"Salut, ça t'intéresse une invitation à Clubhouse?" Un fondateur de start-up me convie à m'inscrire sur ce réseau social dont on parle de plus en plus mais dans lequel on n'entre que sur invitation. Un genre de club un peu select (mais censuré en Chine) qui a démarré aux Etats-Unis et sur lequel est présent le gratin de la Silicon Valley. On ne refuse pas ce type d'invitation! Au départ, chaque membre n'en reçoit en effet que deux. La bonne vieille mécanique des happy few à l'oeuvre...
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"Salut, ça t'intéresse une invitation à Clubhouse?" Un fondateur de start-up me convie à m'inscrire sur ce réseau social dont on parle de plus en plus mais dans lequel on n'entre que sur invitation. Un genre de club un peu select (mais censuré en Chine) qui a démarré aux Etats-Unis et sur lequel est présent le gratin de la Silicon Valley. On ne refuse pas ce type d'invitation! Au départ, chaque membre n'en reçoit en effet que deux. La bonne vieille mécanique des happy few à l'oeuvre... En quelques clics, je m'inscris donc avec mon numéro de GSM, ce qui ne prend que quelques minutes. Clubhouse me demande ensuite de sélectionner un certain nombre de centres d'intérêt destinés à "personnaliser" mon expérience sur le réseau social, histoire de mieux me cibler. On entre à la fois ses goûts (musique, animaux, voyage, sports, lecture, etc.) et des éléments qui nous définissent (langues parlées, genre, appartenance à la génération X ou Y, origine, etc.). Clubhouse me demande d'indiquer mon (vrai) nom comme login d'utilisateur. A priori, rien ne m'y oblige car le réseau ne dispose (pour l'instant?) d'aucun outil de vérification. Je transfère une photo puis commence à rechercher des contacts. Rapidement, je me rends compte que les Belges ne sont pas encore très nombreux sur l'appli. Normal: la communauté n'en est qu'à ses débuts et n'est pas ouverte à tout le monde. D'autant qu'en plus d'une invitation, il faut posséder un iPhone... J'ajoute toutefois quelques dizaines de nouveaux amis, sans bien comprendre encore à quoi va me servir ce nouveau "réseau social". En naviguant dans une interface très minimaliste, je comprends que les utilisateurs peuvent créer des " rooms" sur des thématiques et inviter des gens à parler. D'autres peuvent venir les écouter. Basiquement, c'est cela. Dans un premier temps, je peine à m'y retrouver ; je m'attends à un fil d'informations comme sur les autres réseaux, mais il n'existe pas. Tout au plus Clubhouse me propose-t-il quelques rooms où d'illustres inconnus (pour moi) sont en train de bavarder sur des thèmes qui ne correspondent pas vraiment à mes centres d'intérêt. Algorithme défaillant? Manque de contenu? Cela me refroidit un peu: ce n'est pas sur Clubhouse que je passerai du temps, me dis-je. Soudain, une alerte m'indique qu'un ami français vient de lancer une room. J'y entre. Il papote avec un de ses contacts. Je me sens espion d'une conversation personnelle, d'un "coup de fil" entre potes. Et je me demande ce que je fais là... A quoi sert cette appli? Est-ce que les gens veulent vraiment écouter bavasser d'autres personnes à n'importe quel moment? Si c'est pour avoir des contenus Facebook mais en audio, est-ce que cela vaut la peine? Il y a peu de Belges, est-ce que ceux qui y sont auront envie d'y rester? Autant d'interrogations que Clubhouse suscite chez ceux qui découvrent ce réseau. Dont moi... Quelques jours passent. De temps en temps, je jette un oeil sur l'application. Par notification, je constate que de nouvelles personnes ont décidé de me suivre. Je me balade aussi à l'occasion dans des rooms, de "Attract world-class talent to your start-up" à "Thoughts on Elon Musk & Joe Rogan conversation about aliens"... Sympa mais rien de fondamentalement convaincant. Surtout, de nombreuses rooms paraissent mal ciblées: Clubhouse me propose même des discussions... en japonais.Mais on le sait, les débuts sur une nouvelle plateforme sociale sont généralement déroutants. Cela me rappelle cette farce qui explique que le premier utilisateur de Facebook devait se sentir un peu seul... L'oeuf et la poule: il faut assez de personnes présentes sur une appli et de contenus adaptés disponibles pour susciter l'intérêt de ces mêmes personnes. Reste que sur Clubhouse, la communauté internationale d'influenceurs est bien présente, dont actuellement de nombreux membres de l'univers tech et start-up. Et la communauté d'utilisateurs francophones commence à grandir, elle aussi. Une récente discussion Clubhouse réunissant des entrepreneurs français autour de Jean de la Rochebrochard, le managing partner de Kima Venture (le fonds d'investissement tech fondé par Xavier Niel) m'a en tout cas permis de mieux comprendre les points forts de Clubhouse... et d'imaginer son futur. "Les fondamentaux de ce nouveau médium reposent sur la curiosité de ce que les gens se disent entre eux, les gossips en quelque sorte, commente Jean de la Rochebrochard dans la room "Good morning France, good night San Francisco". L'homme compare les rooms de Clubhouse à des soirées "où il faut être". D'une part, parce que si on n'y est pas, il n'y a pas de scéance de rattrapage (pas de replay). Et d'autre part, parce que le côté exclusif joue à plein régime: dans Clubhouse, il y a le cercle de ceux qui parlent, ceux qui interagissent, ceux qui les écoutent... "et le quatrième cercle: ceux qui ratent le coup", enchaîne l'orateur. C'est le principe de la soirée unique. Un autre intervenant explique que l'usage de Clubhouse lui fait totalement changer sa consommation de médias en ligne. A la recherche des "conférences" sur cette application, il consomme moins de podcasts dont il est pourtant friand. Le côté people jouerait aussi, à plein tube. "On écoute des podcasts pour leur contenu, analyse encore un intervenant. Ici, par contre, on vient essentiellement pour celui qui parle. On décide d'aller dans une room en fonction des gens qu'on connaît et qui nous paraissent intéressants." De fait, cette nouvelle plateforme pourrait être davantage comparée à une offre de soirées de conférences interactives et de networking plutôt qu'à un nouveau Facebook ou Twitter. D'ailleurs, certains estiment qu'elle entre d'abord en concurrence avec Eventbrite, le site de gestion d'événements et de billetterie. Il se dit en effet que le modèle économique (encore inexistant) de Clubhouse pourrait passer par des accès payants à certaines rooms plutôt que par la pub. De quoi pousser à terme des organisateurs d'événements à basculer certaines activités sur la plateforme. Divers artistes de stand-up et de "comedy club" , empêchés de monter sur scène actuellement, s'organisent déjà pour y proposer des spectacles audio gratuits. Et en farfouillant dans l'appli, vous pouvez également tomber sur des groupes d'apprentissage de langues. Difficile, aujourd'hui, de savoir ce que deviendra vraiment Clubhouse. Ce qui est certain, c'est que le réseau belge va progressivement se développer. Que le gratin des influenceurs venus d'autres horizons que la tech va bientôt s'y bousculer. Que sa facilité d'usage va inciter des créateurs à y développer de l'activité et des contenus. Bref, qu'il va s'y passer des choses... Il n'est donc pas impossible que Clubhouse devienne un acteur incontournable d'une tendance en construction: le social audio. Autant dès lors dénicher une invitation et y créer un compte.