Numerik. Vous avez pris le marché par surprise en annonçant, hier, une nouvelle levée de fonds à 10 millions d'euros, même pas 5 mois après avoir déjà levé 6 millions. Pourquoi ?

Adrien Roose. Il n'était pas prévu qu'on lève si rapidement de nouveaux fonds, mais l'opportunité s'est présentée et on l'a saisie car nous avions prouvé qu'on pouvait allouer l'argent correctement et développer rapidement de nouvelles villes. Il y a une pression assez forte du marché qui fait que c'est une course contre la montre pour s'installer dans de nouvelles villes avant les concurrents. Il est plus facile d'être premier que deuxième.
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Adrien Roose. Il n'était pas prévu qu'on lève si rapidement de nouveaux fonds, mais l'opportunité s'est présentée et on l'a saisie car nous avions prouvé qu'on pouvait allouer l'argent correctement et développer rapidement de nouvelles villes. Il y a une pression assez forte du marché qui fait que c'est une course contre la montre pour s'installer dans de nouvelles villes avant les concurrents. Il est plus facile d'être premier que deuxième.Nous voulons arriver les premiers notamment pour nouer des partenariats avec les meilleurs restaurants de la ville. Si on leur prouve qu'on est en mesure de leur apporter un montant significatif de commandes, nous pouvons bénéficier d'une relation forte qui n'est pas bloquante mais qui rend plus difficile le développement des concurrents sur notre créneau (ndlr : celui de la livraison de repas de restaurants de qualité qui n'ont pas encore de service de livraison). Nous avons recruté des équipes pour d'autres pays et d'autres villes. Notamment en Allemagne et en Espagne où nous avons lancé, mi-août, les villes de Berlin et Madrid. Et nous avons aussi recruté au Royaume-Uni où nous nous apprêtons à lancer Londres. Tandis qu'en France, notre prochaine étape est d'ouvrir Lyon, Lille et Bordeaux. Dans notre métier, la saisonnalité est importante. Aussi nous nous sommes dépêchés pendant l'été de mettre en place les équipes et d'ouvrir de nouveaux marchés pour y être prêts avant l'automne et l'hiver. Si nous employions 10 personnes au début de l'année, nous sommes 75 personnes à présent. Sans compter les 500 livreurs indépendants qui travaillent avec nous... et qui seront 1.000 avant la fin de l'année. A plusieurs choses. Notre business, c'est de la logistique et de la technologie. Il y a beaucoup de technologie qui est au service de la logistique. Bien sûr, nous avons déjà une plateforme mais il faut constamment l'améliorer et la faire évoluer. De manière à assurer l'optimisation de l'activité et assurer la gestion de gros volumes de commandes. Une partie de l'argent servira aux nouveaux développements technologiques. Une autre partie importante sera de financer la mise en place de nouvelles équipes locales pour continuer l'expansion géographique de notre activité.Pour l'instant, les montants investis en marketing sont assez faibles. Take Eat Easy se développe essentiellement grâce à de la croissance organique. Le bouche-à-oreille fonctionne plutôt bien. Mais c'est vrai qu'on doit développer notre marque car nous avons besoin de réaliser de gros volumes pour optimiser au mieux l'activité. Cela se fera notamment par des partenariats locaux pour nous faire connaître. Par exemple, des partenariats avec des festivals de musique pour offrir des livraisons de repas et augmenter notre visibilité non-payante. Il faut savoir que le business de Take Eat Easy est essentiellement local. Notre idée est donc de conquérir les marchés par villes et par pays. Donc une fois que les opérations sont mises en place, nous devons avoir du volume. Pour cela, nous testons différents leviers marketing comme de la pub en ligne, ou, plus classique, de l'affichage. Il faudrait pour cela que nous en ayons la volonté car, via des mécanismes de gouvernance d'entreprise dans les détails desquels je ne souhaite pas entrer, nous conservons le contrôle sur Take Eat Easy. Rocket Internet agit essentiellement comme un holding financier. On voit d'ailleurs dans leurs différents investissements que leur but n'est pas de tout fusionner mais d'introduire en Bourse certains de leurs investissements, comme en témoignent des rumeurs d'IPO pour Delivery Hero, Foodpanda, etc. Très franchement, c'est beaucoup trop tôt pour en parler et même pour y penser. Les équipes sont véritablement focalisées sur l'opérationnel et les développements dans les différentes villes européennes que nous ciblons pour l'instant. Il est donc trop tôt pour parler de ce type d'objectifs futurs. Notre premier objectif est d'être N°1 du "premium food delivery" en Europe. En fait, dès qu'on a des signes positifs que nos marchés décollent, nous envisageons d'autres villes ou pays. Et donc quand on aura des signes qu'on est en passe d'être premier au niveau européen, nous regarderons pour nous lancer sur des marchés hors Europe. Comme je le disais, Rocket Internet doit être vu comme un investisseur financier. Il n'y a aucune autre synergie avec Rocket Internet. Et on essaie justement de garder une vraie séparation avec les autres acteurs de la livraison dans lesquels ils ont investi et qui sont nos concurrents. Propos recueillis par Christophe Charlot