En marche depuis quelques années, la transformation du travail s'est accélérée ces derniers mois avec la pandémie. La flexibilité, l'aplatissement des hiérarchies, le collaboratif, le télétravail, les changements permanents des marchés économiques et la durabilité auront un impact certain sur la manière de diriger une entreprise demain. Ce futur est déjà la réalité dans un certain nombre de nos sociétés, révélait notre dossier de couverture "Meet the New Ceo".

Mais, qu'est-ce qui rend un CEO vraiment inspirant ? On a posé la question à Jean-Charles della Faille, ex-publicitaire désormais conférencier. Il est auteur de l'ouvrage "Tout le monde peut être inspirant" (Editions Dunod) et de la méthode "Vous êtes fantastique."

"Quand vous êtes aligné à votre valeur principale, toutes les autres valeurs vont s'aligner, explique-t-il. Les personnes alignées sur leurs valeurs, peu importe lesquelles, sont généralement des personnes inspirantes. L'erreur est d'incarner des valeurs qu'on ne possède pas. Il n'y a pas de recette. Ce n'est que du bon sens."

Un bon CEO est quelqu'un qui se connaît bien, qui arrive à verbaliser ses valeurs.

Il insiste sur le fait qu'un CEO inspirant doit posséder ses propres valeurs. "Un bon CEO est quelqu'un qui se connaît bien, qui arrive à verbaliser ses valeurs. Un patron qui parle de dépassement de soi et qui est incapable de se dépasser n'est juste pas crédible. Un patron qui parle d'engagement et qui s'absente tous les midis pour aller jouer au golf non plus. Il faut un maximum de cohérence. Et cette cohérence, qu'elle soit positive ou négative, est inspirante." De plus, on ne peut pas tricher. "Les valeurs se prouvent plus qu'elles ne se déclarent".

Authenticité et bienveillance

Un manager bienveillant sera naturellement dans l' "empowerment". "Un bon CEO doit être juste et authentique dans cette bienveillance. C'est une personne qui parle de bienveillance, mais qui agit aussi dans ce sens. Le problème des mauvais chefs d'entreprise est d'être des managers malveillants qui n'assument pas leur malveillance ", estime le consultant.

Jean Charles della Faille cite volontiers la figure de John Goossens, à la tête de Belgacom (maintenant Proximus), de 1995 jusqu'à sa mort en 2002. "Ce type, avait une telle vision, un tel charisme qu'il incarnait vraiment sa boîte, tout un pays même. C'était l'incarnation même de l''empowerment'. Alors que son successeur, Didier Bellens, n'a pas du tout eu le même effet."

L'ex-publicitaire évoque aussi Elon Musk, le patron de Tesla, comme "grand leader", dans un tout autre style. " Sa valeur principale est la disruption. Alors pour inspirer, autant qu'ils s'entourent aussi de personnes qui auront la capacité d'être elles-mêmes disruptives. Ainsi, tout le monde se sentira à sa place."

"Le problème des entreprises est d'afficher des belles valeurs, qui sont du bidon, du pipeau.

Les valeurs ne s'affichent pas sur les murs

La culture d'entreprise joue aussi un grand rôle dans un management inspirant. L'erreur en entreprise est d'énoncer des whishfull thinking, des slogans creux qui ne sont pas respectés. "Le problème est d'afficher des belles valeurs, qui sont du bidon, du pipeau. On se rend compte que ces valeurs ne sont pas respectées au sein de l'entreprise, elles sont inscrites sur les murs, mais ne se concrétisent pas sur le terrain".

"Le succès, rabâché à tout bout de champ, n'est d'ailleurs pas une valeur, c'est un résultat", tient aussi à préciser le conférencier.

Autre valeur fondamentale en tant que manager : l'authenticité. "Faire ce que je dis, dire ce que je fais, c'est primordial. Ces CEO-là ne plaisent pas forcément à tout le monde, mais peuvent inspirer beaucoup de personnes même celles qui ne sont pas d'accord avec leurs idées."

L'empathie est aussi très importante, elle joue sur le moral et la motivation des troupes. "Si on a quelqu'un en face de soi qui ne comprend pas ce que l'employé ressent, c'est très dur".

., Getty Images
. © Getty Images

Explosion de burn-out

La rentrée est traditionnellement la période où l'on observe le plus de démissions, suite au retour des vacances. Double dose cette année : beaucoup d'employés sont d'autant plus en questionnement que la période post-covid a chamboulé l'organisation de leur travail. Face aux nombreuses personnes "désengagées", qui en ont marre de leur boulot et éprouvent une perte de sens, les leaders en entreprises devraient faire "amende honorable", en avouant l'échec du système et en essayant de le changer, estime Jean-Charles della Faille.

"Le gros problème, c'est que l'entreprise tue les gens. Le fait de ne pas être aligné avec ses valeurs et de trop travailler est déjà dangereux, mais si on combine les deux, travailler trop avec une perte de sens complète, c'est le burn-out assuré." Aux personnes activement désengagées - elles seraient de l'ordre de 18% dans le monde de l'entreprise selon une étude Gallup - Jean Charles della Faille est catégorique, le meilleur conseil qu'il peut leur donner est ... "de se casser ". "Ces personnes dont les valeurs sont complètement abîmées et qui sont même prêtes à passer au sabotage sont perdues pour leur entreprise."

"On épuise les ressources humaines"

Pour lui, les organisations n'aident pas assez leurs "ressources" à s'épanouir. Bien au contraire, elles les épuisent. "Le jour où les entreprises réaliseront tous les bénéfices financiers du bonheur au travail, on aura déjà bien avancé, ...", avance-t-il.

Observe-t-il une évolution positive dans le monde du travail actuel ? "On ne peut pas encore généraliser, mais des patrons se rendent compte actuellement de l'impact d'un traitement humain en entreprise, et pas seulement sur leurs chiffres, et ils veulent changer leur façon de faire", avance Jean Charles della Faille.

L'heure est au modèle de management participatif, collaboratif, qui laisse la place à la discussion. Fini donc le chef autoritaire, dans le top down. C'est maintenant à une nouvelle génération de dirigeants de montrer la voie, d'accompagner leurs équipes plus que de leur imposer leurs choix. Un style de leadership qui les rend très inspirants. Pour que cela change, souvent, il faut l'arrivée d'une personne extérieure, il faut rafraîchir les équipes, est d'avis le conférencier. "J'ai des doutes qu'un CEO en place fasse amende honorable et change son comportement du tout au tout. Un CEO qui dit "j'ai merdé", c'est très rare !", déclare-t-il.

4 manières d'inspirer

Jean-Charles della Faille, PG
Jean-Charles della Faille © PG

Dans son ouvrage "Tout le monde peut être inspirant" (Dunod), Jean-Charles della Faille identifie quatre manières d'inspirer :

1. La manière inclusive : le nec plus ultra. Etre inclusif, c'est demander des conseils, assumer ses différences et son originalité, être prêt à sacrifier beaucoup... Ces leaders rallient de nombreuses personnes à leur cause dans un grand objectif commun. Exemples parmi d'autres : Denis Mukwege, Oskar Schindler, Barack Obama, Nelson Mandela.

2. La méthode exclusive, soit l'inverse, comme le font Trump ou Zemmour en divisant pour régner. Ils ramènent tout à eux, sont dans l'apparence et se posent en victimes. Ces leaders ne voient que leur propre intérêt ou celui de leur communauté, avec une malveillance assumée. Leur communauté se construit sur une exclusion d'ennemis communs. Cela ne pose pas de problème puisque, aux yeux de leurs fans, ils symbolisent une forme de toute-puissance. On trouve aussi dans cette catégorie : Jordan Belfort, Elizabeth Holmes ou Adolf Hitler.

3. Les inspirant "à deux visages" : donnent, eux, le sentiment d'être inclusifs, mais sont en fait exclusifs. Steve Jobs est de ceux-là. Ils défendent une cause mais sont prêts à tout pour arriver à leurs objectifs et changent de discours selon leur auditoire. Ils donnent envie de travailler pour eux, mais on se rend vite compte que c'est l'enfer de le faire. A l'image d'une Margaret Thatcher ou d'un Nicolas Sarkozy.

4. Les "pseudo inspirants" : Ce sont de très bons communicants mais surtout d'excellents comédiens, des imposteurs et des girouettes. Ils inspirent avec des valeurs qui ne sont pas les leurs, des valeurs à la mode ou des valeurs clichés de leur domaine d'activité. On retrouve, ici, Emmanuel Macron, ou encore, le cycliste Lance Armstrong.

En marche depuis quelques années, la transformation du travail s'est accélérée ces derniers mois avec la pandémie. La flexibilité, l'aplatissement des hiérarchies, le collaboratif, le télétravail, les changements permanents des marchés économiques et la durabilité auront un impact certain sur la manière de diriger une entreprise demain. Ce futur est déjà la réalité dans un certain nombre de nos sociétés, révélait notre dossier de couverture "Meet the New Ceo". Mais, qu'est-ce qui rend un CEO vraiment inspirant ? On a posé la question à Jean-Charles della Faille, ex-publicitaire désormais conférencier. Il est auteur de l'ouvrage "Tout le monde peut être inspirant" (Editions Dunod) et de la méthode "Vous êtes fantastique." "Quand vous êtes aligné à votre valeur principale, toutes les autres valeurs vont s'aligner, explique-t-il. Les personnes alignées sur leurs valeurs, peu importe lesquelles, sont généralement des personnes inspirantes. L'erreur est d'incarner des valeurs qu'on ne possède pas. Il n'y a pas de recette. Ce n'est que du bon sens." Il insiste sur le fait qu'un CEO inspirant doit posséder ses propres valeurs. "Un bon CEO est quelqu'un qui se connaît bien, qui arrive à verbaliser ses valeurs. Un patron qui parle de dépassement de soi et qui est incapable de se dépasser n'est juste pas crédible. Un patron qui parle d'engagement et qui s'absente tous les midis pour aller jouer au golf non plus. Il faut un maximum de cohérence. Et cette cohérence, qu'elle soit positive ou négative, est inspirante." De plus, on ne peut pas tricher. "Les valeurs se prouvent plus qu'elles ne se déclarent". Un manager bienveillant sera naturellement dans l' "empowerment". "Un bon CEO doit être juste et authentique dans cette bienveillance. C'est une personne qui parle de bienveillance, mais qui agit aussi dans ce sens. Le problème des mauvais chefs d'entreprise est d'être des managers malveillants qui n'assument pas leur malveillance ", estime le consultant. Jean Charles della Faille cite volontiers la figure de John Goossens, à la tête de Belgacom (maintenant Proximus), de 1995 jusqu'à sa mort en 2002. "Ce type, avait une telle vision, un tel charisme qu'il incarnait vraiment sa boîte, tout un pays même. C'était l'incarnation même de l''empowerment'. Alors que son successeur, Didier Bellens, n'a pas du tout eu le même effet." L'ex-publicitaire évoque aussi Elon Musk, le patron de Tesla, comme "grand leader", dans un tout autre style. " Sa valeur principale est la disruption. Alors pour inspirer, autant qu'ils s'entourent aussi de personnes qui auront la capacité d'être elles-mêmes disruptives. Ainsi, tout le monde se sentira à sa place." La culture d'entreprise joue aussi un grand rôle dans un management inspirant. L'erreur en entreprise est d'énoncer des whishfull thinking, des slogans creux qui ne sont pas respectés. "Le problème est d'afficher des belles valeurs, qui sont du bidon, du pipeau. On se rend compte que ces valeurs ne sont pas respectées au sein de l'entreprise, elles sont inscrites sur les murs, mais ne se concrétisent pas sur le terrain"."Le succès, rabâché à tout bout de champ, n'est d'ailleurs pas une valeur, c'est un résultat", tient aussi à préciser le conférencier. Autre valeur fondamentale en tant que manager : l'authenticité. "Faire ce que je dis, dire ce que je fais, c'est primordial. Ces CEO-là ne plaisent pas forcément à tout le monde, mais peuvent inspirer beaucoup de personnes même celles qui ne sont pas d'accord avec leurs idées."L'empathie est aussi très importante, elle joue sur le moral et la motivation des troupes. "Si on a quelqu'un en face de soi qui ne comprend pas ce que l'employé ressent, c'est très dur". La rentrée est traditionnellement la période où l'on observe le plus de démissions, suite au retour des vacances. Double dose cette année : beaucoup d'employés sont d'autant plus en questionnement que la période post-covid a chamboulé l'organisation de leur travail. Face aux nombreuses personnes "désengagées", qui en ont marre de leur boulot et éprouvent une perte de sens, les leaders en entreprises devraient faire "amende honorable", en avouant l'échec du système et en essayant de le changer, estime Jean-Charles della Faille. "Le gros problème, c'est que l'entreprise tue les gens. Le fait de ne pas être aligné avec ses valeurs et de trop travailler est déjà dangereux, mais si on combine les deux, travailler trop avec une perte de sens complète, c'est le burn-out assuré." Aux personnes activement désengagées - elles seraient de l'ordre de 18% dans le monde de l'entreprise selon une étude Gallup - Jean Charles della Faille est catégorique, le meilleur conseil qu'il peut leur donner est ... "de se casser ". "Ces personnes dont les valeurs sont complètement abîmées et qui sont même prêtes à passer au sabotage sont perdues pour leur entreprise." Pour lui, les organisations n'aident pas assez leurs "ressources" à s'épanouir. Bien au contraire, elles les épuisent. "Le jour où les entreprises réaliseront tous les bénéfices financiers du bonheur au travail, on aura déjà bien avancé, ...", avance-t-il. Observe-t-il une évolution positive dans le monde du travail actuel ? "On ne peut pas encore généraliser, mais des patrons se rendent compte actuellement de l'impact d'un traitement humain en entreprise, et pas seulement sur leurs chiffres, et ils veulent changer leur façon de faire", avance Jean Charles della Faille.L'heure est au modèle de management participatif, collaboratif, qui laisse la place à la discussion. Fini donc le chef autoritaire, dans le top down. C'est maintenant à une nouvelle génération de dirigeants de montrer la voie, d'accompagner leurs équipes plus que de leur imposer leurs choix. Un style de leadership qui les rend très inspirants. Pour que cela change, souvent, il faut l'arrivée d'une personne extérieure, il faut rafraîchir les équipes, est d'avis le conférencier. "J'ai des doutes qu'un CEO en place fasse amende honorable et change son comportement du tout au tout. Un CEO qui dit "j'ai merdé", c'est très rare !", déclare-t-il.