L'enjeu est de taille, car il s'agit de prendre le train de la croissance économique du futur : une croissance plus digitale et plus durable certainement. Derrière cette croissance, il y a aussi le maintien (au moins) de nos standards de vie actuels.
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L'enjeu est de taille, car il s'agit de prendre le train de la croissance économique du futur : une croissance plus digitale et plus durable certainement. Derrière cette croissance, il y a aussi le maintien (au moins) de nos standards de vie actuels. Ces débat sont passionnants, mais il semble qu'on en ait oublié l'essentiel : l'énergie. Nous voilà donc à la veille de l'hiver de tous les dangers, à gratter les fonds de tiroirs à la recherche de quelques MW oubliés et à répartir les zones de délestage pour éviter le chaos. Ordinateurs, smartphones, frigos connectés, voitures électriques : sans énergie, tout ce qui n'a pas de batterie chargée s'arrête. L'économie s'arrête ! A quoi bon rêver de smart cities, de smart regions (le salon Smart City Wallonia se tenait la semaine dernière au Wex...) ou je ne sais de quel mot à la mode si l'on n'est pas capable, en Belgique, d'assurer notre approvisionnement stable et compétitif en énergie. Comme le disait un ingénieur de la Nasa au cours de l'épopée d'Apollo 13 en perdition : " Sans énergie, on n'est rien... " Nous avons donc collectivement fauté. Nous regardons vers l'avenir et nous en avons oublié l'essentiel. Cela me fait penser à un alpiniste qui s'entraîne des mois pour gravir le mont Blanc, et, fin prêt physiquement et mentalement, concentré sur son sujet, oublie ses chaussures dans le train le jour J. La situation actuelle est certainement la conjonction de différents éléments et il me serait bien difficile de viser quelqu'un ou quelque institution en particulier. Mais une chose est claire : le débat énergétique est devenu trop politique. Notre incapacité collective à prendre des décisions, notamment sur le nucléaire, et à donner une vision globale sur notre production d'énergie dans le futur, a rendu la situation actuelle inévitable, un jour ou l'autre.Rappelons que, selon le dernier rapport sur l'énergie de l'Union européenne, le pétrole représente encore plus de 40 % de notre consommation globale d'énergie (toutes activités confondues, en ce compris le transport), suivi par le gaz (près de 25%) et le nucléaire (20%). Même si la météo du soir vous dit parfois que le renouvelable a contribué à fournir 40 ou 50 % des ménages en électricité, cette vision est trompeuse. A ce jour, il ne représente que moins de 9 % de notre consommation globale d'énergie (et à peine 16 % si on ne prend que l'électricité). Donc, oui, nous sommes encore presque totalement dépendants du pétrole et du nucléaire et sommes donc exposés aux contraintes internationales ou de marchés en quasi-monopole. Changer cette situation n'est pas simple : il faut une vision globale, indépendante des compromis politiques et des lobbies en tout genre. Il faut des investissements massifs et une sacrée dose de courage pour expliquer aux consommateurs belges que pour cette raison, leur énergie coûtera plus cher. La sensibilité des débats actuels, alors que commence une année électorale cruciale, ne me semble pas du tout, une fois de plus, aller dans cette direction. Pourtant, on ne peut pas dire que rien n'existe : la Commission européenne a développé une stratégie à l'horizon 2020, 2030 et 2050 en matière d'énergie avec, me semble-t-il, des objectifs assez clairs et différents scénarios possibles. Où en est la réflexion à ce sujet en Belgique ? Sans mauvais jeu de mots, les délestages de cet hiver serviront-ils enfin d'électrochoc pour qu'une vraie réflexion sur l'énergie s'installe ? A vrai dire, la même réflexion devrait être menée sur l'éducation qui, comme l'énergie, est essentielle pour le développement économique, mais a trop longtemps été l'objet de compromis politiques ou simplement délaissée.