Polymère d'avocat

Il y a ceux qui tablent sur le réutilisable, comme le bambou ou l'inox. Les pailles coûtent entre un et une quinzaine d'euros. Leur empreinte écologique diminue à chaque utilisation. En fonction de l'impact de la matière première et du nombre de kilomètres parcourus jusqu'au consommateur, cela peut s'avérer durable à long terme. " Mais pour l'horeca, c'est un problème. C'est cher, les clients les volent et le personnel n'a pas le temps de les nettoyer ", explique Guido Castelein, qui mise quant à lui sur un plastique biodégradable à base... de noyaux d'avocats. Des pailles à quelques centimes qu'il importe du Mexique, où l'entreprise Biofase récupère les noyaux auprès d'agriculteurs. Dans un compost, le petit tube se dégrade complètement en un an. Encourageant. Mais la ...

Il y a ceux qui tablent sur le réutilisable, comme le bambou ou l'inox. Les pailles coûtent entre un et une quinzaine d'euros. Leur empreinte écologique diminue à chaque utilisation. En fonction de l'impact de la matière première et du nombre de kilomètres parcourus jusqu'au consommateur, cela peut s'avérer durable à long terme. " Mais pour l'horeca, c'est un problème. C'est cher, les clients les volent et le personnel n'a pas le temps de les nettoyer ", explique Guido Castelein, qui mise quant à lui sur un plastique biodégradable à base... de noyaux d'avocats. Des pailles à quelques centimes qu'il importe du Mexique, où l'entreprise Biofase récupère les noyaux auprès d'agriculteurs. Dans un compost, le petit tube se dégrade complètement en un an. Encourageant. Mais la culture d'avocat consomme énormément d'eau. Il faut encore faire voyager les pailles jusqu'en Belgique. Et le polymère de noyaux ne compose que 60 % du produit fini. Le reste : des " matières organiques synthétiques " sur lesquelles l'importateur belge ne donnera pas plus d'informations. Cela fait donc 40 % de composants inconnus susceptibles de se balader dans la nature, et dans nos aliments. L'appétit pour les pailles durables augmente. C'est qu'il s'agit d'un symbole. Dior, Ikea, Tupperware, McDonald's... Des secteurs divers développent leur solution, réutilisable ou jetable. Mais pour Stefaan de Wildeman, ce n'est pas un " business sain où se développer ". " J'ai lancé une paille en plastique biodégradable il y a quatre ans pour envoyer un message, pas pour rester sur le marché ", explique-t-il. Son produit ne visait pas la rentabilité : sa start-up B4plastics offre sa technologie à d'autres applications du plastique. " Il y a tellement de choses à réparer dans le monde, ce serait stupide de rester sur la paille ", opine-t-il. " C'est une commodité qui doit être vendue à très bas prix pour que les gens l'achètent, ajoute Olivier Van Volden. Ces produits viennent d'entreprises qui ont soit du personnel pas cher, soit produisent en énorme quantité pour le reste du monde. " D'autant que, dès 2021, l'Union européenne interdira les produits plastiques à usage unique, même ceux qui se dégradent. Notamment parce que les conditions pour que le résidu se décompose ne sont pas toujours claires. " La prochaine étape, c'est de supprimer la paille. Elle peut être éliminée la plupart du temps ", conclut Stefaan de Wildeman. Stefaan de Wildeman, chercheur dans le domaine des bioplastiques, défend le dégradable. " Au lieu de croire que les gens changeront de comportement, on peut s'arranger pour que la nature absorbe les pailles ", argumente-t-il. Mais il prône la solution la plus locale possible. Pour lui, " les Belges doivent maîtriser leur propre (bio)plastique, le cultiver dans leurs champs pour leur propres applications ". Les pailles qu'il a développées à base de betteraves se dégradent en maximum six mois dans un bon compost. " C'est un timing acceptable. Même si, entre six mois de dégradation et 30 minutes d'utilisation, il reste un écart qu'on aimerait combler ", admet le chercheur. " Si on vise une circularité, quel est l'avantage compétitif d'un matériau qui se dégrade ? ", s'interroge Olivier Van Volden, expert en économie circulaire des plastiques chez essenscia, la fédération des industries chimiques et des sciences de la vie. " C'est un retour au sol, mais on perd toute l'énergie, la valeur et l'intelligence humaine qu'on a mises dans la fabrication. Il ne suffit pas de dire que ça peut aller dans la nature. Est-ce que cela enrichit le sol ? " Le biodégradable n'est donc pas nécessairement la solution la plus écologique. Par Sandrine Puissant.