Un peu, beaucoup, passionnément: il y a mille façons de partager une voiture. Une nouvelle marque, Lynk & Co, propose une formule originale: vous achetez la voiture ou vous la louez pour 500 euros par mois et 15.000 km par an (15 centimes par kilomètre supplémentaire), assurance, entretien et taxes comprises, et vous avez la possibilité de la sous-louer via une application d'autopartage fournie par le constructeur. Le véhicule en question est un SUV hybride rechargeable de taille moyenne appelé 01. C'est un peu Netflix (ou Spotify) et Airbnb sur quatre roues.
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Un peu, beaucoup, passionnément: il y a mille façons de partager une voiture. Une nouvelle marque, Lynk & Co, propose une formule originale: vous achetez la voiture ou vous la louez pour 500 euros par mois et 15.000 km par an (15 centimes par kilomètre supplémentaire), assurance, entretien et taxes comprises, et vous avez la possibilité de la sous-louer via une application d'autopartage fournie par le constructeur. Le véhicule en question est un SUV hybride rechargeable de taille moyenne appelé 01. C'est un peu Netflix (ou Spotify) et Airbnb sur quatre roues. Le grand argument de la marque réside dans la durabilité de son modèle, dans lequel le même véhicule est utilisé par plusieurs personnes si elles le souhaitent, un hybride rechargeable aujourd'hui, électrique demain, c'est-à-dire d'ici deux ans. Lancée en Belgique l'été dernier et présente dans six autres pays européens (*), Lynk & Co remporte un succès qui surprend même ses concepteurs. "Nous avions tablé sur 9.000 membres pour la fin 2021 et nous en avons près de 60.000, dont presque 40.000 ont commandé une voiture bien que nous n'ayons quasiment pas fait de publicité", avance Alain Visser, CEO de la marque. Un membre est soit un client direct, soit un candidat à la sous-location du véhicule. "Rien qu'en Belgique, nous comptons 6.000 membres, 1.000 voitures sur les routes, et 3.000 autres commandées." Mais ce n'est pas le pays le plus important pour Lynk & Co: en tête figurent les Pays-Bas et l'Italie. Le concept Lynk & Co est une création du groupe Geely-Volvo. Le chinois Geely, qui a racheté Volvo en 2010, a développé plusieurs concepts, dont Polestar, des voitures électriques vendues en ligne. Lynk & Co, basé à Gothenburg en Suède, en est un autre. La 01 destinée au marché européen aurait dû être produite à Gand, dans l'usine Volvo, comme annoncé à l'origine. "C'était notre ambition, reconnaît Alain Visser, mais le succès de la Volvo XC40 produite à Gand nous laissait une capacité libre inférieure à nos besoins. Il n'y a plus de plan pour produire à Gand dans le futur mais il n'est pas exclu d'avoir une usine en Europe, vu le succès de la marque." Les véhicules sont donc toujours fabriqués en Chine. Ils bénéficient de la même plateforme qu'une Volvo XC40, ne proposent qu'un moteur, hybride rechargeable, qui roule 50 à 80 km/h en électrique. Le concept mise sur une offre simplifiée. Il n'y a qu'un modèle, aucune option à choisir et juste deux couleurs (noir et bleu). La voiture est confortablement équipée, jusqu'à un toit ouvrant panoramique. Les coûts marketing sont également limités. Alain Visser, Belge avec un important passé dans le marketing automobile chez Volvo et Opel, a voulu sortir de l'approche traditionnelle de la vente d'autos. "L'industrie vend les voitures de la même façon depuis 50 ans, dit-il. Beaucoup de gens en ont marre d'aller dans des concessions, de négocier le prix, de choisir dans un catalogue d'un million d'options..." La formule permet de réduire les coûts de distribution, puisque l'achat se fait en ligne. "Nous proposons la voiture à la vente (42.000 euros) mais 90% des clients préfèrent la location", continue Alain Visser. Il n'y a pas de concessions mais des clubs, des espaces où les "membres" peuvent venir boire un verre, acheter des vêtements ou des objets design, et se faire livrer la voiture. Dans le premier club ouvert en Belgique, dans le centre d'Anvers, Drukkerijstraat, la 01 est cachée à l'ombre de grillages, derrière le bar. Le public visé est celui des familles qui ne sont pas trop accros à la voiture mais qui en ont besoin, pas tous les jours, et qui sont prêtes à la partager, plus ou moins occasionnellement, avec des personnes qu'elles connaissent... ou pas. L'application Lynk & Co facilite le partage et régule les frais. Le client "propriétaire" choisit son tarif de location, qui s'affiche sur l'appli. Via cette dernière, le client "loueur" peut localiser la voiture et l'ouvrir. Pas besoin, donc, d'être présent pour confier les clefs ou les récupérer. Le propiétaire doit toutefois prendre ses dispositions en matière d'assurance. "Nous souhaitons encourager la sous-location mais ce n'est pas un élément de notre business model. Nous ne percevons pas de commission sur ces opérations." Lynk & Co l'encourage effectivement en neutralisant le décompte des kilomètres car le contrat de location facture 15 centimes par kilomètre au-delà de 15.000 km par an. "Notre objectif - cela peut sembler bizarre - est que le partage permette de réduire le nombre de voitures en circulation", avance le CEO. Pour louer une voiture Lynk & Co, c'est simple: il suffit de devenir membre de la communauté et de télécharger l'appli, c'est gratuit. La voiture partagée n'est, certes, pas un concept nouveau. Les flottes Cambio et Poppy offrent un tel service. Drive Now (BMW) a arrêté en Belgique. Et il existe aussi des plateformes pour louer occasionnellement sa voiture personnelle, comme Getaround (ex-Drivy) mais CarAmigo a arrêté. Mais ici, c'est sans doute la première fois qu'un constructeur propose une telle option à ses clients et investit pour développer une communauté. Il est encore trop tôt pour voir si cette approche du partage a du succès. "Pour le moment, nous observons qu'elle concerne environ 10% de nos voitures en circulation, avance Alain Visser. Cela peut sembler peu, mais l'appli de partage n'est disponible que depuis quelques semaines." Elle avait été présentée fin 2021, quelques mois après la livraison des premières voitures en Belgique. Hélas, elle affronte des maladies de jeunesse, si l'on en croit les commentaires critiques sur l'App Store d'Apple. Lynk & Co reconnaît le problème et s'efforce de le corriger au plus vite. Il faudra sans doute attendre un peu pour que le service soit totalement fonctionnel. Ce démarrage un peu brouillé ne concerne pas la voiture qui, elle, est très connectée. Autre particularité: la voiture sera renouvelée au fil du contrat de location. "Une voiture qui a environ un an sera remplacée, assure Alain Visser. Ainsi, le client bénéficiera de la dernière technologie. L'ancienne sera revendue en occasion, l'appli de partage continuant de fonctionner." Si l'auto est rendue avant un an, elle sera remise en location avec un nouveau contrat. Une approche contradictoire avec l'objectif de durabilité seulement en apparence, car le véhicule continuera à rouler et sera peut-être partagé... Côté clientèle, la cible est surtout urbaine. Le concept touche des citadins de grandes villes comme Berlin, Munich, Anvers, Bruxelles ou Liège. Il a moins de sens hors des villes. "Et les clients ne sont pas des milléniaux, ils ont plutôt 40 ans", précise Alain Visser, qui note que c'est moins que l'âge moyen des acheteurs de voitures neuves. La marque vise aussi les entreprises, qui représentent 27% des véhicules commandés. "Le concept peut être intéressant pour des sociétés. Si les cadres de direction d'une entreprise utilisent un parc de 15 voitures mais qu'ils n'en ont pas toujours besoin, pourquoi ne pas utiliser sept ou huit Lynk & Co et les partager avec l'appli?", propose le patron de la marque. Les bons chiffres des commandes sont peut-être dûs surtout à un tarif et à une formule de location attractifs, sans engagement. C'est comme louer une Volvo XC40 à meilleur compte... Le concept pourrait devenir rapidement rentable: "Etant donné les volumes que nous obtenons maintenant, nous devrions arriver dans la zone de profitabilité dans deux ans", estime Alain Visser. Mais il serait encore plus net si Lynk & Co proposait une voiture électrique, afin de mettre davantage en avant la dimension environnementale de la marque avec zéro CO2. C'est possible: la plateforme partagée avec Volvo pour la 01 existe en version full électrique. "Nous proposerons une voiture 100% électrique sans doute début 2024, explique le CEO. Nous avons pensé que pour le moment, l'électrique n'est pas la bonne solution si c'est le seul véhicule du client car l'infrastructure de charge, en Europe, est encore insuffisante. Actuellement, la voiture électrique convient mieux s'il y a deux voitures dans le ménage. Puis, comme son autonomie électrique atteint 70 km, cette hybride rechargeable permet, en ville, de ne quasiment pas rouler avec le moteur à essence." Le bref essai que nous avons fait à Anvers confirme le propos. Pour un usage urbain, le véhicule roulera sans doute tout le temps sur sa batterie. Le marque existe aussi en Chine. Mais là-bas, l'approche est plus classique, Lynk & Co proposant plusieurs modèles. "Nous avons étudié la réaction des consommateurs au concept de location et de partage en Europe et en Chine il y a quatre ans, relève Alain Visser. Nous avons été surpris de constater qu'en Chine, les gens étaient quasiment vexés par le concept, pour ne pas dire fâchés. Ils préfèrent acheter leur voiture. Nous avons décidé de miser sur la vente en Chine et de développer notre concept plutôt révolutionnaire en Europe." Enfin, il reste la grande question de la pénurie de composants et de l'impact du conflit en Ukraine. "Pour l'impact de l'Ukraine, c'est encore trop tôt pour se faire une idée. La pénurie de puces, elle, nous touche. Heureusement, comme la marque se lance, nous bénéficions d'une certaine priorité pour les approvisionnements. Nous parvenons à livrer, selon les marchés, en cinq à huit semaines. Ce n'est pas parfait ( le site parle de trois à quatre semaines, Ndlr) mais dans les circonstances actuelles, ce n'est pas mal du tout. Ailleurs, c'est souvent plus difficile."