Le leader mondial de la publicité en ligne range les cookies au placard. C'est une petite révolution dans un secteur nourri par ces petits programmes informatiques planqués sur les sites internet du monde entier.
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Le leader mondial de la publicité en ligne range les cookies au placard. C'est une petite révolution dans un secteur nourri par ces petits programmes informatiques planqués sur les sites internet du monde entier. Les cookies peuvent remplir différentes fonctions. Certains servent à vous reconnaître lorsque vous revisitez un site, ce qui recharge la page plus rapidement et vous évite de réintroduire votre nom d'utilisateur et votre mot de passe. D'autres, que l'on appelle cookies tiers, pistent vos comportements en ligne (pages visitées, durée de la visite, articles consultés, achats effectués, etc.). Ces cookies, placés par des tiers, servent à dresser des profils personnalisés des internautes, qui sont ensuite revendus à des annonceurs. C'est ainsi que, lorsque vous consultez une promotion pour une machine à café sur un site d'e-commerce, l'annonce pour cette machine vous suit sur d'autres sites. Ce sont ces cookies tiers que Google entend supprimer de son navigateur Chrome d'ici deux ans. Le géant du Net n'est pas le premier à tirer un trait sur ces mouchards informatiques. Apple a déjà fait le ménage sur son navigateur Safari, de même que Mozilla (Firefox). Mais la décision de Google est lourde de conséquence : Chrome est le navigateur numéro un dans le monde (68 % de parts de marché selon Statcounter). Certaines entreprises de l'adtech (les technologies de la publicité) l'ont senti passer. La société française Criteo, spécialisée dans le retargeting - une technique de ciblage publicitaire des internautes qui utilise les cookies tiers - a décroché de 14 % en Bourse lors de l'annonce de Google. Dans sa communication, Google met en avant un meilleur respect de la vie privée des internautes. Cette nouvelle préoccupation semble étonnante pour une entreprise qui a basé son business model sur la collecte et la monétisation de données personnelles auprès des annonceurs. Mais elle cadre avec les règles plus strictes qui commencent à voir le jour en la matière : " Les débats font rage sur le futur règlement européen e-privacy ( vie privée en ligne, Ndlr), qui doit remplacer une directive de 2002 devenue obsolète. Dans le cadre de ce débat, certains veulent interdire les cookies. Avec sa décision, Google ne fait qu'anticiper le mouvement ", indique Etienne Wery (cabinet Ulys), avocat spécialisé dans les nouvelles technologies. L'Autorité de protection des données (APD) porte " un regard critique " sur l'initiative de Google. " Notre compréhension actuelle est que Google compte développer d'autres solutions techniques, moins invasives, pour assurer les fonctions pour lesquelles les cookies étaient utilisés ", commente l'APD. L'abandon de ces traceurs ne signifie donc pas forcément la fin de la publicité ciblée, ni celle de la collecte massive de données personnelles. Vu son emprise sur le Net via sa galaxie de services (Maps, Android, YouTube, Gmail, etc.) et ses immenses capacités techniques et financières, Google a certainement les moyens de se préparer à un monde sans cookies.