Vincent Stéphenne avait juré qu'il ne travaillerait jamais avec son père. Il a fait ce serment après une journée portes ouvertes à l'université de Gembloux, où il voulait entamer des études de bio-ingénieur. A peine avait-il donné son nom de famille qu'il était assailli des questions sur son père Jean Stéphenne, une légende vivante du monde de l'entreprise wallon. Voulant échapper à cette agitation, Vincent a opté pour des études d'ingénieur civil en sciences des matériaux. Mais après cinq ans chez Total Petrochemicals, il rejoint néanmoins l'entreprise pharmaceutique Baxter à Nivelles.
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Vincent Stéphenne avait juré qu'il ne travaillerait jamais avec son père. Il a fait ce serment après une journée portes ouvertes à l'université de Gembloux, où il voulait entamer des études de bio-ingénieur. A peine avait-il donné son nom de famille qu'il était assailli des questions sur son père Jean Stéphenne, une légende vivante du monde de l'entreprise wallon. Voulant échapper à cette agitation, Vincent a opté pour des études d'ingénieur civil en sciences des matériaux. Mais après cinq ans chez Total Petrochemicals, il rejoint néanmoins l'entreprise pharmaceutique Baxter à Nivelles. Huit ans se sont écoulés quand son père et une poignée d'amis (dont Jacques Reymann, l'ancien patron de Fabricom) rachètent une partie des actifs de Propharex - une entreprise pharmaceutique jadis cotée en Bourse, mais aujourd'hui en faillite - avec l'appui du fonds public wallon Sambrinvest. BePharBel Manufacturing était né, et les initiateurs du projet en proposent la direction à Vincent. "C'est la vie. On vieillit et on réfléchit autrement, se rappelle le CEO de 45 ans. Je suis le seul de ses enfants à avoir juré que je ne travaillerais jamais avec lui, et je suis le seul à le faire." "Mais bon... Nous n'avons pas besoin de beaucoup nous parler pour nous comprendre, sourit Vincent Stéphenne. Il me donne parfois un conseil mais il est heureusement très occupé ailleurs." Il est vrai que Jean Stéphenne a déjà beaucoup à faire avec la présidence de l'entreprise biotechnologique allemande CureVac, un des principaux acteurs dans la course pour le développement d'un vaccin contre le Covid-19. Vincent Stéphenne préfère donc demander conseil à d'autres actionnaires et membres du conseil d'administration, comme Bernard Jolly (aussi président du promoteur immobilier Compagnie Het Zoute) et Yves Noël. "Leur carnet d'adresses impressionnant nous permet parfois d'accélérer des projets", explique Vincent Stéphenne. Bernard Jolly et Yves Noël font partie d'un réseau d'investisseurs réputés et expérimentés qui lancent et ancrent des projets industriels en Wallonie avec l'aide de fonds d'investissement régionaux comme Sambrinvest. "Un projet pharmaceutique a beaucoup de sens dans nos contrées, assure Vincent Stéphenne. La présence de grandes structures comme GSK, UCB et Janssen, associée à l'expertise des labos universitaires, crée un terrain propice." L'acquisition de Propharex, qui a également permis à BePharBel de s'établir à Courcelles, près de Charleroi a été suivie en 2014 par celle d'Erfa Pharm en 2014, qui produit plusieurs médicaments, comme le baume pour les yeux Aureomycin et d'autres produits de pharmacie. Mais Erfa avait son site de production dans le coeur de Bruxelles, avec tous les problèmes logistiques que cela impliquait. Vincent Stéphenne a donc décidé de transférer les activités à Courcelles. "Un exercice intense", commente-t-il. L'intégration est terminée depuis fin 2018, même si elle a beaucoup pesé sur les résultats. BePharBel a essuyé une perte d'environ 2 millions d'euros en 2017, 2018 et 2019. "Sur le plan opérationnel, nous sommes rentables depuis des années, mais ce n'était pas le cas des entreprises que nous avions rachetées", commente Stéphenne. BePharBel a également investi plus de 20 millions d'euros dans le site de Courcelles, où elle a récemment acquis un bâtiment voisin. Les produits trop peu rentables ont été supprimés de l'assortiment. Via Propharex, BePharBel avait par exemple mis la main le Trimalarex, un médicament contre la malaria. Sa production a été rapidement arrêtée après l'acquisition. Aujourd'hui, BePharBel produit quelque 40 produits pharmaceutiques et en distribue une dizaine. Mais l'entreprise est surtout active comme CDMO ( contract development and manufacturing organization) : elle fournit des services de développement de médicaments à d'autres entreprises. Même si, contrairement à de nombreux concurrents, elle a également son propre site de production. Les activités CDMO, qui représentent 55% du chiffre d'affaires (12 millions d'euros en 2019), sont également le moteur de la croissance de l'entreprise. Elles ont valu à BePharBel le titre de Gazelle pour le Hainaut en 2019. BePharBel, qui compte près de 80 salariés, est également de plus en plus active dans la reformulation d'anciens médicaments. Elle a notamment un brevet pour transformer des pilules en sirop tout en en conservant les propriétés médicales. "Un sirop présente de nombreux avantages, surtout pour les personnes âgées, remarque Vincent Stéphenne. La recherche d'une forme d'administration optimale pour les médicaments, c'est également la spécialité de Stijn Van Rompay avec son entreprise Hyloris. Nous voyons de nombreuses similitudes, nous avons la même vision et la même approche. On part d'une molécule connue et on utilise la technologie pour développer une forme qui convient mieux à l'époque actuelle. Nous avons d'ailleurs déjà eu des contacts indirects. Collaborer ? Pourquoi pas ?" Selon Vincent Stéphenne, il n'y a aucun risque que BePharBel tombe en d'autres mains. "Les actionnaires veulent vraiment en faire un projet viable à long terme. Ils ne l'ont pas lancé pour vendre après quelques années, ils veulent garantir l'ancrage local", explique le père de trois filles. A partir de Courcelles, Vincent Stéphenne veut faire de BePharBel un CDMO d'envergure européenne. Ses clients, dont plusieurs multinationales pharmaceutiques, se trouvent principalement en Europe, mais aussi au Canada. Un plan stratégique sur cinq ans est au point, mais il reste secret. "L'intervention des actionnaires dans le capital y figure clairement", se borne-t-il à révéler. Une levée de fonds via une entrée en Bourse, comme Hyloris l'a fait avec succès cet été, n'est pas à l'ordre du jour actuellement. "Mais il ne faut jamais dire jamais", conclut Stéphenne.