Trop souvent tête d'affiche de l'actualité en raison de l'inextricable conflit qui le ronge, Israël représente pourtant, du point de vue économique, le symbole d'un Etat prospère, ambitieux, et aux performances entrepreneuriales rayonnantes. Depuis plusieurs années, le pays peut même se targuer d'être devenu la vitrine mondiale de l'innovation et de la haute technologie, au point d'être surnommé aujourd'hui "l'Etat start-up". Un sobriquet loin d'être usurpé puisqu'en 2014, le pays comptait près de 5.900 entreprises high-tech sur son sol, pour une population estimée à 8,5 millions de personnes. Soit une start-up pour 1.500 habitants, c'est-à-dire le ratio le plus élevé au monde, devant les Etats-Unis, le Japon ou encore la Corée du Sud. Trouvant à s'exprimer dans des domaines aussi variés que l'agriculture, la défense, la cybersécurité et les technologies vertes. L'esprit d'entreprendre israélien est centralisé au coeur d'une zone d'innovation au nom évocateur : la Silicon Wadi. A l'instar de sa cousine californienne, cette "vallée", située aux alentours de Tel-Aviv, constitue le centre névralgique du bouillonnement intellectuel israélien et représente, pour le pays, le coeur de l'inventivité ainsi qu'un moteur de croissance capital. En effet, en Israël, l'innovation représente 12,5 % de la production économique et 8 % de l'emploi.
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Trop souvent tête d'affiche de l'actualité en raison de l'inextricable conflit qui le ronge, Israël représente pourtant, du point de vue économique, le symbole d'un Etat prospère, ambitieux, et aux performances entrepreneuriales rayonnantes. Depuis plusieurs années, le pays peut même se targuer d'être devenu la vitrine mondiale de l'innovation et de la haute technologie, au point d'être surnommé aujourd'hui "l'Etat start-up". Un sobriquet loin d'être usurpé puisqu'en 2014, le pays comptait près de 5.900 entreprises high-tech sur son sol, pour une population estimée à 8,5 millions de personnes. Soit une start-up pour 1.500 habitants, c'est-à-dire le ratio le plus élevé au monde, devant les Etats-Unis, le Japon ou encore la Corée du Sud. Trouvant à s'exprimer dans des domaines aussi variés que l'agriculture, la défense, la cybersécurité et les technologies vertes. L'esprit d'entreprendre israélien est centralisé au coeur d'une zone d'innovation au nom évocateur : la Silicon Wadi. A l'instar de sa cousine californienne, cette "vallée", située aux alentours de Tel-Aviv, constitue le centre névralgique du bouillonnement intellectuel israélien et représente, pour le pays, le coeur de l'inventivité ainsi qu'un moteur de croissance capital. En effet, en Israël, l'innovation représente 12,5 % de la production économique et 8 % de l'emploi.Au-delà des considérations purement économiques, la capacité d'inventivité israélienne s'entend avant tout comme un phénomène ancien, s'inscrivant dans une nécessité primaire de survie. Aride et dépourvu de ressources naturelles (jusqu'à la découverte récente de gisements de gaz naturel sur sa côte), l'Etat hébreu a toujours dû compenser les déficiences de son territoire en misant sur la recherche et le développement. Ainsi, Israël est l'Etat qui investit le plus au monde en la matière : approximativement 5 % de son PIB par an sont alloués à la R&D. Conséquence ? Le pays compte cinq universités, deux centres de recherche de renommée internationale (l'Institut Weizmann et le Technion) et 24 collèges technologiques, misant sur des synergies avec le monde industriel. L'isolement et la petite taille du pays participent aussi à son obligation de se doter de services et d'applications exportables, notamment en matière de technologies de pointe. Le marché domestique est trop petit, si bien que lorsque les entrepreneurs se lancent, ils pensent tout de suite en termes mondiaux. Un état d'esprit gagnant, qui fait ses preuves : 37 % des exportations d'Israël sont aujourd'hui générées par le secteur des hautes technologies. Des éléments culturels et psychologiques liés à la société elle-même entrent aussi en ligne de compte pour expliquer le foisonnement et le côté avant-gardiste israélien. Selon Dan Senor et Saul Singer, auteurs du bestseller Start-Up Nation, l'armée, qui est obligatoire pour tous les garçons et filles de 18 ans, constitue un énorme atout à l'égard des entrepreneurs, en ce qu'elle donne très tôt aux jeunes un sens de la responsabilité et un objectif à atteindre. Pour les auteurs, "les jeunes sont à l'armée évalués et reçoivent des tâches qui correspondent à leurs compétences et leurs intérêts, ce qui les détermine pour le reste de leur vie. Ils acquièrent donc au sein de Tsahal le sens du travail d'équipe".Un autre élément culturel, secret du dynamisme israélien, est lui d'ordre filial : "Nous réussissons là où d'autres échouent car nous possédons tous une mère juive, explique très sérieusement Yossi Vardi, le pape israélien de la haute technologie. La caricature de la mère juive constamment insatisfaite, excessivement fière de la réussite de ses enfants et qui les pousse toujours à faire mieux est une réalité, souligne l'homme d'affaires. Dès l'âge de cinq ans, on nous dit que si nous ne sommes pas capables de gagner un prix Nobel nous serons la déception de la famille. Culturellement donc, chacun est motivé et veut devenir entrepreneur", conclut enfin Yossi Vardi. Le dynamisme israélien aiguise les appétits et attire chaque année de nombreux capitaux étrangers. Rien qu'au cours du premier semestre 2015, 2,1 milliards de dollars étrangers ont été investis dans 342 entreprises israéliennes, contre 1,6 milliard pour 334 entreprises au premier semestre 2014. Selon Chemi Peres, le fondateur de Pitango (plus gros fonds de capital risk en Israël), ces montants devraient d'ailleurs continuer à augmenter : "Jusqu'en 2008, les investissements étrangers réalisés dans les start-up israéliennes étaient de 2 milliards de dollars par an. Depuis 2008, ce montant est passé à 4 milliards. C'est bien la preuve qu'on assiste à un renforcement significatif des apports dans le pays." Si les firmes de private equity se bousculent au portillon, les investisseurs privés américains et chinois entendent, eux aussi, se tailler la part du lion. "Si nous arrivons à 4 milliards de dollars d'investissements en 2015, on estime à 500 millions la part d'argent chinois rien qu'en investissement direct", explique pour sa part John Medved, fondateur de la start-up d'investissement OurCrowd, et l'un des pontes de la scène start-up en Israël. Autre tendance observée : l'évolution des mentalités des starters israéliens. "Avant, l'obsession des fondateurs était de vendre leur jeune pousse à de grosses entreprises américaines de la Silicon Valley, à l'image du rachat de Waze par Google pour 1,15 milliard de dollars", explique Yossi Lempkowicz, senior media advisor pour l'EIPA (Europe Israel Press Association). "Nos entrepreneurs avaient le sentiment qu'il était très difficile de développer une entreprise mondiale dans un petit pays comme Israël et avaient sans doute moins la fibre managériale. Mais petit à petit, les chefs d'entreprise se sont rendu compte qu'il était dommage de voir ainsi fuir des fleurons nationaux à l'étranger", ajoute Yossi Lempkowicz. Le pays assiste donc à un renversement de tendance où l'accent est désormais mis sur l'amélioration des capacités managériales des starters et la volonté de développer les jeunes pousses. Reste maintenant à savoir si cela pourra faire émerger plusieurs leaders mondiaux.