Un brevet détenu par une jeune pousse belgo-belge qui dérange le géant international de la recherche en ligne ? Le Goliath du Web qui s'en prend au David belge ? Il nous revient, en effet, que Google a tout récemment introduit une citation en nullité devant le tribunal de l'entreprise de Bruxelles pour faire annuler un brevet belge obtenu, en 2014, par la start-up Proxistore.

Cette dernière a mis au point, en 2011, un concept de géolocalisation en cascade pour permettre d'adresser aux surfeurs des publicités hyper locales sur des sites internationaux. Exemple : un surfeur à Namur consulte le site du Figaro et reçoit une publicité pour la librairie à deux rues de chez lui. Cette start-up développe son concept innovant dans l'univers de la pub en ligne, forte du soutien financier (la firme a levé 10 millions d'euros) d'une vingtaine de family offices belges, dont de grands noms de la presse, du groupe Roularta et de la SRIW.

Un brevet de 2015 attaqué en 2019

Pour protéger sa technologie qui se base sur une géolocalisation en cascade des internautes, la firme belge, basée à Mont-Saint-Guibert, avait obtenu un brevet belge en 2015 et un brevet européen en 2016. Personne ne s'était alors opposé à ces brevets durant la période d'opposition qui se terminait en mai 2017.

Aujourd'hui, plus de deux ans après le terme de cette période, Google s'attaque au brevet belge de la start-up. Pourquoi cette étonnante procédure maintenant ?

Il s'agit en réalité d'une contre-attaque du moteur de recherche dans le cadre d'un litige qui oppose secrètement les deux entreprises depuis de nombreux mois. Il nous revient en effet que depuis plus d'un an, Proxistore essaie de trouver un terrain d'entente avec Google dans le cadre de ces brevets. La firme belge considérerait que Google utilise une technologie qui contrevient aux brevets obtenus par Proxistore.

Saisie chez Google Belgium

Depuis l'été 2018, Google et Proxistore seraient en négociation par avocats interposés. Mais depuis cet été, Proxistore aurait porté l'affaire devant les tribunaux belges en introduisant une action en "saisie description" autorisée par le tribunal de l'entreprise de Bruxelles. Des experts judiciaires seraient même descendus, cet été, au sein des locaux bruxellois du moteur de recherche et au datacenter de Crystal Computing (une filiale de Google) à Ghlin. Une procédure en vue de déterminer s'il y a des éléments probants pour parler de contrefaçon de la part de Google, et qui serait toujours en cours.

Prudent, Bruno Van Boucq, fondateur et CEO de Proxistore, ne souhaite pas commenter nos informations mais ne nie pas la situation. Il reconnaît que sa société attaque Google en contrefaçon et tente d'obtenir un accord avec le géant de la recherche et de la pub online. "Cela fait un an qu'on négocie et que Google cherche à obtenir la paix tout en tirant en longueur les discussions, nous répond-il. Nous ne comprenons pas pourquoi, à présent, ils veulent faire annuler notre brevet. Depuis le début, nous essayons d'obtenir un accord amiable pour faire reconnaître notre travail et notre expertise en matière de publicité digitale. Nous voulons démontrer la pertinence de notre brevet et si Google persiste à ne pas respecter nos droits, nous serions déterminés à nous défendre jusqu'au bout devant les juridictions nationales, là où notre brevet est reconnu."

Google Belgium, que nous avons joint hier, n'a pas encore réagi.