Ils ne s'étaient jamais rencontrés et, à l'invitation de Trends-Tendances, ils ont accepté de se côtoyer à deux reprises en quelques jours à peine. La première fois au Théâtre Le Public à Bruxelles où Pierre-Yves Jeholet s'est rendu pour voir la comédienne sur scène dans son nouveau spectacle Virginie Hocq ou presque. La seconde fois au restaurant L'Ecailler du Palais Royal où le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles a croisé gentiment le fer - ou plutôt les couverts - avec l'humoriste belge devenue une star en France.
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Ils ne s'étaient jamais rencontrés et, à l'invitation de Trends-Tendances, ils ont accepté de se côtoyer à deux reprises en quelques jours à peine. La première fois au Théâtre Le Public à Bruxelles où Pierre-Yves Jeholet s'est rendu pour voir la comédienne sur scène dans son nouveau spectacle Virginie Hocq ou presque. La seconde fois au restaurant L'Ecailler du Palais Royal où le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles a croisé gentiment le fer - ou plutôt les couverts - avec l'humoriste belge devenue une star en France. Avant de passer à table, les deux convives se sont étonnamment échangé des cadeaux: un livre de recettes pour Pierre-Yves Jeholet (et surtout son épouse que Virginie Hocq avait croisée à la fin du spectacle) et divers présents pour la comédienne: un sirop "poires & pommes" et du fromage de Herve (le ministre-président a été bourgmestre de cette commune), une peluche pour sa petite fille Billie et, surtout, un 33 tours rare d'Annie Cordy que l'homme politique est allé personnellement acheter. Virgine Hocq était en effet très proche de la chanteuse belge décédée l'année dernière et cette charmante attention l'a visiblement touchée... VIRGINIE HOCQ. Vous ne pouvez pas savoir comme ça me fait plaisir... PIERRE-YVES JEHOLET. J'ai mis près de trois heures pour le dénicher! J'ai dû faire plusieurs disquaires à Bruxelles. C'est aussi un clin d'oeil à votre spectacle puisque vous trouvez quelques vinyles dans l'appartement de votre papa que vous êtes en train de vider et que vous nous faites écouter... V.H. Merci, vraiment! P.-Y.J. J'ai adoré votre spectacle. Ce ne sont pas des sketchs, mais plutôt une histoire, comme une pièce de théâtre, avec un fil conducteur. Ce fil conducteur, c'est votre papa qui est décédé et dont vous triez les affaires. Vous en parlez avec beaucoup d'humour, de légèreté et beaucoup d'intensité aussi. Au tout début, j'ai souri, j'ai ri, mais très vite, j'ai eu les larmes aux yeux... V.H. J'avais envie de ça, justement. P.-Y.J. C'est un divertissement, mais avec des valeurs et des messages très forts. Par exemple dire aux gens qu'on aime que oui, justement, on les aime. Il y a un côté participatif aussi. Vous jouez avec le public. Franchement, bravo! V.H. Je suis contente d'entendre ça... P.-Y.J. Votre spectacle m'a parlé parce que j'ai enterré mon papa il y a cinq ans et demi. Comme vous, on a quand même fait un peu la fête ce jour-là. On a bu des bières entre amis parce que la vie, ce n'est qu'un passage, après tout, et qu'il faut en garder les bons souvenirs. V.H. Vous savez, le jour de l'enterrement de mon papa, j'ai vu tous ces gens défiler avec leurs mots comme, par exemple, "Sincères condoléances". Je déteste cette expression! C'est comme si on m'enfonçait des fourchettes dans les yeux! Moi, je n'avais que faire de la tristesse des gens et je me suis dit que j'allais en faire un bon souvenir. J'ai tout changé et le spectacle est venu de là. J'avais envie de raconter comment les gens étaient bien ce jour-là, comment ils étaient "pompette" et, du coup, ça perpétue la présence de mon père. Vous savez, on a même chanté La P'tite Gayole dans la collégiale de Nivelles! C'était génial: le curé tapait du pied avec sa sandalette... (rires) TRENDS-TENDANCES. Virginie, en tant que comédienne, en veut-on au monde politique lorsque tout s'arrête à cause de la pandémie? V.H. Non, je n'en veux pas au monde politique. Les décisions ont été difficiles à entendre, c'est vrai, mais au début, je n'étais pas trop inquiète parce que j'avais un peu de sous sur mon compte. J'ai pu payer mes factures et je n'ai pas dû geler mon prêt hypothécaire. Je suis restée à la maison et ma fille en était très heureuse. Je suis même devenue coach sportif sur Instagram! Cela a été beaucoup plus difficile lorsque nous, comédiens, avons été qualifiés de "non essentiels". Il y a eu le premier confinement, puis on a recommencé à jouer, puis ça s'est de nouveau arrêté... Et là, je me suis dit: mon métier, c'est du vent. P.-Y.J. Personnellement, je n'ai jamais parlé de "non essentiel" quand j'ai parlé de culture. D'ailleurs, au comité de concertation, j'ai toujours abordé le volet culturel et même quand on n'arrivait pas à prendre des décisions parce que la crise sanitaire ne le permettait pas, je venais en parlant de culture et de jeunesse. A mes yeux, la culture comme le sport sont des besoins. V.H. Je pense que le monde politique a quand même fait une gaffe en parlant de notre métier comme une activité non essentielle. Il aurait dû dire: "Ecoutez, on doit privilégier la santé" et parler de notre métier en d'autres termes. Vous savez, on parle beaucoup de la partie visible de l'iceberg dont je fais partie: les Belges que l'on voit en France, qui sont un peu connus, qui passent à la télé, etc. Mais, parmi mes amis artistes ici en Belgique, il y a beaucoup de bons comédiens qui n'arrivaient plus à payer leur loyer, des comédiens qu'on voit dans les théâtres et qui donc habituellement y travaillent. Donc, je n'ose même pas imaginer ceux qui ne travaillent pas! Mes techniciens, par exemple, ont dû faire des jardins ou d'autres petits boulots pour s'en sortir. Ils se sont débrouillés. P.-Y.J. Je ne pense pas qu'il y ait eu beaucoup de politiques qui ont pensé que le métier d'artiste était non essentiel, mais c'est vrai que, dans la communication, ce message-là est passé. Il faut dire aussi que le monde de la culture a une résonance médiatique exceptionnelle et c'est tant mieux! Mais il y a trois éléments que je voudrais souligner. Le premier, c'est que nous avons quand même fort soutenu la culture. Rien qu'en Fédération Wallonie-Bruxelles, cela représente plusieurs dizaines de millions d'euros, indépendamment de toutes les subventions accordées aux opérateurs culturels qui ont été maintenues. Elles l'ont d'ailleurs été pour que ce soit les techniciens et les artistes qui soient rétribués... V.H. Mais ils n'en ont pas bénéficié! P.-Y.J. Non, cela n'a pas toujours été le cas et donc on devra faire le point de là-dessus avec les opérateurs culturels. J'y serai attentif car l'idée, ce n'était pas de thésauriser sur le dos de la crise. Il y a des choses à évaluer. Deuxièmement, on parle beaucoup du statut de l'artiste depuis des années et je pense que la crise... ...a donné un coup d'accélérateur?P.-Y.J. Oui, bien sûr. V.H. Il va y avoir un statut? P.-Y.J. Je pense qu'il va y avoir un statut. On a lancé cela à l'été 2020 et on a vraiment avancé sur des propositions. Maintenant, au niveau fédéral, il y a une concertation qui se met en place, mais ce statut est, je pense, indispensable pour la protection sociale des artistes. V.H. Et puis, il y a un problème d'existence aussi... P.-Y.J. Oui, une existence, bien sûr. Il est important qu'il y ait un véritable statut de l'artiste avec une rémunération décente et beaucoup moins de tracasseries administratives. V.H. (Elle soupire) Ah oui, ça, c'est horrible! P.-Y.J. Oui, c'est infernal. Et donc j'espère qu'on va pouvoir très rapidement concrétiser le statut des artistes. Dans une crise, il y a toujours beaucoup de conséquences négatives, mais il faut aussi en tirer des opportunités. V.H. Mais bien sûr, tout le monde essaie de faire ça! P.-Y.J. Et puis, un troisième élément qui a directement un rapport avec vous, c'est que l'humour n'a jamais été, je pense, considéré à sa juste valeur. J'ai personnellement encouragé une Fédération des humoristes... V.H. Proposée par Vincent Taloche! P.-Y.J. Oui, exactement! On a aidé à réaliser les statuts et on les a aussi aidés financièrement pour qu'ils puissent se lancer. Aujourd'hui, cette Fédération des professionnels de l'humour existe et il y a désormais un groupe de travail qui oeuvre avec le secteur pour voir comment intégrer les humoristes dans les Arts de la scène pour qu'ils puissent bénéficier des subventions. V.H. Mais c'est dingue que ça ne soit pas encore le cas! (Interloquée) Les spectacles d'humour ne sont pas repris dans les Arts de la scène? Alors qu'on fait le même métier, qu'on vend des billets... P.-Y.J. A votre avis, pourquoi? V.H. Je ne sais pas. C'est de la prétention, non? P.-Y.J. Je pense que c'est dû à une définition élitiste de la culture. L'humour, la comédie, seraient davantage populaires et ne seraient pas culturellement aboutis. V.H. C'est donc un snobisme! C'est vrai parce que quand je suis arrivée au Conservatoire, qui porte bien son nom, j'ai tout de suite senti que l'humour n'y avait pas sa place. On était dans le classique, très classique! Moi je venais de l'Académie et j'ai bien compris qu'il ne fallait pas parler des textes que j'avais choisis là-bas et qui faisaient rire les gens. Ce n'était pas le lieu. A l'époque, je connaissais déjà le one man show grâce à Pierre Palmade, mais je n'aurais jamais dit ça au Conservatoire! Le rire, c'est un business comme un autre?V.H. Le mot business fait toujours un peu peur. (Elle change de ton et force le trait) Oui, c'est un business. Je répète: un business et ça rapporte! (Elle reprend sa voix normale) C'est bien, ça? P.-Y.J. Cela me fait quand même sourire. Ce n'est pas parce qu'on parle de la culture, qu'on ne peut pas parler de rentabilité. Les pouvoirs publics doivent soutenir la culture, parfois émergente, parfois plus élitiste, mais on ne peut pas non plus, à un moment donné, faire fi d'avoir des spectateurs. Si c'est pour avoir des pièces de théâtre sans personne dans la salle, ça pose question dans le fait de saupoudrer l'argent public. Ce n'est donc pas un gros mot, en tant qu'opérateur culturel, de parler à un moment donné d'un minimum de rentabilité ou du moins d'équilibre économique entre la subvention, la billetterie, etc. Encore une fois, quand on est un opérateur 100% subsidié et qu'on crée des spectacles que personne ne vient voir, ça pose question... C'est du gaspillage d'argent public?P.-Y.J. C'est comme dans tous les domaines. Les moyens publics ne sont pas extensibles et donc, quand on soutient la culture, on doit tenter de le faire de la manière la plus efficace et optimale possible. V.H. Et cohérente! P.-Y.J. Oui, cohérente. Il ne s'agit pas seulement de soutenir les opérateurs culturels en tant que tels, mais de soutenir la création, l'emploi, etc. C'est ça qui compte. Or, il y a parfois un écosystème culturel où l'on attend tout de l'Etat et des subventions. Virginie, vous avez une carrière exceptionnelle, mais derrière votre talent, il y a aussi beaucoup de travail. A un moment donné, il faut se battre et ne pas croire que tout est dû. Le travail est une valeur... V.H. C'est vrai que c'est un travail et qu'il faut de bonnes fondations. Le problème, c'est que beaucoup de jeunes n'ont plus vraiment envie aujourd'hui de faire ce métier pour être reconnus dans leur travail, mais pour être connus tout court. Il y a une nouvelle démarche. On donne l'impression à tous ces jeunes émergents que c'est hyper facile et qu'il suffit de faire des petites vidéos sur TikTok ou Instagram pour percer. Oui, ça pourra peut-être marcher, mais... P.-Y.J. Il faut arriver à un niveau et il faut surtout s'y maintenir. V.H. C'est vrai. P.-Y.J. Parce que l'exigence du public devient de plus en plus forte aussi. V.H. C'est vrai que le public n'a pas conscience du côté labeur d'une création de spectacle. Que le spectacle soit raté ou réussi, l'investissement est le même et il est laborieux. Pour créer ce spectacle-ci, il m'a fallu un an. Un an où j'ai répété avec un metteur en scène et où je n'étais pas payée puisque je suis mon propre patron. Un an où je dois être assidue, où je dois me lever le matin en me disant "Ok, j'y vais" malgré les doutes. C'est horrible, les doutes. Ce sont des douleurs. P.-Y.J. J'imagine tout à fait ce que ça peut représenter. Quand je parlais du travail, c'est exactement à ça que je pense. Je tenais quand même à dire que votre carrière est impressionnante. Vous êtes une star en France et nous, à la Fédération Wallonie-Bruxelles, nous sommes fiers de compter des artistes comme vous ou Alex Vizorek qui s'exportent à l'étranger. Virginie, que vous inspire la Fédération Wallonie-Bruxelles dont on évoque souvent la disparition à terme?V.H. J'ai souvent été sollicitée et valorisée par cette institution. Je suis souvent passée à côté des propositions qu'elle pouvait me faire parce que j'étais dans un autre moment de ma vie. Bref, je sais qu'elle existe, mais c'est vrai que je n'ai pas beaucoup de liens avec elle. Peut-être ne suis-je pas assez au fait de tout ça, étant donné que je travaille beaucoup en France... P.-Y.J. Nous avons un pays compliqué sur le plan institutionnel avec trois langues, trois Régions, trois Communautés... V.H. Oui, c'est compliqué! P.-Y.J. Je pense qu'il faut simplifier nos institutions, mais le but principal, c'est l'efficience des services que l'on donne, que ce soit les politiques que l'on mène en matière de culture, d'enseignement, de logement, etc. C'est ça qui compte pour les gens. Maintenant, que ce soit la commune, la province, la Fédération, la Région, le fédéral... V.H. Le mélange n'est pas possible? P.-Y.J. Du côté francophone, il y a certainement des choses à faire. On peut développer un vrai projet, mais il faut aussi se poser les vraies questions. Par exemple, au niveau de l'école, on a différents réseaux. Cela coûte très très cher. Ne pourrait-on pas faire un seul réseau officiel à côté du réseau libre? Cela simplifierait déjà beaucoup de choses et on réaliserait des économies. Vous voulez aussi revoir l'espace médiatique... P.-Y.J. La RTBF est largement subventionnée - plus de 300 millions d'euros, ce n'est pas rien - et on a 12 télévisions locales qui font de l'info de proximité et qui sont également soutenues par des moyens publics: ça n'a plus de sens! Quand on voit l'évolution technologique, quand on voit la consolidation du paysage médiatique partout en Europe et notamment en Fédération Wallonie-Bruxelles, et quand on voit les recettes publicitaires qui chutent fortement à cause des Gafa, on pourrait très bien, avec l'argent public, intégrer un service public audiovisuel fort et une information de proximité, sans nécessairement avoir la technique dans 12 endroits différents. Il faut étudier et mettre en place un nouveau modèle. Mais pour cela, il faut avoir du courage politique, car cela ne va pas plaire à tout le monde... V.H. Cela a déjà été soumis, tout ça? P.-Y.J. J'ai lancé ce pavé dans la mare il y a quelques jours déjà... (sourire) Il faut un projet francophone. V.H. Oui, mais quelle est l'idée, au final? Si vous deviez expliquer à une personne, c'est-à-dire moi, ce qu'il faut faire concrètement, ce serait quoi? Et comment? Et pourquoi? P.-Y.J. Il faut un lien entre Wallons et Bruxellois. Moi, j'y tiens très fort... V.H. Oui, mais ça, c'est quelque chose dont le monde a envie depuis des années... P.-Y.J. Non, non! Il y a quand même de plus en plus de discours où l'on entend certaines personnes dire "on pourrait faire sans les Bruxellois" ou "sans les Wallons". Pour moi, la première chose à faire, c'est resserrer ce lien. Et puis, la deuxième chose, c'est de définir comment réformer les choses avec les moyens qu'on a, dans tous les secteurs. Je l'ai dit: dans l'enseignement, dans l'espace média, au niveau des crèches, etc. Et une fois qu'on a défini ce projet-là, on regarde qui est le plus à même de s'en occuper. Moi, si on me dit demain qu'on n'a plus besoin de la Fédération Wallonie-Bruxelles parce que les Régions vont très bien faire le job avec des accords de coopération qui maintiennent un lien entre les Wallons et les Bruxellois, et qu'on supprime dès lors le gouvernement et le parlement de cette Fédération, je signe tout de suite! V.H. Appelez-moi, je viendrai vous donner un coup de main (sourire). Virginie, l'idée de vous aventurer dans l'humour politique à la Bedos vous a-t-elle déjà effleurée?V.H. Oui et, évidemment, je le ferai un jour. En fait, je déteste ne pas maîtriser les choses. Si j'aborde un sujet, c'est que je le connais bien et que, du coup, j'ai quelque chose à dire. Or, la politique, comme je n'y connais pas grand-chose, je me dis que j'aimerais d'abord faire un sketch sur une personne qui mélange tout, qui a entendu des trucs, mais qui ne restitue pas du tout la bonne information. (Elle se met à incarner un personnage) Il paraîtrait que...