Snapchat est parvenue à populariser la pratique des messages éphémères, ceux que s'envoient les jeunes et qui ne restent parfois accessibles sur les téléphones que quelques secondes seulement. Pour preuve, la société américaine se prépare à son introduction en Bourse et espère parvenir à une valorisation dépassant les 20 milliards de dollars. Mais dans un monde où toute la communication s'accélère au rythme des évolutions technologiques du tout, tout de suite et partout, une start-up belge fait depuis deux ans déjà le pari de... l'attente.
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Snapchat est parvenue à populariser la pratique des messages éphémères, ceux que s'envoient les jeunes et qui ne restent parfois accessibles sur les téléphones que quelques secondes seulement. Pour preuve, la société américaine se prépare à son introduction en Bourse et espère parvenir à une valorisation dépassant les 20 milliards de dollars. Mais dans un monde où toute la communication s'accélère au rythme des évolutions technologiques du tout, tout de suite et partout, une start-up belge fait depuis deux ans déjà le pari de... l'attente. Dans les locaux de Jack Media à Lasnes, on savoure l'anticipation et l'on croit dur comme fer dans l'application mobile Jack. Son concept ? Permettre aux utilisateurs de faire parvenir un message à leurs contacts en indiquant le moment où ces derniers pourront en voir le contenu. Ces derniers savent alors qu'un message leur est adressé mais qu'ils doivent attendre jusqu'à une certaine heure (ou une certaine date) avant de prendre connaissance du contenu. Une idée en contradiction totale avec le monde actuel qui évolue si rapidement. " C'est justement ce qui est intéressant dans Jack, rétorque Michel Tombroff, le CEO de la start-up qui emploie cinq personnes. Nous nous intégrons dans la tendance du slow movement, un mouvement de plus en plus large qui incite les gens à prendre le temps. On parle de slow journalism, de slow food, etc. Nous sommes dans le slow messaging. " L'idée vient de l'entrepreneur Jack Abrams qui a d'ailleurs donné son nom à son application mobile. La firme a été lancée au début de l'année 2015 avant de proposer son appli à l'automne de la même année. Elle doit permettre aux utilisateurs de se faire des surprises, d'envoyer des " Jacks " comprenant, par exemple, des mots tendres à n'ouvrir qu'à une occasion spécifique. Mais aussi d'envoyer des " Jacks " pour réaliser des annonces et y apporter un peu de suspens : " J'ai quelque chose à t'annoncer "... Mais l'info ne viendra qu'au moment où l'expéditeur le décide. Le démarrage semble toutefois relativement lent même si certains médias s'intéressent à cette application étonnante. Au premier trimestre 2016, la start-up s'est adjoint les services d'un nouveau CEO, Michel Tombroff. L'homme n'est pas un inconnu de la planète tech en Belgique. Pendant un peu plus de huit années, il a dirigé la start-up à succès Softkinetic, une pépite belge spécialisée dans la reconnaissance 3D revendue plusieurs dizaines de millions d'euros au géant japonais Sony en 2015. Il dispose d'un solide carnet d'adresses, tant en Belgique que dans la Silicon Valley. Son choix de rejoindre cette jeune pousse belge du messaging a d'ailleurs été conforté par plusieurs de ses contacts de confiance au sein des géants du Net comme Facebook ou Google. Rapidement, il a pris en charge le nouveau développement de l'application. Le produit s'affine et s'ouvre de plus en plus. Il est, en effet, désormais possible de poster des " Jacks " sur les réseaux sociaux, sans imposer aux destinataires de télécharger l'application. Une manière de ne pas limiter l'usage aux seuls possesseurs de l'appli et d'espérer " faire le buzz " auprès du public. Michel Tombroff assure également la promotion de Jack en dehors des frontières belges. Il multiplie les présences dans des salons tech internationaux et les participations à des concours de start-up. Ainsi, Jack figurait en 2016 parmi les 24 finalistes invités à pitcher au 4YFN, le coin des start-up du World Mobile Congress. Elle a remporté un Lovie Award en France, etc. La jeune pousse a aussi attiré l'attention de pas mal de médias étrangers. Des articles sur ce concept surprenant ont été publiés dans le Journal du Net, Mashable ou le Financial Times. Ou plus récemment dans le magazine GQ en France et... sur le site web du prestigieux Forbes ! Après l'intérêt pour la nouveauté, reste à convaincre avec un business plan. Car aujourd'hui, depuis son lancement, Jack aurait levé un total de 1,7 million d'euros (rien que cela ! ) en plusieurs fois, auprès de ses fondateurs et d'investisseurs privés. Mais elle n'a pas encore mis en place de système de rémunération. " Pour le moment, on ne génère aucun chiffre d'affaires ", admet Michel Tombroff. La start-up travaille d'abord sur l'élaboration de sa communauté d'utilisateurs. Les messageries deviennent hyper populaires : WhatsApp, Messenger (Facebook) dépassent le milliard d'utilisateurs chacune. Et Snapchat compte plus de 158 millions d'usagers quotidiens. Mais Jack n'a bien sûr pas encore cette force de frappe. Michel Tombroff ne communique pas le nombre d'utilisateurs actuellement. Mais au dernier trimestre 2016, Jack avait franchi les 20.000 téléchargements de l'application. Il y a encore du chemin avant d'arriver aux chiffres de WhatsApp, bien sûr. Mais le CEO affiche ses ambitions : " Arriver à 100.000 ne posera pas de souci, détaille Michel Tombroff. Mais la prochaine grande étape sera le million d'utilisateurs. La difficulté c'est de savoir quand. " L'enjeu est de taille. C'est ce qui déterminera la réussite de l'application. Mais certains se montrent dubitatifs : " Ils vont devoir maintenir l'intérêt des utilisateurs au-delà de l'amusement de départ et assurer la récurrence. Ce ne sera pas simple. " Mais les responsables de Jack y croient fermement. Ils se plaisent à rêver à l'appli aux dizaines de millions d'utilisateurs. Pour augmenter leur base d'utilisateurs, ils misent sur des influenceurs (blogueurs, célébrités) et des partenariats avec quelques grandes entreprises. La start-up a déjà réalisé des tests avec des opérateurs télécoms et devrait prochainement annoncer des partenariats avec des retailers qui pourraient se servir de Jack pour annoncer leurs prochaines grandes promotions. " Il est scientifiquement prouvé que l'attente crée l'envie, insiste le CEO. Une annonce avant le lancement d'un produit ou d'un événement suscite de l'intérêt et crée l'envie. " Et c'est des annonceurs que Jack espère tirer l'essentiel de ses revenus. Car bien sûr, pour les utilisateurs, l'application se révèle totalement gratuite. Pas question de faire payer des messages. Par contre, marques et annonceurs pourraient ouvrir leur portefeuille pour toucher des consommateurs prédéfinis. Par exemple, envoyer des " Jacks " à tous les garçons bruxellois de 25 ans. Et Michel Tombroff se montre hyper enthousiaste : " Nous sommes persuadés que chaque utilisateur de Jack vaut cher, prédit-il, car la probabilité qu'il interagisse avec une publicité est bien plus élevée que sur Twitter ou Facebook. " Une prédiction que la start-up n'a toutefois pas encore mesurée. En tout cas, son ambition est grande. Espérer une application grand public mondiale au départ de Bruxelles ressemble à un pari fou. Voire impossible pour certains observateurs. " Ils feraient mieux de se lancer depuis les Etats-Unis ", nous glisse un spécialiste du digital. C'est qu'il faudra à Jack les poches profondes pour assurer sa visibilité. Et puis, il y a très peu de barrières à l'entrée pour un géant du Net qui y verrait un créneau. A moins justement d'espérer leur revendre Jack ? " Ce n'est pas comme cela que nous construisons notre start-up, réagit Michel Tombroff. Même si une vente à succès ferait, à terme, plaisir à nos investisseurs. " Le CEO préfère d'abord planifier une nouvelle levée de fonds et rester les pieds sur terre. Mais pas trop : son projet comprend juste assez de " folie " pour viser haut.