L'info nous est parvenue par hasard. Un ami, producteur de vins, nous confie avoir été épaté par un nouveau concept que la fondatrice est venue lui présenter dans l'espoir d'y associer ses vins. Quelques semaines plus tard, nous voici attablés à la Winery Boitsfort face à trois jolies boîtes estampillées Vino Vitro et à leur créatrice, Caroline Creyf. Caroline est la fille d'Herman Creyf, le fondateur, en 1963, de la société d'intérim éponyme.
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L'info nous est parvenue par hasard. Un ami, producteur de vins, nous confie avoir été épaté par un nouveau concept que la fondatrice est venue lui présenter dans l'espoir d'y associer ses vins. Quelques semaines plus tard, nous voici attablés à la Winery Boitsfort face à trois jolies boîtes estampillées Vino Vitro et à leur créatrice, Caroline Creyf. Caroline est la fille d'Herman Creyf, le fondateur, en 1963, de la société d'intérim éponyme. " Mon papa a vendu Creyf's Interim en 1992, raconte-t-elle. J'avais 12 ans. Mais il avait gardé des activités d'intérim en Espagne sous le nom d'Agio. Après avoir imaginé un concept de repas diététiques appelé Silhouette Chefs, j'ai rejoint, à la demande de mon père, le holding familial et Agio. J'en étais d'ailleurs encore un des managing directors en février. Mais franchement, l'intérim, ce n'est pas mon truc. J'ai aimé travailler dans le secteur et j'y ai beaucoup appris mais j'aspirais à autre chose. J'ai toujours apprécié le vin. J'ai même suivi les formations du Wine & Spirit Education Trust, plus connu sous le nom WSET. C'est une véritable passion. Je ne me voyais pas racheter un château, je ne suis pas une vigneronne dans l'âme. Moi, j'ai l'entrepreneuriat dans le sang et j'aime monter une société et la voir grandir. Nous y sommes... " Le concept de Vino Vitro est simple. Il consiste en trois abonnements : Discovery, Connaisseur et Bacchus pour un prix variant entre 38 et 109 euros mensuels. Comme le nom et le prix l'indiquent, la qualité des vins proposés grandit avec le type d'abonnement. Et pour satisfaire tous les goûts, chaque abonnement se décline en trois versions : rouge, blanc ou mix. Chaque mois, l'abonné recevra une jolie boîte en imitation bois contenant trois éprouvettes de 10 cl de vin. " L'idée m'est venue quand j'étais célibataire à Londres, confie Caroline Creyf. Je commandais de chouettes plats en livraison mais que boire avec cela ? Une bière ? Un coca ? Car franchement, quel célibataire va se déboucher une bonne bouteille de vin tout seul ? Il y a toujours la solution d'acheter un vin pas cher pour ne pas se sentir coupable si on ne finit pas la bouteille... En outre, en semaine, quels sont les couples qui vont ouvrir et finir une bonne bouteille ? Ensuite, si monsieur préfère le rouge et madame le blanc, c'est encore plus compliqué. Vino Vitro résout le problème. " Si l'abonné aime les éprouvettes reçues, il peut, avec une réduction, en recommander via le site par lots de six. Il peut aussi choisir de se faire livrer le vin choisi en bouteille. Vino Vitro a aussi vocation de faire découvrir des vins ou des appellations moins connues. " Chaque éprouvette est accompagnée d'une note de dégustation, poursuit Caroline Creyf. Elle explique l'origine du vin, les accords mets-vins conseillés, des infos originales sur le vigneron ou l'appellation ainsi que l'avis d'un sommelier connu. Vino Vitro permet de goûter des bons vins, de faire des découvertes et de s'offrir un bon verre quand on en a envie. Même si l'on est seul. J'aime beaucoup cet aspect éducatif. Car d'une façon simple, les gens vont élargir leur palette de goûts et découvrir les vins qu'ils aiment vraiment et qu'ils n'auraient sans doute jamais osé acheter chez un caviste ou une grande surface. " Evidemment, pour que le concept fonctionne, il est crucial que le vin contenu dans les éprouvettes soit à niveau. D'abord sur un plan technique. Ici, les éprouvettes sont dépourvues d'air et obturées par une capsule à vis. " J'ai fait appel à une société spécialisée dans l'embouteillage et le capsulage, confie Caroline Creyf. Elle a imaginé une machine spécialement pour moi. L'un dans l'autre, il a fallu plus de deux ans pour arriver au système définitif. Sans trop entrer dans les détails techniques, nous enlevons le vin des bouteilles dans une espèce de chambre inerte et nous remplissons les éprouvettes. Elles sont donc totalement dépourvues d'air. Le vin n'y évolue donc plus. Cette machine préserve toutes les qualités gustatives et aromatiques des vins. Simplement, comme tout se fait dans un environnement de gaz inerte, je conseille d'attendre cinq minutes après l'ouverture de l'éprouvette avant de déguster le vin. Histoire qu'il respire un peu. Comme il y a un peu de perte dans les tuyaux de la machine, je parviens à remplir sept éprouvettes avec une bouteille. Cette perte sera évidemment moins importante quand nous serons en vitesse de croisière et que les volumes seront plus importants. " Les vins doivent être à niveau, disions-nous. La qualité des crus choisis doit être irréprochable. En outre, ils doivent être bons à boire puisqu'ils n'évoluent plus dans l'éprouvette. Et à écouter Caroline Creyf qui a étudié à Londres avec Edouard Moueix (Château Trotanoy, La Fleur-Pétrus, etc.) et qui est mariée avec une personne bien connue dans le monde bordelais du vin, ce ne devrait pas être un vrai problème... " L'aspect compliqué du business, c'est de trouver les vins qu'il faut. C'est la condition sine qua non pour que les abonnés soient contents et pour en attirer d'autres via le bouche-à-oreille ou les réseaux sociaux. En octobre, le coffret Connaisseur contiendra le Millecento, un remarquable brunello di montalcino de Castiglion del Bosco. La bouteille doit valoir environ 150 euros. L'abonnement Bacchus comportera des vins exceptionnels comme la Conseillante, les vins chiliens de Montes Alfa dont l'incroyable Purple Angel. Je suis aussi en discussion avec Mouton Rothschild. Et plein d'autres. Je me suis rendue à Vinexpo (le grand salon des vins qui se tient tous les deux ans à Bordeaux, Ndlr) et les choses se présentent très bien. Les Anglo-Saxons, comme les Argentins et les Chiliens, ont rapidement été séduits. Il faut dire que pour eux, la capsule à vis n'est pas un problème. Les Français ont été plus lents à la détente. A présent que les choses évoluent bien et que de nombreuses maisons ont marqué leur intérêt pour mon initiative, les professionnels viennent spontanément me voir. Demain, je reçois d'ailleurs un grand nom de Bourgogne... " Le site vinovitro.com est actif depuis quelques jours. La livraison s'effectue au départ d'un entrepôt situé en Belgique. Caroline Creyf croit beaucoup dans les potentialités des marchés néerlandais, britannique et belge. Elle sait que la France, qui boit peu de vin étranger, sera plus difficile à conquérir. En cas de réussite, elle envisage d'installer une deuxième machine et un entrepôt aux Etats-Unis. Par Xavier Beghin.