La justice américaine a annoncé lundi que la banque d'investissement privée américaine Goldman Sachs allait devoir payer 5,1 milliards de dollars de dommages et intérêts pour sa responsabilité dans la crise de 2008, dite des "subprimes".
...

La justice américaine a annoncé lundi que la banque d'investissement privée américaine Goldman Sachs allait devoir payer 5,1 milliards de dollars de dommages et intérêts pour sa responsabilité dans la crise de 2008, dite des "subprimes". Goldman Sachs n'est pas la première des grosses banques de Wall Street à être amenée à payer pour la crise. Parmi elles, Morgan Stanley a convenu plus tôt cette année de s'acquitter de la somme de 3,2 milliards de dollars, tandis que les plus gros dommages et intérêts à payer reviennent à Bank of America (16,6 milliards $) et JPMorgan Chase (13 milliards $). Ces règlements ont été fixés par le "Residential Mortgage-Backed Securities Working Group" (RMBS), chargé de faire lumière sur les agissements des banques ayant menés à la crise de 2008.Comme plusieurs autres banques de Wall Street, Goldman Sachs avait durant les années précédant la crise revendu des titres à des investisseurs en les faisant passer pour "sûrs", alors que ceux-ci étaient pourtant remplis de crédits immobiliers considérés comme risqués, c'est-à-dire souscrits par des citoyens insolvables.Aux Etats-Unis, la réaction en chaine entrainée par les défauts de remboursement dus à ces crédits "pourris" a, à terme, plongé des millions d'Américains dans la banqueroute. Tout en provoquant les conséquences que l'on connait sur l'économie européenne.Suite à l'annonce de ce règlement de compte, Goldman Sachs s'est déclarée satisfaite de l'accord conclu. "Nous sommes heureux de laisser ces histoires derrière nous", a déclaré la banque lundi. Avant d'ajouter que "depuis la crise financière, nous avons pris des décisions concrètes pour renforcer notre culture, renforcer notre engagement envers nos clients, et assurer que nos mécanismes de gouvernance sont robustes". Pour Philippe Lamberts, eurodéputé écologiste particulièrement concerné par les questions de régulation du secteur de la finance, Goldman Sachs a de bonnes raisons de garder le sourire. "Sur cette somme, n'y a que la moitié qui sera payée cash", affirme-t-il. "Le reste, ce sont différentes contributions, qui seront d'ailleurs déductible fiscalement. Une grosse partie de l'amende est ainsi payée par le contribuable américain", explique-t-il. En effet, la banque ne devrait en réalité payer qu'une partie des 5,1 milliards annoncés : si 2,4 milliards doivent être acquittés directement sous la forme de pénalités civiles, le reste sera réparti en diverses "compensations" pour les consommateurs affectés par la crise. En dépensant cet argent dans certains secteurs liés à l'économie sociale, par exemple celui du logement abordable, Goldman Sachs pourra bénéficier de réductions d'impôts, explique le New York Times. C'est ce qui est prévu en annexe de l'accord conclu avec le RMBS. Au total, c'est presque un milliard de dollars que la banque pourrait économiser, toujours selon le New York Times.Philippe Lamberts ne parait qu'à moitié surpris et regrette la proximité entre le régulateur américain et les intérêts financiers privés de Wall Street : "Tout le monde connait les liens particuliers que Goldman entretient avec l'Etat américain. Je vous rappelle que plusieurs secrétaires du Trésor, c'est-à-dire des Ministres des Finances américains, sont passés par la case Goldman Sachs. Cette banque a un rôle tout à fait particulier vis-à-vis de l'administration américaine, tant du côté démocrate que républicain", explique-t-il en dénonçant un phénomène d'allers-retours entre le secteur public et le secteur privé surnommé "revolving doors" (pour "portes tourniquet") et qui est fréquent aux Etats-Unis. "Je pense que cela explique largement qu'on leur ait foutu la paix pendant si longtemps, et que par ailleurs la facture soit aussi faible", conclut le député.Pour l'année 2015, Goldman Sachs annonce avoir engrangé 33, 82 milliards de dollars de revenu net.A.S. (stg.)