Ginstberg: "Nous avons toujours dû nous ressourcer"

27/12/18 à 00:05 - Mise à jour à 18/12/18 à 16:17

Source: Trends-Tendances

Chez Ginstberg, le seul producteur d'eau de source minérale en Flandre, c'est désormais la quatrième génération qui est aux commandes. "Si nous voulons continuer à exister, nous devons oser changer de cap. Comme l'ont fait ceux qui nous ont précédés."

Ginstberg: "Nous avons toujours dû nous ressourcer"

Ginstberg © Emy Elleboog

À Oosterzele, en Flandre orientale, le domaine de Ginstberg est depuis des décennies aux mains de la famille Van De Velde. Le Ginstberg, du pied duquel partent huit sources, est une des collines des Ardennes flamandes. "Cette eau, nous l'embouteillons ou la conditionnons pour les secteurs des soins et des boissons ainsi que l'horeca. Elle constitue également la base des limonades que nous produisons", raconte Evi, quatrième génération de Van De Velde à la tête de la société Gintsberg, qui emploie aujourd'hui 13 personnes et génère un chiffre d'affaires de 2,5 millions d'euros.

Evi Van De Velde dirige l'entreprise familiale avec l'aide de son mari, Niko Claeys. L'une est COO et s'occupe de la gestion du personnel et de la qualité. L'autre est CEO et gère les finances, les ventes et les licences. Et les deux travaillent de concert sur la production et la logistique. "Nous nous comprenons bien, explique Niko Claeys. Nous n'avons pas besoin de nous parler pour savoir où l'autre veut aller. Evidemment, entre nous, nous sommes parfois très directs. Mais, au moins, la communication est toujours claire. C'est une vraie force."

Repas de Noël au parfum de relève

C'est en 2009 que Niko Claeys a rejoint son beau-père au sein de l'entreprise. L'idée avait germé en 2008, lors du repas de Noël. "A l'époque, j'envisageais de me retirer, témoigne Eric Van De Velde. Il faut dire aussi que je m'occupais de tout. De la qualité de l'eau à la pression des pneus des camions. Niko m'a alors proposé de travailler avec moi. Il ne voulait pas voir l'entreprise disparaître."

Quelques mois plus tard, Niko prenait ses fonctions, imprimant rapidement sa griffe. Il s'est chargé de la comptabilité et a mis en place un nouveau système informatique. Ce faisant, il s'est familiarisé avec toutes les ficelles du métier. "J'ai continué à professionnaliser l'entreprise. Pourtant, au départ, vu mes études en sciences commerciales, je ne connaissais rien à l'eau. J'ai tout appris sur le tas, jusqu'à conduire un camion."

Evi Van De Velde est arrivée seulement sept ans plus tard. Elle avait une expérience de consultante et avait travaillé pour la société de gestion de patrimoine Optima. "Je n'avais jamais réellement envisagé de travailler dans l'entreprise familiale. D'autant plus que mon père m'avait toujours dit qu'une femme n'y avait pas sa place, parce que le secteur des boissons était trop un bastion d'hommes."

Le diable se cache dans les émotions

Ginstberg

Ginstberg © Emy Elleboog

2016 a été un moment charnière. Cette année-là, Ginstberg a conquis de nouvelles parts de marché, profitant du vide laissé par plusieurs sociétés d'embouteillage familiales qui s'étaient retirées du secteur. L'entreprise est alors passée à un système à deux équipes pour pouvoir honorer les commandes supplémentaires. "Nous travaillions de 6 h du matin à 10 h du soir, se souvient Eric Van De Velde. Autant dire que de l'aide n'était pas superflue. J'ai donc demandé à Evi si elle ne voulait pas venir. Je trouvais incongru qu'elle travaille ailleurs, alors que nous avions nous-mêmes tellement besoin de bras."

Evi n'a pas hésité. Une décision qu'elle n'a d'ailleurs jamais regrettée. "J'ai toujours travaillé dans le secteur des services. A la différence que, ici, nous produisons quelque chose d'unique et de tangible. Et ça, j'en suis plutôt fière."

Mais pour Eric, l'arrivée de sa fille a été le signe du départ. "J'ai moi-même travaillé avec mon père, raconte-t-il. Et je n'en garde pas un très bon souvenir. Il voulait tout contrôler et j'avais hâte de le voir prendre sa retraite. Je ne voulais pas faire vivre cela à ma fille. Il m'a semblé plus judicieux d'arrêter." L'homme a donc revendu ses participations dans Evidel - la société derrière Ginstberg - à sa fille et à son beau-fils.

Ce passage de témoin avait heureusement déjà été abordé à maintes reprises. Niko Claeys avait d'ailleurs voulu préparer cette transmission avec l'aide d'un cabinet d'avocats spécialisé. "Ça m'a fait drôle au début, explique son beau-père. Je suis issu d'une époque où tout se réglait entre nous. Mais l'idée a fini par mûrir, lentement." Le bureau d'avocats a réglé la transmission de l'entreprise selon les règles du droit des successions et des donations. "Une entreprise familiale doit savoir s'entourer de spécialistes, appuie Evi Van De Velde. C'est seulement comme ça que l'on peut mettre ouvertement toutes les questions et les options sur la table. De plus, avant de prendre une décision finale, il faut une période de réflexion."

Niko Claeys aussi avait compris que la vraie difficulté, lors de la transmission d'une entreprise familiale, avait trait à son aspect émotionnel. Il avait auparavant travaillé pour ING, où il gérait les transmissions de ce type de sociétés. "En principe, il s'agit d'une simple transaction d'affaires, sauf que ce genre de transmission est souvent assortie d'une forte émotion, poursuit Niko Claeys. Mon beau-père a consacré toute sa vie à son entreprise. On ne peut balayer ça d'un revers de manche."

La famille a en tout cas pu bénéficier de toute la sagesse de Gina Duytschaever, la mère d'Evi, qui est parvenue à amener de la sérénité et de l'objectivité dans les débats. "On la décrit souvent comme notre chief emotional officer, plaisante sa fille. Nous venions lui faire part de certains aspects, chacun séparément, afin d'éviter toute mauvaise interprétation. Quand les émotions s'en mêlent, les petites choses peuvent parfois prendre beaucoup d'ampleur."

Une eau familiale

L'arrivée de la quatrième génération à la tête de l'entreprise familiale lui a fait prendre un nouveau virage. "J'ai toujours été un homme de tradition, raconte Eric Van De Velde. C'est ainsi que j'ai toujours utilisé des bouteilles en verre pour l'embouteillage. Toutefois, sous l'impulsion de Niko, nous avons développé de nouveaux conditionnements."

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"Une entreprise familiale doit savoir s'entourer de spécialistes. C'est seulement comme ça que l'on peut mettre ouvertement toutes les questions et les options sur la table." - Evi Van De Velde, COO

Ginstberg propose en effet désormais des bouteilles en plastique recyclable, récupérées via un système de consigne. Plus de 130 maisons de repos les utilisent déjà. L'entreprise a aussi développé des sacs d'eau de 10 litres placés dans une boîte en carton dotée d'un petit robinet. Une belle alternative écologique. Il s'agit d'un positionnement stratégique, dans un contexte où Ginstberg figure parmi les derniers embouteilleurs familiaux dans un secteur dominé par les multinationales. "Durant toutes ces années, nous avons toujours dû nous ressourcer, conclut Niko Claeys. Si nous voulons que notre entreprise familiale continue à exister, nous devons oser changer de cap."

L'eau après la liqueur

L'aventure de la société Ginstberg remonte aux arrière-grands-parents d'Evi Van De Velde, qui étaient des distillateurs de liqueur et des fabricants de limonade. Après que les grands-parents ont acheté le domaine de Ginstberg en 1958, ils ont également commencé à y mettre de l'eau en bouteille. Une transition qui a d'ailleurs mis un terme à la production de liqueur.

Le jus de fruits a ensuite été ajouté à la gamme jusqu'au moment où, dans les années 1990, l'entreprise familiale n'a plus été en mesure de lutter contre des concurrents comme Looza et Minute Maid. Seule productrice d'eau de source minérale des Flandres, la société Ginstberg ne craint pas l'avenir. "Pour le moment, nous embouteillons surtout de l'eau, mais qui dit que cela ne changera pas ?" s'exclame Niko Claeys. "L'histoire familiale prouve que rien n'est figé."

Sven Vonck

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