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Didier Puttemans aime travailler le bois. Pendant 27 ans, il l'a fait avec des personnes handicapées dans un centre d'accueil spécialisé. " J'y étais arrivé pour faire mon service civil, je croyais y rester seulement un an et demi ", sourit-il. Le job est enthousiasmant mais aussi très prenant. Au point que Didier Puttemans glisse vers le burn-out et finit par perdre son emploi.Comment rebondir ? Les portes ne s'ouvrent pas pour un ébéniste de 50 ans, sans expérience des machines à commandes numériques, ni même de la vie en atelier. Mais il y avait ce petit plus, cette formation de luthier que ce passionné de guitare avait suivi le samedi pendant... 17 ans. " J'avais toujours rêvé de fabriquer mes propres guitares, c'était peut-être le moment d'y aller ", dit Didier Puttemans.Avec l'aide du service régional 1819 et de la coopérative d'activités Backstage (Schaerbeek), il échafaude lentement son projet. " Je n'avais pas spécialement de fibre entrepreneuriale ou commerciale, explique-t-il. Je n'avais par exemple jamais entendu parler de business plan. Une sorte de transformation mentale doit s'opérer. Aujourd'hui, être indépendant, ça me plaît. " Lui qui connaissait à peine les ordinateurs, le voilà maintenant occupé à la construction d'un site internet et à la préparation de flyers promotionnels.Les discussions avec les structures d'accompagnement l'ont aidé à calibrer ses ambitions. Des magnifiques guitares artisanales, il en vendra quelques-unes (2.000 à 5.000 euros l'instrument en moyenne, on n'achète pas cela tous les jours). Pour vivre de son activité, il doit compléter avec la réparation et l'entretien de guitares, basses, mandolines et autres ukulélés. Il a pris des contacts en ce sens avec des écoles de musique bruxelloises. " Je dois garder du temps pour fabriquer mes guitares, c'est cela mon but, conclut Didier Puttemans. Je suis convaincu qu'à côté des instruments d'usine, il existe une place pour les artisans sérieux. Il y a moyen de s'affirmer en misant sur la qualité. ""C e n'est pas à 57 ans que j'allais commencer à aller travailler avec des pieds de plomb. " Quand sa fonction a disparu de l'organigramme, que les reclassements ne l'enthousiasmaient guère et qu'en plus l'entreprise offrait un package de départ aux 55+, Gisèle Maréchal a décidé de clore le chapitre Solvay où elle avait passé 25 ans. " Un package de départ, ce n'est pas un cadeau, insiste-t-elle. Etre lâchée quand on est encore en pleine possession de ses moyens, c'est dur. Il faut pouvoir trouver son utilité dans la société pour rebondir, pour que ce départ devienne réellement une opportunité. "Elle a laissé mûrir sa réflexion pendant une petite année. Gisèle Maréchal avait déjà changé de fonction au cours de sa carrière. Docteur en chimie, elle avait logiquement travaillé dans les laboratoires de Solvay avant de devenir responsable du changement au sein de l'entreprise. " Cela me tenait à coeur de faire partager le bout de chemin que j'avais fait ", confie-t-elle. Elle sera donc coach et accompagnera la reconversion des autres." Une question inattendue est alors survenue, poursuit-elle. Quand on a travaillé en équipe pendant 30 ans, est-il opportun de se lancer seule ? ". Via Azimut, elle découvre le co-entrepreneuriat et en fera sa nouvelle vocation. Gisèle Maréchal est parmi les co-créateurs de 4T Agency, une structure d'accompagnement du changement en entreprise, en particulier avec la digitalisation. " Plusieurs personnes qui sont passées par les services de notre agence ont ensuite co-créé leur entreprise ", se réjouit celle qui se définit désormais comme " alchimiste d'entreprise ". Co-entreprendre avec des plus jeunes lui a permis entre autres de ralentir un peu le rythme - ce qu'elle visait à l'approche de la soixantaine - tout en restant bien active et utile. " Je postule de temps en temps pour m'amuser, conclut-elle en souriant. Chaque fois, on me trouve 'trop senior' ou 'trop compétente'... "A croire que l'expression " concours de circonstances " a été inventée pour lui. L'élément déclencheur n'est pas joyeux : la restructuration de Caterpillar (2013) place André David, ingénieur mécanicien et 31 ans de boutique (y compris dans des postes d'encadrement à l'étranger), sur la touche. " Je n'allais pas rester chez moi à attendre jusqu'à mes 65 ans ! ", lâche celui qui avait alors 59 ans. Il est prêt à bifurquer. Mais pour aller où ?Le début de réponse viendra de l'invitation d'un ancien collègue reconverti dans le coaching et qui avait besoin, pour une formation, d'élaborer un business plan. " J'avais toujours été passionné par la hauteur, j'avais fait beaucoup de montagnes et d'escalade, raconte André David. Nous avons donc imaginé le lancement d'une société d'élagage. Et je me suis pris au jeu. " C'était la deuxième " circonstance " et le créneau d'activité était trouvé. Il fallait maintenant façonner la structure. Et là, troisième " circonstance " : cet ex-collègue avait parmi ses clients une personne qui développait une activité basée sur la hauteur (installation de points d'ancrage, sécurisation des accès aux toitures, etc.). Les deux hommes se sont associés et ont ouvert un point de vente de matériels spécifiques aux travaux en hauteur. De là, ils ont pris le pari d'effectuer aussi des chantiers eux-mêmes, tout en nouant des partenariats avec des sociétés de cordistes. " Je suis comme un ado un peu fou, sourit André David. Réaliser ce dont on a envie, ça fait un bien fou, ça apporte beaucoup d'apaisement. "Son âge pouvait être un handicap dans le monde de l'entreprise. Là, il est plutôt perçu par le client comme un gage de confiance. " J'ai beaucoup appris chez Caterpillar mais, là, je suis heureux de travailler à mon compte et de pouvoir mettre en avant des valeurs plus humaines, dit-il. Les remerciements des gens chez qui vous intervenez, ça, c'est quelque chose. J'ai opté pour un métier qui n'avait rien à voir avec mon passé professionnel. Tant que ça va physiquement, je poursuivrai pour essayer de faire grandir la société. ""Depuis toujours, ça me travaillait de m'installer comme indépendante. " Le chemin fut cependant long pour Fatima El Ghemary. Elle a travaillé pendant 19 ans comme sage-femme dans des hôpitaux liégeois et a même occupé une fonction de cheffe de service, avant de voir la porte du salariat se refermer. Impossible pour elle d'obtenir un aménagement d'horaire pour raisons familiales et les employeurs ne se bousculaient pas pour engager une femme de plus de 40 ans...Fatima El Ghemary aurait pu sombrer. Elle a heureusement pu rebondir avec des formations et l'accompagnement de Job'in, grâce auquel elle vient de se lancer, à 52 ans, comme sage-femme indépendante. " Je suis heureuse d'être à mon compte, dit-elle. Je fais plus qu'un temps plein mais je peux organiser mes tournées de soins en fonction de ma vie de famille. " Elle ne fait pas d'accouchement à domicile mais " accompagne " les mamans avant et après. " Je vois les gens chez eux, dans leur environnement, je peux vraiment donner des conseils adaptés, conclut Fatima El Ghemary. Je ne travaille plus en uniforme, je ne suis plus en blanc. Ça crée une toute autre relation avec les mamans. "En mars 2016, c'est " la douche froide " : Bénédicte Bollein est licenciée de Kiprint-Mouscron (photocopies, entretien et matériel), où elle officiait depuis huit ans. " Je me suis sentie fortement blessée par cette décision, raconte-t-elle. J'ai dû prester neuf mois de préavis. Vraiment, cette période ne fut amusante pour personne. "Neuf mois, c'est une durée symbolique. En l'occurrence, celle de la gestation du projet professionnel de Bénédicte. A l'issue de son préavis, elle sait très bien ce qu'elle veut faire. Dès son premier jour d'inscription au chômage, elle se rend à l'UCM pour se renseigner sur l'accompagnement des indépendants, le statut Tremplin, etc. " Je savais où j'allais : je voulais ouvrir une boutique d'informatique ou de copie, explique-t-elle. Je connaissais les fournisseurs puisque je m'occupais des commandes et des factures chez Kiprint. "Très vite, son projet arrive aux oreilles de son ancien patron, qui possède les Kiprint de Mouscron, Tournai et Bruxelles. Une procédure de cession du magasin de Tournai se met en route, avec le concours de la Sowacess (organisme wallon dédié à la transmission d'entreprises). Cela prendra quelque temps, notamment pour trouver les financements, mais depuis le 7 février de cette année - soit quasiment deux ans après son licenciement - Bénédicte Bollein est officiellement seule maître à bord. " Ça démarre sur les chapeaux de roue ", se réjouit-elle. Elle assure même le service pour les clients bruxellois depuis son établissement tournaisien, avec le concours de son précieux technicien Cyril, dont l'emploi a été préservé grâce à elle.Pendant les quelques mois de négociation pour la reprise, Bénédicte Bollein - qui décidément anticipe bien les choses - a suivi des formations en commerce et en gestion, dispensées par le Forem. " Heureusement que j'ai eu ces remises à niveau ", glisse-t-elle. Cerise sur le gâteau : ces formations ouvraient la porte à deux mois de stage en entreprise, effectuées évidemment chez Kiprint, juste avant la reprise."Quand vous avez 35 ans de carrière, que vous avez parcouru 1,5 million de kilomètres pour aller travailler chaque jour et qu'on vous dit qu'on n'a plus besoin de vous, simplement parce que vous avez plus de 55 ans, c'est difficile à encaisser. " Alain Huart, ingénieur en informatique, a heureusement vite dépassé le stade de la rancoeur. Axa offrait un généreux plan de départ (avec le concours fiscal de l'Etat...), qui lui permet aujourd'hui, à 58 ans, de rebondir comme consultant en informatique. " Je ne suis pas un as du bricolage ou du jardinage, je n'allais pas me contenter de passer mes journées à la maison, dit-il. Ce que j'aime et ce que je sais faire, c'est l'informatique. "Pas de réorientation sectorielle donc, mais un changement d'échelle et de rythme. Au lieu des grands projets informatiques du groupe Axa, ce sera des interventions ponctuelles dans des PME du Tournaisis (ne lui parlez plus de navettes ! ). Dès la restructuration annoncée, Alain Huart a préparé le terrain en devenant indépendant complémentaire pendant ses derniers mois chez Axa. Administrativement, tout était donc en ordre lors du basculement en ce début avril. " Je vise les missions de quelques jours, si possible chez des gens que j'apprécie, explique-t-il. Les petites entreprises se plaignent souvent des services informatiques, je peux les aider dans des mises à jour, une optimalisation de leurs machines ou la sauvegarde sécurisée de leurs données. "S'installer à son compte, il y avait déjà pensé il y a une vingtaine d'années, en pleine bulle informatique. " Je n'ai pas sauté le pas et je pense que j'ai eu raison, dit-il. Ici, c'est différent : on ne m'a pas demandé mon avis. J'ai décidé de prendre cela comme une occasion de faire autre chose. " Il apprécie déjà le fait de n'avoir de compte à rendre à personne si ce n'est au client. " Mon truc, c'est de voir les gens, conclut Alain Huart. Voir la satisfaction dans leurs yeux après une intervention, ça c'est chouette. Dans un grand groupe, plus impersonnel, vous n'avez pas cette reconnaissance directe. "A la sortie de l'Ihecs, Dominique Baudoux est directement entrée chez ING (BBL à l'époque). Pendant 30 ans, elle a contribué à la réalisation de vidéos pour la banque. Et puis est arrivé ce plan de départ pour les plus de 55 ans, qui permet de quitter l'entreprise en conservant 70 % de son salaire net jusqu'à l'âge de la pension. " Une grande société, c'est une cage un peu dorée. Ce plan résonnait comme un appel à déployer mes propres ailes et à découvrir de nouveaux horizons, explique-t-elle. Mais cela fait un peu peur. "Dominique a pris le temps de la réflexion. Le temps de comprendre qu'elle commençait à tourner en rond dans son ancien job, qu'elle avait envie de renouer avec la réalisation au lieu de consacrer l'essentiel de son temps à chercher des partenariats. Mais créer sa propre boîte à 56 ans pour pouvoir mieux exercer sa créativité, n'est-ce pas un peu fou ? " Je ne voulais pas rester inactive, c'était maintenant ou jamais ", répond-elle. Ses enfants et son entourage appuient dans le même sens et ainsi naquit la société de production de vidéos A Little Story. Son premier client fut un spécialiste du thé, " une expérience très passionnante, j'ai appris plein de choses ". Après, des communes, un responsable du " bonheur au travail " et même un funérarium ont suivi. " Je suis très enthousiaste même si je ne dors pas bien toutes les nuits, déclare Dominique Baudoux. Je crois qu'il y a des gens qui cherchent autre chose que les grosses productions, qui veulent des vidéos avec un peu de message dedans. " Elle songe aussi bien aux start-up qu'au secteur social ou humanitaire. Un peu le contrepied du secteur financier dans lequel elle a travaillé durant 30 ans. " S'il y a un plan de départ correct et qu'on ne se sent plus complètement épanoui dans son job, c'est vraiment une expérience que je conseille à chacun ", conclut Dominique Baudoux.