Discrètes mais lumineuses, les décorations de Noël en côtoient d'autres, davantage inamovibles, évoquant l'Ardenne locale : figurines de vaches colorées, feu ouvert, ou cette belle machine à couper le jambon dont se saisit un jeune serveur, histoire de rompre avec les trop classiques cacahuètes apéritives. Dans son dos, Patricia Boreux vogue sereinement de table en table pour saluer les clients de l'Auberge de Rochehaut et discuter avec les habitués...

Le lendemain, dans la salle du petit-déjeuner, l'impressionnante stature de son mari, Michel, accueille les plus matinaux avec vitalité. Un petit mot pour chacun, ni intrusif ni banal. "On aurait pu se mettre de côté, se dire qu'on avait assez. Mais on aime ce qu'on fait, donc on est là tous les jours", confie Patricia Boreux. Ne jamais s'arrêter, tel est le leitmotiv du couple.

De 6 à 70 chambres

Installée au centre de Rochehaut, surplombant la magnifique vallée de la Semois et le village de Frahan, la famille Boreux gère un véritable empire touristique, dont quatre hôtels (70 chambres), 10 gîtes, quatre restaurants, des vignes, un agri-musée, un parc animalier et une microbrasserie, générant un chiffre d'affaires avoisinant les 10 millions d'euros. A des années-lumière de la petite auberge de six chambres avec salle de bains commune que Michel Boreux avait reprise à ses parents, à l'aube des années 1990. Cinq ans plus tard, il fusionnait sa société avec celle de sa femme, propriétaire de l'enseigne Auberg'Inn, riche de 15 chambres. Depuis, il ne se passe pas une année sans que le couple n'investisse pour améliorer son patrimoine. Et les concepts créés fonctionnent : les formules de tourisme d'affaires convainquent des hordes de séminaristes en semaine là où les jacuzzis privés séduisent les couples le week-end. "On essaie de multiplier les check-in et check-out, précise Patricia Boreux. Quand un client de l'hôtel passe par notre boutique du terroir, son panier sera proportionnellement plus élevé s'il reste un jour plutôt que trois."

© PG
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Pour réussir dans une commune que le couple Boreux ne considère pas comme très fertile économiquement, celui-ci redouble de stratégies créatives pour offrir à ce "cul-de-sac" un peu de lumière. Notamment la construction d'une quinzaine d'appartements pour accueillir des membres du personnel - constitué d'une cinquantaine de personnes - au sein même du village. "Nos clients sont pour moitié flamands, pour moitié francophones, ajoute Michel Boreux. Pourtant, à Rochehaut, la proportion est plutôt de 80?20 parce que nos concurrents sont majoritairement néerlandophones. Mais nous avons toujours beaucoup axé notre communication sur la Wallonie et, plus récemment, sur les réseaux sociaux pour attirer les jeunes. Nous n'avons pas une clientèle poussiéreuse." Elle ne survivrait de toute façon pas aux investissements constants...

Chacun sa voie

Les Boreux ont trois enfants. La photo de la fratrie accrochée aux murs de l'Auberge de Rochehaut remonte déjà à quelques années, mais Eloïse a gardé cette détermination dans le regard. Bien huilé, son discours est sans équivoque quand elle conseille ce couple de clients qui opte pour la formule gastronomique. "Tous nos souvenirs d'enfance viennent de l'Auberge : mes deux frères dans la cuisine avec papa et moi à l'accueil avec maman", sourit l'aînée (26 ans), active tant à la réception de l'Auberge que dans la gestion des gîtes depuis octobre 2016.

C'est à son initiative qu'a été créée la marque Les Gîtes de Rochehaut qui diversifie l'offre familiale. De deux ans son cadet, le plus discret Arnaud a longtemps cru orienter son futur vers la cuisine avant de s'en détourner : trop monotone à son goût. Il gère aujourd'hui le parc animalier et la toute récente microbrasserie. De quoi libérer les fourneaux de l'Auberge pour son plus expressif frangin Jordan (23 ans), récompensé d'une Médaille d'excellence au championnat européen des métiers en 2018.

A bord de leur jeep, Patricia et Michel Boreux multiplient régulièrement les détours dans le village pour s'assurer que tout se passe pour le mieux au sein de leur galaxie. Pourtant en heure de pause, Patricia s'avance pour accueillir des clients qu'elle estime pris en charge trop tardivement par le personnel. De son côté, Michel téléphone à Jordan, qu'il juge trop lent à déployer la terrasse alors que le soleil pointe. "Mon père peut être très dur et exigeant avec nous et le personnel, avoue le cadet. On est parfois un peu perdu, mais je pense qu'il fait ça pour nous aider à comprendre les choses par nous-mêmes." Jordan a sans doute raison : ses parents pensent à la suite. Ils suivent notamment chaque année des formations en matière de succession familiale.

Succession en douceur

"On n'a pas poussé nos enfants à faire le même métier que nous, assure pourtant Patricia Boreux. Ils font fait leur choix par eux-mêmes mais, par bonheur, ceux-ci sont liés." Eloïse, Arnaud et Jordan devraient prendre chacun la tête d'une des sociétés du groupe d'ici deux ou trois ans. La SPRL La Cense (un gîte et le restaurant Point de vue) pour Eloïse, la SA Auberge de la Ferme (l'Auberge de Rochehaut, quatre gîtes, un restaurant, la boutique) pour Jordan et la SA Rochehaut Attraction (microbrasserie, agri-musée et parc animalier) pour Arnaud, dont il possède déjà des parts. "Si on met tout sur une balance, il y a certainement un déséquilibre entre les activités, reconnaît ce dernier. Mais il n'y a aucune jalousie entre nous : nous nous épanouissons et nous complétons chacun dans nos activités."

"On aurait pu se mettre de côté, se dire qu'on avait assez. Mais on aime ce qu'on fait, donc on est là tous les jours." - Patricia Boreux © PG

Ceci étant, face aux impératifs juridiques qu'entraîne la succession, les Boreux ne veulent pas se presser : Patricia et Michel sont encore plein d'énergie et leurs héritiers toujours en besoin d'expérience et d'accompagnement. "On veut faire le moins de bêtises possible pour que nos enfants se sentent bien", conclut leur maman. A Rochehaut, le second empire est en gestation...

Projection 2021

A Rochehaut, la source à projets des Boreux ne se tarit pas. D'ici 2021 verront ainsi le jour un parking sous-terrain, 10 nouvelles chambres, une piscine, un centre bien-être, une salle de séminaire et une deuxième salle de petit déjeuner pour compléter l'actuelle, qui accueille jusqu'à 120-130 personnes pour chaque repas de la journée.

Eloïse ambitionne de reprendre le Point de vue avec son futur mari, Arnaud va s'attaquer à la commercialisation de ses bières alors que Jordan planifie la création d'un jardin de produits écoresponsables.

Discrètes mais lumineuses, les décorations de Noël en côtoient d'autres, davantage inamovibles, évoquant l'Ardenne locale : figurines de vaches colorées, feu ouvert, ou cette belle machine à couper le jambon dont se saisit un jeune serveur, histoire de rompre avec les trop classiques cacahuètes apéritives. Dans son dos, Patricia Boreux vogue sereinement de table en table pour saluer les clients de l'Auberge de Rochehaut et discuter avec les habitués... Le lendemain, dans la salle du petit-déjeuner, l'impressionnante stature de son mari, Michel, accueille les plus matinaux avec vitalité. Un petit mot pour chacun, ni intrusif ni banal. "On aurait pu se mettre de côté, se dire qu'on avait assez. Mais on aime ce qu'on fait, donc on est là tous les jours", confie Patricia Boreux. Ne jamais s'arrêter, tel est le leitmotiv du couple.De 6 à 70 chambresInstallée au centre de Rochehaut, surplombant la magnifique vallée de la Semois et le village de Frahan, la famille Boreux gère un véritable empire touristique, dont quatre hôtels (70 chambres), 10 gîtes, quatre restaurants, des vignes, un agri-musée, un parc animalier et une microbrasserie, générant un chiffre d'affaires avoisinant les 10 millions d'euros. A des années-lumière de la petite auberge de six chambres avec salle de bains commune que Michel Boreux avait reprise à ses parents, à l'aube des années 1990. Cinq ans plus tard, il fusionnait sa société avec celle de sa femme, propriétaire de l'enseigne Auberg'Inn, riche de 15 chambres. Depuis, il ne se passe pas une année sans que le couple n'investisse pour améliorer son patrimoine. Et les concepts créés fonctionnent : les formules de tourisme d'affaires convainquent des hordes de séminaristes en semaine là où les jacuzzis privés séduisent les couples le week-end. "On essaie de multiplier les check-in et check-out, précise Patricia Boreux. Quand un client de l'hôtel passe par notre boutique du terroir, son panier sera proportionnellement plus élevé s'il reste un jour plutôt que trois."Pour réussir dans une commune que le couple Boreux ne considère pas comme très fertile économiquement, celui-ci redouble de stratégies créatives pour offrir à ce "cul-de-sac" un peu de lumière. Notamment la construction d'une quinzaine d'appartements pour accueillir des membres du personnel - constitué d'une cinquantaine de personnes - au sein même du village. "Nos clients sont pour moitié flamands, pour moitié francophones, ajoute Michel Boreux. Pourtant, à Rochehaut, la proportion est plutôt de 80?20 parce que nos concurrents sont majoritairement néerlandophones. Mais nous avons toujours beaucoup axé notre communication sur la Wallonie et, plus récemment, sur les réseaux sociaux pour attirer les jeunes. Nous n'avons pas une clientèle poussiéreuse." Elle ne survivrait de toute façon pas aux investissements constants...Chacun sa voieLes Boreux ont trois enfants. La photo de la fratrie accrochée aux murs de l'Auberge de Rochehaut remonte déjà à quelques années, mais Eloïse a gardé cette détermination dans le regard. Bien huilé, son discours est sans équivoque quand elle conseille ce couple de clients qui opte pour la formule gastronomique. "Tous nos souvenirs d'enfance viennent de l'Auberge : mes deux frères dans la cuisine avec papa et moi à l'accueil avec maman", sourit l'aînée (26 ans), active tant à la réception de l'Auberge que dans la gestion des gîtes depuis octobre 2016. C'est à son initiative qu'a été créée la marque Les Gîtes de Rochehaut qui diversifie l'offre familiale. De deux ans son cadet, le plus discret Arnaud a longtemps cru orienter son futur vers la cuisine avant de s'en détourner : trop monotone à son goût. Il gère aujourd'hui le parc animalier et la toute récente microbrasserie. De quoi libérer les fourneaux de l'Auberge pour son plus expressif frangin Jordan (23 ans), récompensé d'une Médaille d'excellence au championnat européen des métiers en 2018.A bord de leur jeep, Patricia et Michel Boreux multiplient régulièrement les détours dans le village pour s'assurer que tout se passe pour le mieux au sein de leur galaxie. Pourtant en heure de pause, Patricia s'avance pour accueillir des clients qu'elle estime pris en charge trop tardivement par le personnel. De son côté, Michel téléphone à Jordan, qu'il juge trop lent à déployer la terrasse alors que le soleil pointe. "Mon père peut être très dur et exigeant avec nous et le personnel, avoue le cadet. On est parfois un peu perdu, mais je pense qu'il fait ça pour nous aider à comprendre les choses par nous-mêmes." Jordan a sans doute raison : ses parents pensent à la suite. Ils suivent notamment chaque année des formations en matière de succession familiale.Succession en douceur"On n'a pas poussé nos enfants à faire le même métier que nous, assure pourtant Patricia Boreux. Ils font fait leur choix par eux-mêmes mais, par bonheur, ceux-ci sont liés." Eloïse, Arnaud et Jordan devraient prendre chacun la tête d'une des sociétés du groupe d'ici deux ou trois ans. La SPRL La Cense (un gîte et le restaurant Point de vue) pour Eloïse, la SA Auberge de la Ferme (l'Auberge de Rochehaut, quatre gîtes, un restaurant, la boutique) pour Jordan et la SA Rochehaut Attraction (microbrasserie, agri-musée et parc animalier) pour Arnaud, dont il possède déjà des parts. "Si on met tout sur une balance, il y a certainement un déséquilibre entre les activités, reconnaît ce dernier. Mais il n'y a aucune jalousie entre nous : nous nous épanouissons et nous complétons chacun dans nos activités."Ceci étant, face aux impératifs juridiques qu'entraîne la succession, les Boreux ne veulent pas se presser : Patricia et Michel sont encore plein d'énergie et leurs héritiers toujours en besoin d'expérience et d'accompagnement. "On veut faire le moins de bêtises possible pour que nos enfants se sentent bien", conclut leur maman. A Rochehaut, le second empire est en gestation...