Les événements d'hier à Washington ont fait l'effet d'une bombe dans le monde entier. La prise de possession du Capitol par des partisans de Donald Trump a choqué l'ensemble des défenseurs de la démocratie. Un acte symbolique qui heurte et qui fait naturellement froid dans le dos.

Le même jour, Twitter et Facebook sévissaient eux à l'encontre du (toujours) Président américain en suspendant son compte pour plusieurs heures et en l'empêchant, ainsi, de partager de nouveaux contenus problématiques. Un blocage ensuite confirmé par Mark Zuckerberg pour plusieurs semaines sur Facebook et Instagram. Par ce blocage, les deux réseaux ont franchi une étape supplémentaire dans le contrôle de contenus en ligne. Une démarche déjà entamée en mars 2020, en pleine explosion de la crise sanitaire partout dans le monde. En effet, Twitter avait déjà supprimé des messages du Président brésilien, Jair Bolsonaro, ou de l'ancien maire de New York, Rudy Giuliani. Ces deux personnalités avaient défié les mesures de confinement ou de protections contre le coronavirus.

Et les réseaux ont aussi mis en place une série d'avertissements autour de certains messages considérés comme problématiques. Cela fait des mois que des messages d'alerte s'inscrivent en-dessous de nombreux tweets de Donald Trump et d'autres personnalités influentes lorsque le contenu des messages peut être remis en cause. Cela a souvent été le cas sur les sujets liés au coronavirus ou quand il s'est agi de dénoncer les résultats des élections américaines...

Beaucoup se réjouissent aujourd'hui que cette censure se soit mise en place pour empêcher le Président américain sortant de lancer de nouveaux appels à ses défenseurs et de chauffer à blanc des manifestants. Et l'on peut naturellement se satisfaire de voir que les acteurs du Net ne restent pas les bras croisés face aux dérives que leurs plateformes permettent lorsqu'elles sont utilisées à mauvais escient.

Reste que la nuit dernière, la liberté d'expression a subi une attaque tout aussi violente que la démocratie avec les incidents au Capitol. Les géants du Net ont entériné, une fois de plus, leur toute-puissance en la matière. En supprimant des tweets de Donald Trump et en suspendant temporairement son compte, ils se sont posés en juges de la liberté de parole d'un Président américain dans l'exercice de ses fonctions ! Du jamais vu. Et sans que le monde ne s'en offusque réellement. La suppression des messages et la suspension des comptes Facebook et Twitter de Donald Trump constituent pourtant des actes symboliquement très forts. Les faits démontrent donc que les équipes de Facebook et de Twitter disposent d'un pouvoir colossal que seuls les tribunaux possédaient jusqu'ici... Or, aujourd'hui, ces équipes ne sont absolument pas encadrées.

Dangereux ? Evidemment. Car si la nécessité d'empêcher les fake news, les appels à la violence et autre discours haineux, de se répandre est légitime, la liberté et la toute-puissance des géants du Net pour y parvenir sont particulièrement inquiétantes. Sur base de quels critères prennent-ils leurs décisions pour censurer des contenus ? Comment déterminent-ils qu'une information est vraie ou pas ? Peut-on admettre que leurs équipes de spécialistes remplacent les tribunaux pour décider jusqu'où va la liberté d'expression ? Comment se prémunir des dérives gigantesques qui pourraient découler de ce pouvoir des réseaux sociaux sur la liberté de parole ?

S'ils interviennent aujourd'hui essentiellement sur les thématiques liées au coronavirus et aux élections américaines, qu'en sera-t-il demain ? Les opinions de nos hommes politiques sur la vaccination ou les violences policières seront-elles demain encadrées d'avertissements par Twitter ? A l'avenir, les messages des présidents de partis sur les réductions de gaz à effet de serre, par exemple, seront-ils confrontés à des vérifications algorithmiques par ces géants numériques ? Ou, à terme encore, les chiffres de Sciensano pourraient-ils être remis en cause par ces groupes californiens ?

Certains défendront l'idée que ces plateformes, des entreprises privées, peuvent fermer des comptes et supprimer des contenus simplement parce qu'ils violent leurs "CGU" (conditions générales d'utilisation) de "club privé". Mais peut-on encore vraiment considérer des plateformes atteignant plusieurs milliards (bientôt 3 milliards sur Facebook!) d'utilisateurs et qui ont pénétré à ce point la vie des gens et des Etats... comme des zones "privées" ?

Il va de soi qu'il est urgent d'entamer une réflexion sur l'impact et le pouvoir qu'ont déjà les géants du Net sur la liberté d'expression... Car si l'on peut saluer la prise de responsabilité de Twitter et Facebook pour éviter que leurs plateformes n'aident à mener des attaques contre la démocratie, il est évident que cette nuit-là Twitter et Facebook ont donné une nouvelle dimension au concept de liberté d'expression...

Christophe Charlot

Les événements d'hier à Washington ont fait l'effet d'une bombe dans le monde entier. La prise de possession du Capitol par des partisans de Donald Trump a choqué l'ensemble des défenseurs de la démocratie. Un acte symbolique qui heurte et qui fait naturellement froid dans le dos.Le même jour, Twitter et Facebook sévissaient eux à l'encontre du (toujours) Président américain en suspendant son compte pour plusieurs heures et en l'empêchant, ainsi, de partager de nouveaux contenus problématiques. Un blocage ensuite confirmé par Mark Zuckerberg pour plusieurs semaines sur Facebook et Instagram. Par ce blocage, les deux réseaux ont franchi une étape supplémentaire dans le contrôle de contenus en ligne. Une démarche déjà entamée en mars 2020, en pleine explosion de la crise sanitaire partout dans le monde. En effet, Twitter avait déjà supprimé des messages du Président brésilien, Jair Bolsonaro, ou de l'ancien maire de New York, Rudy Giuliani. Ces deux personnalités avaient défié les mesures de confinement ou de protections contre le coronavirus. Et les réseaux ont aussi mis en place une série d'avertissements autour de certains messages considérés comme problématiques. Cela fait des mois que des messages d'alerte s'inscrivent en-dessous de nombreux tweets de Donald Trump et d'autres personnalités influentes lorsque le contenu des messages peut être remis en cause. Cela a souvent été le cas sur les sujets liés au coronavirus ou quand il s'est agi de dénoncer les résultats des élections américaines...Beaucoup se réjouissent aujourd'hui que cette censure se soit mise en place pour empêcher le Président américain sortant de lancer de nouveaux appels à ses défenseurs et de chauffer à blanc des manifestants. Et l'on peut naturellement se satisfaire de voir que les acteurs du Net ne restent pas les bras croisés face aux dérives que leurs plateformes permettent lorsqu'elles sont utilisées à mauvais escient.Reste que la nuit dernière, la liberté d'expression a subi une attaque tout aussi violente que la démocratie avec les incidents au Capitol. Les géants du Net ont entériné, une fois de plus, leur toute-puissance en la matière. En supprimant des tweets de Donald Trump et en suspendant temporairement son compte, ils se sont posés en juges de la liberté de parole d'un Président américain dans l'exercice de ses fonctions ! Du jamais vu. Et sans que le monde ne s'en offusque réellement. La suppression des messages et la suspension des comptes Facebook et Twitter de Donald Trump constituent pourtant des actes symboliquement très forts. Les faits démontrent donc que les équipes de Facebook et de Twitter disposent d'un pouvoir colossal que seuls les tribunaux possédaient jusqu'ici... Or, aujourd'hui, ces équipes ne sont absolument pas encadrées.Dangereux ? Evidemment. Car si la nécessité d'empêcher les fake news, les appels à la violence et autre discours haineux, de se répandre est légitime, la liberté et la toute-puissance des géants du Net pour y parvenir sont particulièrement inquiétantes. Sur base de quels critères prennent-ils leurs décisions pour censurer des contenus ? Comment déterminent-ils qu'une information est vraie ou pas ? Peut-on admettre que leurs équipes de spécialistes remplacent les tribunaux pour décider jusqu'où va la liberté d'expression ? Comment se prémunir des dérives gigantesques qui pourraient découler de ce pouvoir des réseaux sociaux sur la liberté de parole ? S'ils interviennent aujourd'hui essentiellement sur les thématiques liées au coronavirus et aux élections américaines, qu'en sera-t-il demain ? Les opinions de nos hommes politiques sur la vaccination ou les violences policières seront-elles demain encadrées d'avertissements par Twitter ? A l'avenir, les messages des présidents de partis sur les réductions de gaz à effet de serre, par exemple, seront-ils confrontés à des vérifications algorithmiques par ces géants numériques ? Ou, à terme encore, les chiffres de Sciensano pourraient-ils être remis en cause par ces groupes californiens ? Certains défendront l'idée que ces plateformes, des entreprises privées, peuvent fermer des comptes et supprimer des contenus simplement parce qu'ils violent leurs "CGU" (conditions générales d'utilisation) de "club privé". Mais peut-on encore vraiment considérer des plateformes atteignant plusieurs milliards (bientôt 3 milliards sur Facebook!) d'utilisateurs et qui ont pénétré à ce point la vie des gens et des Etats... comme des zones "privées" ? Il va de soi qu'il est urgent d'entamer une réflexion sur l'impact et le pouvoir qu'ont déjà les géants du Net sur la liberté d'expression... Car si l'on peut saluer la prise de responsabilité de Twitter et Facebook pour éviter que leurs plateformes n'aident à mener des attaques contre la démocratie, il est évident que cette nuit-là Twitter et Facebook ont donné une nouvelle dimension au concept de liberté d'expression... Christophe Charlot