On ne peut pas particulièrement dire que ces trois entrepreneurs ont le profil de jeunes start-uppers qui débutent leur projet dans un garage. Les trois fondateurs d'EMAsphere ont déjà un sacré parcours business. Pourtant, leur vision est totalement en phase avec n'importe quel (jeune) boss de start-up du numérique : focus produit, acquisition de clients, croissance internationale, levée de fonds. Et la rentabilité ? " Dans quelques années, priorité à la croissance ", nous répond-on. Et pour l'instant, ils voient juste : on ne parle déjà plus de start-up mais de scale-up : EMAsphere emploie déjà une cinquantaine de personnes, a atteint 1,8 million d'euros de chiffre d'affaires en 2018 et vise le double en 2019, et est parvenue à lever 7,5 millions d'euros.
...

On ne peut pas particulièrement dire que ces trois entrepreneurs ont le profil de jeunes start-uppers qui débutent leur projet dans un garage. Les trois fondateurs d'EMAsphere ont déjà un sacré parcours business. Pourtant, leur vision est totalement en phase avec n'importe quel (jeune) boss de start-up du numérique : focus produit, acquisition de clients, croissance internationale, levée de fonds. Et la rentabilité ? " Dans quelques années, priorité à la croissance ", nous répond-on. Et pour l'instant, ils voient juste : on ne parle déjà plus de start-up mais de scale-up : EMAsphere emploie déjà une cinquantaine de personnes, a atteint 1,8 million d'euros de chiffre d'affaires en 2018 et vise le double en 2019, et est parvenue à lever 7,5 millions d'euros. L'histoire d'EMAsphere débute en 2013. Didier Vankeerberghen, Hugues Vandeputte et Antoine Duchâteau sortent tout juste d'une belle histoire entrepreneuriale. Ils ont fondé et dirigé ensemble Odyssey, une société de logiciels destinés au private banking initiée, à la base, par Antoine Duchâteau. Une boîte comptant 700 personnes pour un chiffre d'affaires de 75 millions d'euros, revendue en 2010. Mais de son expérience de terrain en reporting, Hugues Vandeputte décèle une nouvelle opportunité : " J'ai constaté que peu d'entreprises avaient de bons outils de gestion, se souvient-il. Et que souvent, il s'agit d'un fichier Excel dans les mains du CFO. Les dirigeants d'entreprises ont besoin d'une bonne information, plus fiable et plus rapide pour prendre de meilleures décisions. " Leur idée, c'est de mettre en place un " Waze de la gestion d'entreprise " qui permette d'avoir une vue globale sur un ensemble de données et qui puisse guider les dirigeants dans leurs décisions. C'est la naissance d'EMAsphere, une plateforme dans le cloud, accessible de n'importe où. Sa particularité ? Centraliser et exploiter des données brutes issues de différentes sources dans l'entreprise : ERP, CRM, comptabilité, données RH, etc. Avec pour objectif de les analyser et donner des infos structurées aux dirigeants. La cible ? " Dans un premier temps, les entreprises moyennes, répond Antoine Duchâteau qui endosse le rôle de président de l'entreprise, laissant à ses deux associés le titre de co-CEO. Nous ciblons des PME qui engagent un CFO et génèrent un chiffre d'affaires de l'ordre de 5 millions. " Le modèle business est simple : EMAsphere vend des abonnements aux entreprises pour des montants généralement compris entre 100 et 1.000 euros, sauf pour les gros clients pour qui les tarifs sont plus élevés. Au total, les entreprises seraient environ 6.000 à utiliser EMAsphere. Dès le départ, les fondateurs ont misé gros sur les développements de la plateforme, un atout clé pour leur start-up. Cela s'est traduit par la création très rapide - avant même la commercialisation du produit en 2016 - d'un département recherche et développement bien fourni de 20 personnes. Les investissements se sont donc longtemps concentrés sur le produit et l'innovation. Ainsi que sur la création de la plateforme, bien sûr, et de toute une série de connecteurs pour pouvoir lier EMAsphere aux différents logiciels utilisés par les entreprises. " En 2015 et 2016, 75% de nos budgets ont été utilisés dans la R&D ", précisent les patrons d'Emasphere. Aujour-d'hui, ils représentent toujours 30% des coûts de l'entreprise. Jusqu'ici, la jeune pousse a " brûlé 7 millions d'euros, plus un million d'euros de dettes ", admettent les fondateurs. Mais Emasphere est soutenue par ses investisseurs de la première heure qui, depuis son lancement, y croient et continuent d'investir dans l'entreprise aux tours suivants. La firme a en effet levé une première fois 2 millions d'euros en 2016 auprès d'investisseurs privés de son premier cercle. Puis 4,5 millions, annoncés en fin d'année passée. Ici aussi, les investisseurs furent essentiellement des business angels privés, rejoints par une série d'employés pour 5 à 10% de la somme. Mais il semble que la firme " brûle " plusieurs millions par an et aura besoin d'un nouvel apport d'argent frais... Probablement via une nouvelle levée à la fin de cette année, même si les trois entrepreneurs gardent le secret. Les fondateurs d'EMAsphere nourrissent de grandes ambitions. " Nous voulons nous focaliser à court et moyen terme sur le Benelux, la France et le Royaume-Uni pour devenir une grosse scale-up. A plus long terme, nous comptons devenir un leader européen, puis un acteur global d'ici quelques années ", explique Antoine Duchâteau. D'ailleurs, la scale-up, basée à Mont Saint-Guibert, a déjà largement dépassé les frontières. Elle s'est d'abord lancée dans l'Hexagone et y dispose, depuis fin 2018, d'un bureau d'une dizaine de personnes qui génère environ 25% de l'activité. Avec déjà quelques beaux deals : BDO France et PWC France. Surprenant ? Pas tant que cela : au fil du temps, la start-up s'est rendu compte que son marché ne se limitait pas, comme le pensaient ses fondateurs, aux PME en direct. " De nouveaux marchés sont apparus progressivement auprès des fiduciaires et des cabinets d'expertise comptable, souligne Didier Vankeerberghen. Le modèle est dès lors devenu un peu différent puisque ces cabinets fournissent notre solution à leurs clients, emballée dans leurs propres propositions de service. Cette évolution, on ne l'avait pas anticipée mais c'est vrai qu'une grosse partie des PME passent par une entreprise comptable. " En Belgique, EMAsphere travaille avec Deloitte ou Grant Thornton Belgique et Luxembourg. Résultat : aujourd'hui, 50% du business d'Emasphere passe par ces intermédiaires. Une évolution positive, selon les trois associés, puisque cela apporte à leur firme du volume et lui permet de toucher un coeur de cible un peu différent : des entreprises plus petites qui ont besoin de conseils. Cela permet aussi à EMAsphere de se focaliser désormais sur les plus grandes sociétés, de 5 à 500 millions de chiffre d'affaires. Cette année, la scale-up s'est également lancée au Royaume-Uni. Elle devrait aussi utiliser l'argent de sa prochaine levée de fonds pour se déployer dans d'autres zones géographiques afin d'élargir sa base de clients. L'Europe d'abord, puis le reste du monde. Antoine Duchâteau et ses associés voient les effectifs de leur entreprise grimper prochainement à 60-70 personnes et, d'ici quelques années, à 100, voire 200 employés. Une taille idéale pour un exit ? Les trois fondateurs, qui détiennent à eux trois plus de 30% du capital, n'y pensent pas pour l'instant : " C'est vrai qu'EMAsphere attire déjà la convoitise mais, pour le moment, nous sommes passionnés et nous nous amusons ", bottent-ils en touche. Ce qui est sûr, c'est qu'à ce jour, la scale-up compte parmi les quelques pépites du numérique en vue... et que si tout se passe comme prévu, EMAsphere pourrait devenir incontournable en Europe sur son créneau.