Marc-Henri Jaspar Costermans est toujours présent dans la maison, qui est aussi son domicile, mais il a passé la main à ses enfants depuis une dizaine d'années.

"Nous sommes tous descendants directs de Louis Costermans, qui fonda la maison avec son frère Henri, revendique-t-il fièrement. L'entreprise a toujours mêlé ferronnerie et décoration, l'un fabriquant les pièces pour l'autre. La vraie trouvaille des frères Costermans fut la création en 1850 du Merveilleux, un petit poêle à charbon avec un excellent rendement et qui permettait de chauffer de l'eau. Surtout commercialisé par le fils de Louis, également prénommé Louis, il a remporté de nombreux prix dans plusieurs expos universelles, notamment en Australie et aux Etats-Unis au tournant du siècle."

Dès les débuts de l'entreprise, la famille Costermans habite le quartier du Sablon, à Bruxelles. Tout d'abord une maison avec atelier rue de Rollebeek, puis rue Lebeau, non loin de la place de la Justice, à partir de 1880. Pour les besoins de la production du Merveilleux, un second atelier est construit vers 1910, chaussée de Ninove à Molenbeek, mais l'arrivée du chauffage central marque la fin de la fabrication du fameux poêle, dont les ventes permirent toutefois à la famille de résister aux années de crise qui allaient suivre.

Dans le style 18e siècle

En 1916, après le décès de leur père, Maurice et Robert Costermans, âgés respectivement de 18 et 14 ans, sont obligés de reprendre l'affaire et la réorientent progressivement vers la ferronnerie d'art pour des clients privés, profitant du succès de l'Art nouveau, puis de l'Art déco. Dans les années 1920, les deux frères posent des choix. Maurice se marie et transforme l'atelier de Molenbeek pour fonder la société Emaillerie belge. Il la dirigera jusqu'en 1958. On lui doit notamment les plaques émaillées du métro de Paris ainsi que celles de nombreuses boissons belges.

Robert, lui, est toujours resté célibataire. Collectionneur dans l'âme, il rassemble peu à peu de nombreux objets du 18e siècle français (pendules, serrures, etc.) qu'il utilise dans ses chantiers de décoration, mais il commence aussi à en vendre. C'est ainsi que démarre la maison Costermans actuelle.

dr
© dr

Suite à son expropriation de la place de la Justice en 1950 par la RTT (Régie des télégraphes et téléphones), la famille Costermans déménage quelques centaines de mètres plus loin et acquiert l'hôtel particulier de la famille du Chastel de la Howarderie au n° 5 de la place du Grand Sablon. L'activité d'antiquariat va petit à petit y prendre de l'expansion, même si le quartier ne possède pas encore son lustre actuel.

En 1963, Robert Costermans décède dans un accident de voiture. Ses neveux Francine et Freddy, qui travaillaient déjà dans l'entreprise, reprennent l'activité. "Ma mère, précise Marc-Henri, avait épousé Christian Jaspar, frère de celui qui fut plusieurs fois ministre et ambassadeur de Belgique à Paris. Mes parents ont divorcé très tôt. Je suis donc un Jaspar mais j'ai toujours gardé le nom de Costermans accolé au mien. J'ai travaillé pour ma mère Francine jusqu'en 1986, année où j'ai repris la société. Notre spécialité était la réalisation d'intérieurs complets dans le style 18e pour lesquels nous disposions de la collection constituée par notre famille. Nous possédons, par exemple, plus de 800 plaques de cheminée ainsi que des modèles de tout ce qui est luminaires, lanternes, poignées de porte, etc. Nous pouvions tout faire grâce à une équipe de cinq dessinateurs à temps plein.

Fin des années 1990, le goût du public et les modes changent, mais la société résiste grâce à des chantiers privés, comme la restauration de la maison Saint-Cyr ou du Wauxhall, ainsi que quelques marchés publics, comme la réfection des 560 grilles du parc de Bruxelles.

Sang neuf

Malgré les années, l'entreprise Costermans, qui a la forme d'une société à responsabilité limitée depuis les sixties, est demeurée exclusivement familiale. Son actionnariat n'est pas ouvert aux tiers. Seul un cousin s'y trouve, en plus de Marc-Henri et ses deux enfants, Valérie et Arnaud, qui intègrent l'entreprise au début des années 2000. Le personnel est lui aussi réduit : il ne compte que trois personnes, une à l'accueil et deux en atelier.

"Ce qui est important dans une entreprise familiale, explique Arnaud Costermans, c'est de dépasser le poids de la tradition pour innover par rapport au fonctionnement et aux produits proposés. A condition de toujours conserver l'ADN de la société comme la famille l'a toujours fait, sinon on ne serait plus là. J'ai repris les affaires vers 2010?2011. Reprendre est une expression très particulière car dans une entreprise familiale, on est tous un peu liés. Ce sont des transmissions assez passives qui ne se font pas du jour au lendemain mais naturellement, par la force des choses. Mon père nous a accompagnés ces 15 dernières années avec beaucoup de bienveillance et de recul. Il est difficile de transmettre sans prendre part, en laissant faire, mais cela s'est passé sans conflit."

Marc-Henri Jaspar Costermans et ses enfants Arnaud et Valérie, dr
Marc-Henri Jaspar Costermans et ses enfants Arnaud et Valérie © dr

Comme cela s'est produit à chaque reprise dans l'histoire de la maison, la nouvelle génération fait alors évoluer les lignes et apporte son lot de changements dans la continuité. Licencié en histoire de l'art et archéologie et lui-même passionné de peintures anciennes et d'objets d'art, Arnaud Jaspar développe depuis 2013 avec Cédric Pelgrims de Bigard un nouveau département de vente de tableaux de maîtres flamands du 17e siècle, entièrement en phase avec la clientèle historique de l'entreprise. Pour le promouvoir, et c'est presque une révolution interne, la maison Costermans participe désormais aux grands salons d'art internationaux, comme la Brafa à Bruxelles ou la Biennale de Paris.

"Nous avons une clientèle très aristocratique. Nous avons d'ailleurs souvent fourni la Cour de Belgique, même si nous ne sommes pas fournisseur officiel, ainsi que certaines cours étrangères. La participation à ces salons nous a véritablement ouverts sur le monde et amène aujourd'hui au Sablon des décorateurs et des collectionneurs du monde entier. Nous préférons désormais focaliser notre business model sur des pièces uniques de très grande qualité plutôt que sur le volume et les stocks, même si le turn-over est plus lent, car il y a davantage de recherche historique, de travail de prospection. Nous devons également rencontrer ces collectionneurs, apprendre à les connaître pour pouvoir constituer des collections avec eux et leur proposer certaines pièces en exclusivité sans qu'elles ne passent par le magasin."

Si Arnaud Jaspar confie aisément qu'un salon comme celui de Paris, qui dure une semaine, coûte près de 100.000 euros, il demeure plus discret sur le retour d'une telle participation.

"C'est une règle de déontologie, explique-il ; nous faisons un métier de très grande discrétion, c'est d'ailleurs une exigence de nos clients."

MARC VANEL

Marc-Henri Jaspar Costermans est toujours présent dans la maison, qui est aussi son domicile, mais il a passé la main à ses enfants depuis une dizaine d'années. "Nous sommes tous descendants directs de Louis Costermans, qui fonda la maison avec son frère Henri, revendique-t-il fièrement. L'entreprise a toujours mêlé ferronnerie et décoration, l'un fabriquant les pièces pour l'autre. La vraie trouvaille des frères Costermans fut la création en 1850 du Merveilleux, un petit poêle à charbon avec un excellent rendement et qui permettait de chauffer de l'eau. Surtout commercialisé par le fils de Louis, également prénommé Louis, il a remporté de nombreux prix dans plusieurs expos universelles, notamment en Australie et aux Etats-Unis au tournant du siècle."Dès les débuts de l'entreprise, la famille Costermans habite le quartier du Sablon, à Bruxelles. Tout d'abord une maison avec atelier rue de Rollebeek, puis rue Lebeau, non loin de la place de la Justice, à partir de 1880. Pour les besoins de la production du Merveilleux, un second atelier est construit vers 1910, chaussée de Ninove à Molenbeek, mais l'arrivée du chauffage central marque la fin de la fabrication du fameux poêle, dont les ventes permirent toutefois à la famille de résister aux années de crise qui allaient suivre.Dans le style 18e siècleEn 1916, après le décès de leur père, Maurice et Robert Costermans, âgés respectivement de 18 et 14 ans, sont obligés de reprendre l'affaire et la réorientent progressivement vers la ferronnerie d'art pour des clients privés, profitant du succès de l'Art nouveau, puis de l'Art déco. Dans les années 1920, les deux frères posent des choix. Maurice se marie et transforme l'atelier de Molenbeek pour fonder la société Emaillerie belge. Il la dirigera jusqu'en 1958. On lui doit notamment les plaques émaillées du métro de Paris ainsi que celles de nombreuses boissons belges.Robert, lui, est toujours resté célibataire. Collectionneur dans l'âme, il rassemble peu à peu de nombreux objets du 18e siècle français (pendules, serrures, etc.) qu'il utilise dans ses chantiers de décoration, mais il commence aussi à en vendre. C'est ainsi que démarre la maison Costermans actuelle.Suite à son expropriation de la place de la Justice en 1950 par la RTT (Régie des télégraphes et téléphones), la famille Costermans déménage quelques centaines de mètres plus loin et acquiert l'hôtel particulier de la famille du Chastel de la Howarderie au n° 5 de la place du Grand Sablon. L'activité d'antiquariat va petit à petit y prendre de l'expansion, même si le quartier ne possède pas encore son lustre actuel.En 1963, Robert Costermans décède dans un accident de voiture. Ses neveux Francine et Freddy, qui travaillaient déjà dans l'entreprise, reprennent l'activité. "Ma mère, précise Marc-Henri, avait épousé Christian Jaspar, frère de celui qui fut plusieurs fois ministre et ambassadeur de Belgique à Paris. Mes parents ont divorcé très tôt. Je suis donc un Jaspar mais j'ai toujours gardé le nom de Costermans accolé au mien. J'ai travaillé pour ma mère Francine jusqu'en 1986, année où j'ai repris la société. Notre spécialité était la réalisation d'intérieurs complets dans le style 18e pour lesquels nous disposions de la collection constituée par notre famille. Nous possédons, par exemple, plus de 800 plaques de cheminée ainsi que des modèles de tout ce qui est luminaires, lanternes, poignées de porte, etc. Nous pouvions tout faire grâce à une équipe de cinq dessinateurs à temps plein.Fin des années 1990, le goût du public et les modes changent, mais la société résiste grâce à des chantiers privés, comme la restauration de la maison Saint-Cyr ou du Wauxhall, ainsi que quelques marchés publics, comme la réfection des 560 grilles du parc de Bruxelles.Sang neufMalgré les années, l'entreprise Costermans, qui a la forme d'une société à responsabilité limitée depuis les sixties, est demeurée exclusivement familiale. Son actionnariat n'est pas ouvert aux tiers. Seul un cousin s'y trouve, en plus de Marc-Henri et ses deux enfants, Valérie et Arnaud, qui intègrent l'entreprise au début des années 2000. Le personnel est lui aussi réduit : il ne compte que trois personnes, une à l'accueil et deux en atelier. "Ce qui est important dans une entreprise familiale, explique Arnaud Costermans, c'est de dépasser le poids de la tradition pour innover par rapport au fonctionnement et aux produits proposés. A condition de toujours conserver l'ADN de la société comme la famille l'a toujours fait, sinon on ne serait plus là. J'ai repris les affaires vers 2010?2011. Reprendre est une expression très particulière car dans une entreprise familiale, on est tous un peu liés. Ce sont des transmissions assez passives qui ne se font pas du jour au lendemain mais naturellement, par la force des choses. Mon père nous a accompagnés ces 15 dernières années avec beaucoup de bienveillance et de recul. Il est difficile de transmettre sans prendre part, en laissant faire, mais cela s'est passé sans conflit."Comme cela s'est produit à chaque reprise dans l'histoire de la maison, la nouvelle génération fait alors évoluer les lignes et apporte son lot de changements dans la continuité. Licencié en histoire de l'art et archéologie et lui-même passionné de peintures anciennes et d'objets d'art, Arnaud Jaspar développe depuis 2013 avec Cédric Pelgrims de Bigard un nouveau département de vente de tableaux de maîtres flamands du 17e siècle, entièrement en phase avec la clientèle historique de l'entreprise. Pour le promouvoir, et c'est presque une révolution interne, la maison Costermans participe désormais aux grands salons d'art internationaux, comme la Brafa à Bruxelles ou la Biennale de Paris. "Nous avons une clientèle très aristocratique. Nous avons d'ailleurs souvent fourni la Cour de Belgique, même si nous ne sommes pas fournisseur officiel, ainsi que certaines cours étrangères. La participation à ces salons nous a véritablement ouverts sur le monde et amène aujourd'hui au Sablon des décorateurs et des collectionneurs du monde entier. Nous préférons désormais focaliser notre business model sur des pièces uniques de très grande qualité plutôt que sur le volume et les stocks, même si le turn-over est plus lent, car il y a davantage de recherche historique, de travail de prospection. Nous devons également rencontrer ces collectionneurs, apprendre à les connaître pour pouvoir constituer des collections avec eux et leur proposer certaines pièces en exclusivité sans qu'elles ne passent par le magasin."Si Arnaud Jaspar confie aisément qu'un salon comme celui de Paris, qui dure une semaine, coûte près de 100.000 euros, il demeure plus discret sur le retour d'une telle participation. "C'est une règle de déontologie, explique-il ; nous faisons un métier de très grande discrétion, c'est d'ailleurs une exigence de nos clients."MARC VANEL