Un champion est né le dimanche 15 janvier, quand a été signée la fusion entre Essilor et Luxottica. Le nouveau groupe, baptisé EssilorLuxottica, sera le numéro un mondial de l'optique, avec 15 milliards d'euros de chiffre d'affaires (et 15 % du marché) et 140.000 salariés. Jusqu'ici le secteur était fort calme, mais l'ambiance est en train de changer, avec l'arrivée des lunettes connectées. Le lancement des Google Glass a montré que les lunettes pouvaient se réinventer, que d'autres acteurs arrivent. Par ailleurs, le marché des lunettes traditionnelles est é...

Un champion est né le dimanche 15 janvier, quand a été signée la fusion entre Essilor et Luxottica. Le nouveau groupe, baptisé EssilorLuxottica, sera le numéro un mondial de l'optique, avec 15 milliards d'euros de chiffre d'affaires (et 15 % du marché) et 140.000 salariés. Jusqu'ici le secteur était fort calme, mais l'ambiance est en train de changer, avec l'arrivée des lunettes connectées. Le lancement des Google Glass a montré que les lunettes pouvaient se réinventer, que d'autres acteurs arrivent. Par ailleurs, le marché des lunettes traditionnelles est énorme. Dans le monde, il n'y a guère que la moitié des personnes ayant besoin d'une correction de la vision qui sont équipées. La montée des revenus dans les marchés émergents, en Asie surtout, offre une perspective de croissance. Essilor et Luxottica estiment mieux y parvenir ensemble. Ils possèdent respectivement les marque Varilux pour le premier, et Ray-Ban, Oakley, Persol pour le second, qui produit aussi sous licence des lunettes Chanel, Prada ou Bulgari. La logique stratégique semble sourire aux marchés, car les cours des deux entreprises ont augmenté à l'annonce de l'accord. La valeur en Bourse de ce potentiel Google européen de l'optique pourrait atteindre les 50 milliards d'euros. Plusieurs obstacles se dressent néanmoins. Il y a ceux, bien connus, des accords à décrocher auprès des autorités des marchés financiers et de la concurrence. Pour EssilorLuxottica, il y aura aussi celui de la gouvernance. Le groupe sera piloté en tandem par Leonardo Del Vecchio, 81 ans, patron de Luxottica, comme PDG, et celui d'Essilor, Hubert Sagnières, 60 ans, vice-PDG, que le communiqué de la fusion présente comme partageant exactement " les mêmes pouvoirs ". Or c'est l'Italien qui sera de loin le premier actionnaire d'EssilorLuxottica, avec au moins 31 % des parts, contre 4 % pour le deuxième porteur, constitué par le personnel d'Essilor. Sur le papier, c'est Essilor qui rachète Luxottica à travers un mécanisme d'échange d'actions, mais c'est le fondateur de Luxottica qui est potentiellement dominant dans l'accord. Or, il a inquiété les investisseurs, chez Luxottica, car il ne semblait pas vouloir prendre de la distance avec son " bébé " et organiser sa succession. Depuis 2014, trois bras droits ont claqué la porte. Le pilotage en tandem pourrait s'avérer délicat. Si tout va bien, la fusion va permettre de régler les soucis respectifs de Luxottica et Essilor : la question de la succession pour la première, et l'essoufflement du marché américain pour la seconde. Le mariage des verres et des montures pourrait créer une nouvelle dynamique, ouvrant la voie à une préparation plus rapide de lunettes, en 24 heures pour les particuliers, dans un domaine où les métiers des verres et des montures sont traditionnellement bien séparés.