, la start-up flamande Restore, rachetée 70 millions d'euros par Centrica, au Royaume-Uni. Il est donc clair que le propos de Jon Evans ne concerne que très indirectement notre marché belge, voire le marché européen. " On ne compte aucun géant numérique européen, observe Laurent Hublet, conseiller en charge du numérique au cabinet d'Alexander De Croo. Donc le marché est très différent de celui aux Etats-Unis, où se pose de plus en plus la question de l'apparition de nouveau géants. Ici, l'écosystème est plus résilient et l'on ne voit, dans les chiffres, aucun ralentissement au niveau des start-up. Sans doute parce que, quand on parle de géants du numérique, on évoque la plupart du temps des plateformes B to C, alors que beaucoup de nos start-up se concentrent sur le marché du B to B où on dénombre énormément de possibilités. " Et de préciser que, dans de nombreux cas, les créateurs de start-up en Belgique considèrent la revente de leur boîte comme faisant partie du modèle... Et à ce titre, le brûlot de Jon Evans ne manque pas d'intérêt quand il souligne la fin d'une époque. Car la plupart des experts et observateurs s'accordent sur une chose : on entre probablement dans une nouvelle ère pour les start-up. " Tous les acteurs sur le marché (industrie, conseil, etc.) sont en train d'intégrer l'innovation dans leur ADN. Ce n'est donc plus un territoire réservé aux start-up, analyse Patrick Callewaert, technology lead chez Deloitte. De plus, il est évident que l'avènement de l'intelligence artificielle devient une priorité pour pas mal d'acteurs et cela va nécessiter des investissements et une expertise très importante que les start-up risquent d'avoir du mal à absorber. " Pour le consultant, l'opposition entre " acteurs traditionnels " et " start-up " va progressivement s'estomper au profit d'une collaboration de plus en plus étroite. En cela, une nouvelle dynamique pourrait bien se créer progressivement sur le marché de la start-up, doté de nouvelles opportunités à saisir. C'est d'ailleurs dans cette optique que se lance le groupe WeNation (lire à ce propos " 40 start-up en 2022 : le pari fou de Barefoot ! ", dans le Trends-Tendances du 9 novembre) regroupant notamment du conseil pour les corporate qui veulent développer des méthodes agiles et un startup studio (Barefoot&Co). Pour Jean-Christophe Conticello, la relation grande entreprise/start-up est la clé : " Je crois dans la mort des start-up seules, détaille le serial entrepreneur, créateur de Wemanity et WeNation. Certaines réussiront mais ce seront des exceptions : l'avenir, ce sont les corp-up, c'est-à-dire les grands groupes qui utilisent des méthodes de start-up pour survivre et garder le lead, ou qui se lancent dans la cocréation avec les start-up. " Avec au final, un rachat de la jeune pousse ? C'est dans ce sens qu'abonde Bruno Wattenbergh, senior advisor chez EY : " L'avenir des créateurs de start-up est et reste le corporate venturing, c'est-à-dire une start-up rachetée après deux ou trois ans par une grande entreprise. Les sociétés les plus dynamiques en Belgique lancent leur propre hackathon, leur propre startup studio pour se disrupter elles-mêmes. " Une dynamique potentiellement positive pour les jeunes pousses qui trouvent de nouveaux clients/ partenaires/investisseurs. Mais qui ne donne pas totalement tort, donc, à Jon Evans