Les week-ends sont devenus les périodes dangereuses de la semaine. Il y a 15 jours, c'était en plein week-end que l'Arabie Saoudite, la station essence du monde occidentale, avait été frappée de plein fouet par des attaques de drones. Des attaques qui ont effacé d'un seul coup 7% de la production de pétrole mondiale ! Et c'est le week-end dernier qu'on a compris que le deuxième tour-opérateur européen allait mettre la clé sous le paillasson...

Maintenant que Thomas Cook a laissé 600.000 clients en rade, il est temps d'essayer comprendre les raisons profondes de cette faillite retentissante. En réalité, si Thomas Cook en est arrivé là, c'est principalement à cause de son modèle.

Dans les années 90, lui et son rival allemand TUI se sont lancés dans une course au gigantisme et à l'intégration : l'idée était de réunir sous un seul toit des agences de voyage, des hôtels et des avions. A l'époque, ce modèle était salué par tout le monde pour son efficacité car il permettait au secteur du tourisme de passer de l'artisanat et à un modèle industriel. Le problème est que les vérités d'hier ne sont pas nécessairement les vérités de demain... Or, justement, ce modèle de tour-opérateur souffre le martyr aujourd'hui à cause d'Internet car, tout d'abord, l'offre de voyages y est pléthorique, et avec un peu de patience, n'importe qui peut assembler lui-même son voyage. Ensuite, les tarifs proposés sur le Net sont souvent très compétitifs et attaquent de plein front le modèle intégré d'un groupe comme Thomas Cook. En résumé, non seulement l'offre de voyage est plus importante sur le Net, non seulement elle y est moins chère, mais en plus, il est plus compliqué pour un Thomas Cook de se différencier.

A côté de ces raisons, il y en a encore une autre qui a joué : l'essor des compagnies aériennes low-cost. Les Ryanair, Easyjet et autres Vueling ont tué à petit feu les compagnies charter et rendu obsolète le modèle intégré de Thomas Cook.

Et puis, comme toujours, il y a aussi le client dont le comportement change au fil du temps. Le client d'aujourd'hui semble moins intéressé par les offres forfait. D'ailleurs ces forfaits ne représentent plus que 23% des voyages car le client veut davantage de flexibilité.

Vous me direz que Thomas Cook n'avait qu'à être plus flexible ? C'est vrai, mais quand votre modèle vous impose de remplir vos avions et vos hôtels, votre flexibilité est plutôt nulle. Donc, vous perdez les clients qui ne sont plus intéressés par des offres tout compris.

La leçon de tout cela, c'est que le digital est un sérial killer ! Si le patron de la KBC a justifié le non remplacement de 1.400 départs à la pension en disant qu'il ne voulait pas devenir le nouveau Nokia du secteur bancaire. Nous comprenons maintenant qu'un patron, face à Internet, n'a qu'un seul choix : s'adapter et prendre des mesures en amont, sinon c'est la disparition assurée. J'entends déjà le patron de TUI dire à ses troupes : bougez-vous, car je ne veux pas devenir le Thomas Cook du secteur du voyage !