Le transporteur souffre particulièrement de la crise, qui lui a fait perdre plus de 90% de son trafic. Il n'assure guère qu'une liaison quotidienne entre Amsterdam, Bruxelles et Londres (idem entre Paris et Londres). Les immenses rames de 900 places sont quasi toutes à l'arrêt. Sa situation est compliquée par l'actionnariat d'Eurostar. Elle est une société de droit britannique dont l'actionnaire de contrôle, à 55%, est la SNCF, entreprise publique française. Les autres actionnaires sont la SNCB (5%) et Patina (40%), cons...

Le transporteur souffre particulièrement de la crise, qui lui a fait perdre plus de 90% de son trafic. Il n'assure guère qu'une liaison quotidienne entre Amsterdam, Bruxelles et Londres (idem entre Paris et Londres). Les immenses rames de 900 places sont quasi toutes à l'arrêt. Sa situation est compliquée par l'actionnariat d'Eurostar. Elle est une société de droit britannique dont l'actionnaire de contrôle, à 55%, est la SNCF, entreprise publique française. Les autres actionnaires sont la SNCB (5%) et Patina (40%), constituée de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) et d'Hermes Infrastructure. Patina avait racheté en 2015 une participation détenue par l'Etat britannique.Le gouvernement britannique examine le dossier, mais l'affaire risque de devenir une question politique entre la France et le Royaume-Uni. Un éditorial du Financial Times estime que le gouvernement britannique n'a pas à secourir cette entreprise. "Tout comme il ne l'a pas fait pour la compagnie aérienne régionale Flybe, qui est tombée en faillite." Ajoutant : "Il serait excentrique pour les contribuables britanniques de renforcer les fonds propres que leurs homologues français détiennent dans Eurostar via la compagnie ferroviaire nationale française".Saine avant l'arrivée du virusLa comparaison avec Flybe est imparfaite. La compagnie était en difficulté avant la pandémie. Au contraire d'Eurostar, dont les ennuis proviennent uniquement du Covid et des restrictions de voyage imposées par les Etats, aggravée récemment par le développement du variant britannique du virus. En 2019, l'opérateur ferroviaire a transporté plus de 11 millions de passagers, réalisé un chiffre d'affaires de 1,138 milliard d'euros et dégagé un bénéfice net de 62,6 millions d'euros. Les actionnaires ont prêté 200 millions d'euros à Eurostar pour tenir pendant la pandémie, mais la somme ne suffirait pas.On voit mal la SNCF abandonner sa filiale, avec ou sans soutien du gouvernement britannique. Elle avait annoncé une fusion d'Eurostar avec Thalys, où la SNCF est également majoritaire, avec l'accord des autres actionnaires, dont la SNCB. Ce rapprochement, baptisé Green Speed, retardé par la pandémie, n'est pas remis en cause. Il pourrait contribuer à réduire les coûts de fonctionnement des deux opérateurs, à mieux exploiter les rames dans l'ère post-Covid et post-Brexit. La conclusion des discussions pourrait intervenir cette année.µLe gouvernement britannique examine le dossier, mais l'affaire risque de devenir une question politique entre la France et le Royaume-Uni.