C'est la ruée sur les vacances au soleil. Friedrich Joussen, CEO de TUI, premier voyagiste européen, de passage à Bruxelles, égrène les chiffres. "En janvier, nous en étions à 72% des réservations que nous faisions en 2019 pour l'été à venir, nous sommes à présent à 89%, et ça continue de grimper, explique-t-il. Pour la saison d'été, nous espérons avoir la même fréquentation qu'à l'été 2019. Mais avec 20% de recettes supplémentaires, notamment parce que les clients réservent en moyenne un jour de plus, 9,5 jours au lieu de 8,5 jours."
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C'est la ruée sur les vacances au soleil. Friedrich Joussen, CEO de TUI, premier voyagiste européen, de passage à Bruxelles, égrène les chiffres. "En janvier, nous en étions à 72% des réservations que nous faisions en 2019 pour l'été à venir, nous sommes à présent à 89%, et ça continue de grimper, explique-t-il. Pour la saison d'été, nous espérons avoir la même fréquentation qu'à l'été 2019. Mais avec 20% de recettes supplémentaires, notamment parce que les clients réservent en moyenne un jour de plus, 9,5 jours au lieu de 8,5 jours." Ce sont de bonnes nouvelles pour un groupe, très présent en Belgique, qui a souffert pendant les deux années de covid, a dû se serrer la ceinture et solliciter des aides temporaires des pouvoirs publics allemands (le groupe est basé à Hanovre). Il a essuyé deux exercices en perte. Cela devrait changer pour l'exercice 2022 clôturé en septembre prochain. "Nous avons accumulé 600 millions de pertes sur les six premiers mois mais pour les mois qui viennent, ce sera très différent, c'est la haute saison, l'Ebit (bénéfice avant intérêts et taxes, Ndlr) devrait être significativement positif sur tout l'exercice." Ni le conflit ukrainien ni l'inflation accrue n'ont vraiment d'impact sur l'appétit de la clientèle pour le soleil, mais il faut compter avec la pénurie de personnel dans les aéroports. Friedrich Joussen passait dans la capitale belge pour venir signer un accord de partenariat entre TUI, la fondation TUI Care, avec le gouvernement de la région grecque de l'Egée méridionale, pour y lancer un laboratoire, le Co-Lab Rhodes, un plan de cinq ans pour développer un ensemble de projets pour rendre le tourisme "durable" dans une île particulièrement fréquentée, en ménageant les ressources naturelles et en développant la participation de la population locale."Un chiffre: 97,1% de son PNB est lié au tourisme", résume George Hatzimarkos, gouverneur de la région de la mer Egée du sud, qui était aussi présent à Bruxelles. C'est une destination qui marche bien pour TUI et ses concurrents. "Nous connaissons une fréquentation plus importante qu'en 2019, qui était une année record. Environ 13% de plus", poursuit le gouverneur. Mais cette popularité présente des risques, comme pour toutes les destinations très demandées. "Toutes les entreprises actives dans le tourisme prennent des initiatives pour que l'activité soit plus durable (sustainable), déclare Friedrich Joussen. Nous sommes très avancés dans ce domaine, les compagnies aériennes que nous opérons ont été classées en tête des compagnies dans l'index Atmosfair (1). Ce sont des avions récents qui émettent moins de CO2. Même chose pour les bateaux de croisière. Et environ 80% de nos hôtels sont aussi certifiés. Mais ce sont des approches verticales. Il faudrait aller plus loin et avoir une approche horizontale, voir comment améliorer les choses sur le plan de la durabilité, pour l'économie de la destination en général. C'est l'objectif du Co-Lab Rhodes. C'est une première." Le succès d'une destination présente plusieurs inconvénients. Il y a l'impact environnemental du voyage, sur la destination, mais aussi le retour sur l'économie locale.Pour Rhodes, le souci a été épinglé dans certaines études comme celle publiée par l'Université Aristote de Thessalonique, en 2011 (déjà). Elle notait un effet pervers du succès de l'île: "L'économie de Rhodes dépend surtout du tourisme, et l'agriculture y a été abandonnée, mettant en péril le bien-être de l'île". Elle concluait en souhaitant une approche coordonnée plus durable pour éviter une crise du surtourisme. L'étude avait noté une certaine saturation. Parmi les nombreuses voies explorées par l'initiative Co-Lab, Rhodes figure la possibilité de réunir des producteurs locaux d'huile d'olive ou de vin dans une association, pour encourager et structurer le vente aux infrastructures touristiques de l'île, car les producteurs sont souvent trop petits pour ce type de commercialisation. "Cela correspond également à la demande des voyageurs, qui sont intéressés à consommer local aussi en vacances, poursuit Friedrich Joussen. Cette recherche d'authenticité est devenue importante. Il ne suffit plus d'avoir de beaux hôtels et de belles plages, il faut aussi des vacances durables, c'est une tendance." Les projets, qui portent sur beaucoup d'autres sujets, font l'objet d'une étude et d'une validation menée par PWC. Ce dernier promet qu'il y aura des indicateurs pour mesurer le résultat de ces efforts. L'objectif du projet du Co-Lab Rhodes est d'imaginer une approche "qui pourrait se décliner ailleurs en Grèce et partout dans le monde", continue Friedrich Joussen. Le choix de Rhodes s'explique par la concentration des activités de TUI Group dans l'île, à travers des hôtels, des activités, des croisières qui y font étape. Tout cela ne nous empêche pas de poser la question qui tue: ne serait-il pas plus durable de partir plus près de chez soi et de ne pas prendre d'avion? "Question intéressante, concède Friedrich Joussen. Nous avons expérimenté cela avec la pandémie. Et tout, absolument tout, était complet." Les prix sur la côte allemande de la Baltique, par exemple, étaient "hilarants", selon le CEO. Les destinations proches ne sont donc pas suffisantes. "Lors de la haute saison, vous avez besoin d'une offre importante, scalable", dit-il. Il avance aussi un autre argument: "Quand vous examinez la situation de nombreuses destinations, vous remarquez que le tourisme apporte des moyens aux territoires ; si Rhodes n'avait pas de tourisme, 97% de son économie n'existerait pas. C'est aussi le cas de beaucoup de destinations dans le sud de l'Europe et ailleurs. C'est un transfert de moyens qui permet d'améliorer les infrastructures."TUI Group et la fondation TUI Care ne donnent pas d'indications précises sur les moyens mis dans Co-Lab Rhodes, qui est présenté comme un think tank. "TUI y déléguera des ressources", indique la direction du groupe. Côté grec, il est question de projets structurants. "Nous avons mis 150 millions d'euros sur la table, dit George Hatzimarkos. Cent millions pour la région de l'Egée méridionale, et 50 millions d'euros du côté de la municipalité de Rhodes. Des appels d'offres ont été lancés. On aura des résultats rapidement, dès la deuxième année." Les premiers projets lancés ou en passe de l'être portent sur le traitement des eaux et celui des déchets. Il faudra toutefois un peu de temps pour que les projets autour du Co-Lab se mettent en place et fassent leur effet. La fréquentation, elle, grimpe tout de suite à des sommets. "Nous sommes complets", reconnaît le maire de Rhodes, Antonis Kampourakis, en parlant des hôtels de l'île, qui représentent 15% de l'offre de toute la Grèce. La relative absence de la clientèle russe, qui apprécie Rhodes, n'affecte pas la fréquentation, tant la demande globale est considérable. TUI connaît cette situation sur beaucoup d'autres destinations. "Nous arrivons à un souci de pénurie de lits à Rhodes, estime Friedrich Joussen. Il n'y aura pas de last minute, cela va créer une pression sur d'autres destinations. En Grèce, et en Espagne, pratiquement tous les lits seront aussi réservés." Ce redémarrage en grand est délicat pour TUI comme pour d'autres voyagistes et compagnies aériennes. Le retour à une activité "normale" passe par quelques turbulences. TUI a ainsi récemment annoncé l'annulation de plus de 100 vols ce mois de juin au départ de la Grande-Bretagne, car il y a des soucis pour organiser les départs, notamment au niveau de l'assistance au sol, qui manque d'effectifs. Friedrich Joussen espère toutefois bénéficier des travaux entrepris durant la pandémie pour envisager un retour à une croissance saine. Notamment avec un programme de réduction de coût de 400 millions d'euros par an, une digitalisation plus avancée. Les analystes sont plus prudents. Après deux étés de redémarrage avortés, dus à la reprise de la pandémie, cette prudence est compréhensible.