"A la saison des rapports annuels, j'ai toujours eu pitié de mon facteur, raconte Guy Sips, directeur research chez KBC Securities. J'étais abonné à tous ces rapports. Et il devait vraiment être soulagé après être passé chez moi, avec un sac du coup deux fois moins lourd. "
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"A la saison des rapports annuels, j'ai toujours eu pitié de mon facteur, raconte Guy Sips, directeur research chez KBC Securities. J'étais abonné à tous ces rapports. Et il devait vraiment être soulagé après être passé chez moi, avec un sac du coup deux fois moins lourd. " Toutes les sociétés cotées vont à nouveau publier ce printemps leur rapport annuel, des centaines de pages souvent, avec toutes les informations possibles sur leurs activités. Ces rapports ont, ces derniers temps, quelque peu perdu de leur importance. Avec Internet, les informations nous arrivent bien plus vite et de sources plus nombreuses. " La plupart des rapports annuels ne paraissent qu'en avril ou en mai. Les résultats d'une entreprise sont alors connus depuis longtemps ", explique Gert De Mesure, analyste financier indépendant.Pour certaines entreprises, le rapport annuel est comme un exercice imposé. " On le remarque à la qualité de l'ouvrage, fait remarquer Guy Sips. On n'y trouve que les informations requises par l'autorité de surveillance et les réviseurs. " Mais, ajoute-t-il, elles sont plus nombreuses à encore y consacrer pas mal de temps et d'efforts : " Elles y attachent de l'importance comme s'il s'agissait d'une carte de visite ". Même à l'ère d'Internet, le rapport annuel (éventuellement en format numérique) reste l'un des principaux vecteurs de communication entre une entreprise et ses actionnaires. Gert De Mesure et Guy Sips, analystes chevronnés, passent en revue les informations qu'il est intéressant d'extraire de ces opus parfois volumineux. Selon Gert De Mesure, la lecture d'un rapport annuel doit conduire à une évaluation de l'avenir. " Mais pour ça, il faut d'abord savoir ce qui s'est passé hier et avant-hier. " Les rapports annuels donnent une bonne idée de l'évolution suivie par une société. " De nombreuses entreprises donnent un aperçu de leurs chiffres sur le long terme, indique Guy Sips. Le holding GBL, par exemple, présente un historique des 20 dernières années. Sur une page, on a le résumé de deux décennies en chiffres. " Le rapport annuel est une clé permettant de mieux cerner l'entreprise. Gert De Mesure prend l'exemple de Miko, que l'on connaît comme producteur de café mais qui fabrique aussi des emballages en plastique. " Le rapport annuel est une excellente base pour se former une image de l'entreprise. Mais ce n'est que la première étape d'un processus où on pourra aussi examiner, entre autres, les présentations destinées aux analystes sur le site web de l'entreprise. " Guy Sips conseille également de considérer la mission statement, brève description de ce que l'entreprise estime être sa mission dans notre monde. " Une entreprise doit pouvoir expliquer ce qu'elle fait en une page et dans un langage compréhensible. Je pense que c'est important. Si elle n'y arrive pas, il y a quelque chose qui cloche avec son modèle économique. " Dans le rapport annuel, l'entreprise donne en outre une explication détaillée de ses perspectives. " Il ne faut pas attendre les mois d'octobre ou de novembre pour les consulter. Les choses peuvent alors se présenter d'une manière très différente ", nuance Gert De Mesure tout en signalant qu'il est possible de repérer bien d'autres indications concernant le futur. " Si on voit, par exemple, que l'entreprise se met à accumuler des liquidités, elle ne sait peut-être pas dans quoi investir ou elle envisage un rachat d'actions. Ce sont tous des d'éléments qui permettent d'éclairer l'avenir. " Les entreprises précisent aussi dans leurs perspectives la politique qu'elles entendent mener. Ainsi, la direction peut annoncer l'intention de distribuer un certain pourcentage du bénéfice aux actionnaires. " Cette politique de dividendes est une orientation importante pour les investisseurs ", note Guy Sips. Le rapport annuel donne un aperçu détaillé des risques auxquels l'entreprise pense être exposée. " C'est intéressant à lire, même s'il s'agit souvent de longues pages un peu déprimantes, prévient Gert De Mesure. Si on lit, par exemple, tous les risques d'une société immobilière réglementée (SIR), on peut se demander s'il ne vaut pas mieux laisser son argent sur un compte d'épargne. " Pour Guy Sips, il importe que l'entreprise communique de manière ouverte : " C'est la règle d'or d'un rapport annuel ". Il salue, à titre d'exemple, ce que fait Melexis. Le producteur de puces électroniques indique clairement ce qu'une augmentation du dollar signifie pour le profit. " Ça ne sert à rien de l'occulter. L'évolution des taux de change est parfois positive, parfois négative. Un investisseur peut l'accepter. Mais si l'information est noyée dans, disons, la note de bas de page 13.2, c'est comme si on essayait de la dissimuler. " Le diable, bien souvent, se cache dans les détails. Et cela vaut certainement pour les investisseurs. " Un rapport annuel peut vieillir très vite, certes, mais il est bon que les entreprises soient tenues de communiquer de manière approfondie une fois par an, estime Gert De Mesure. Cela permet d'examiner certains détails, par exemple dans quelle devise et à quelles conditions les dettes en cours sont contractées. " Il peut être intéressant de se plonger dans les chiffres secteur par secteur, ou pays par pays. Evidemment, une entreprise ne va pas révéler de secrets commerciaux. " Lotus, par exemple, donne des informations par pays, alors que les chiffres par produit seraient plus utiles pour l'investisseur, indique Guy Sips. Mais le rapport est aussi lu par la concurrence. Je le comprends bien. Il y a des informations que les entreprises n'ont pas toujours envie de livrer. " Le rapport annuel fait état de tous les changements concernant le management et la gestion. Il s'agit donc de l'instrument par excellence pour surveiller les organes de gestion. " La qualité du management est certes importante, mais néanmoins difficile à évaluer pour un investisseur particulier ", note Gert De Mesure. Selon Guy Sips, il est normal de se pencher sur la rémunération des dirigeants. " Il ne s'agit pas de voyeurisme. Je pense juste qu'il est important de s'assurer que tout le monde tire dans la même direction. On peut notamment vérifier si le management est rémunéré en fonction d'indicateurs pertinents, qui sont également dans l'intérêt des actionnaires. Je regarde donc si les incentives me paraissent corrects, et pas nécessairement les montants absolus. "