Vous lancez une campagne pour attirer les jeunes vers les métiers technologiques. Pensez-vous que c'est parce qu'ils connaissent mal ces métiers que les jeunes les boudent ?

C'est l'une des explications. Mais il y en a d'autres, liées notamment à la mobilité et à la géographie (les bassins d'emplois et les réserves de main-d'oeuvre ne se recoupent pas toujours). A côté de ces éléments structurels, je pense effectivement qu'il y a une méconnaissance des métiers de l'industrie. Les préjugés ont la vie dure, par exemple quant à l'emploi des femmes dans les secteurs technologiques. Notre campagne mettra en lumière ces métiers et les nouvelles opportunités qu'y apporte la révolution digitale. Nous avons 88 métiers en souffrance, ce qui est quand même paradoxal dans une Région comme la Wallonie, qui compte 200.000 demandeurs d'emploi.

Peut-on réellement se former à ces nouveaux métiers, sans base technologique ou informatique ?

Oui, notre offre de formations permet à quiconque, qu'il soit titulaire d'un CESS ou pas, d'aller vers une bonne partie de ces nouveaux métiers. Les seules barrières à l'acquisition de ces compétences sont celles de la volonté, de la persévérance et de la curiosité. Un quart des personnes qui suivent nos formations de développeur web n'ont pas de diplôme du secondaire. Nous leur apportons des réponses appropriées. Nos centres de compétences accueillent 1.200 demandeurs d'emploi par an, avec un taux d'insertion sur le marché du travail qui atteint les 74%. C'est vraiment un parcours vers l'emploi, avec des formations qui s'étalent au maximum sur 10 mois.

Elles peuvent être beaucoup plus courtes, en particulier quand il s'agit de la requalification de travailleurs envoyés par leurs employeurs. L'an dernier, nous avons ainsi accompagné la formation de 3.200 travailleurs. C'est une nécessité car, d'ici 2030, plus de 300.000 travailleurs devront être requalifiés pour répondre aux nouvelles exigences de l'industrie 4.0. Nos formations sont d'ailleurs revues chaque année, afin de coller au mieux aux besoins des entreprises. Nous avons ainsi initié récemment des formations de data analyst pour le marketing ou de développeur en lien avec l'intelligence artificielle.

Qui se trouve derrière les centres de compétences ?

Il s'agit de structures assez uniques, car elles reposent sur un large partenariat entre les forces vives : fédérations patronales sectorielles (Agoria pour Technofutur), partenaires sociaux, universités et bien entendu le Forem, le tout sous l'impulsion de la Wallonie. Cette pluralité d'acteurs permet d'apporter des réponses adaptées aux besoins de formation. Avec une bonne gestion des compétences dans les entreprises, je suis convaincu qu'il y a un avenir pour l'industrie en Wallonie.