Le gouvernement traîne, Engie tranche. Alors que le politique se donne jusqu'à la fin de l'année pour préciser si la Belgique pourra se passer entièrement de l'atome dès 2025 ou s'il faudra envisager la prolongation des deux réacteurs les plus récents (Tihange 3 et Doel 4), le premier énergéticien du pays vient, lui, d'acter dans ses comptes la fin du nucléaire belge dans quatre ans. A l'occasion de la publication de ses résultats annuels vendredi dernier, le groupe français a en effet inscrit dans son livre une dépréciation de 2,9 milliards d'euros de ses actifs nucléaires belges - les sept réacteurs des centrales de Doe...

Le gouvernement traîne, Engie tranche. Alors que le politique se donne jusqu'à la fin de l'année pour préciser si la Belgique pourra se passer entièrement de l'atome dès 2025 ou s'il faudra envisager la prolongation des deux réacteurs les plus récents (Tihange 3 et Doel 4), le premier énergéticien du pays vient, lui, d'acter dans ses comptes la fin du nucléaire belge dans quatre ans. A l'occasion de la publication de ses résultats annuels vendredi dernier, le groupe français a en effet inscrit dans son livre une dépréciation de 2,9 milliards d'euros de ses actifs nucléaires belges - les sept réacteurs des centrales de Doel et Tihange -, ce qui a d'ailleurs fait dégringoler son résultat net à -1,5 milliard d'euros. "Suite à l'annonce du gouvernement belge au quatrième trimestre 2020, il a été décidé de stopper tous les travaux de préparation qui auraient permis une prolongation de 20 ans de deux unités au-delà de 2025, dans la mesure où il semble peu probable qu'une telle prolongation puisse avoir lieu compte tenu des contraintes techniques et régulatoires", a expliqué Catherine MacGregor, CEO d'Engie. Cette déclaration officielle vient donner un coup de pression supplémentaire au gouvernement, en train d'essayer de mettre en place le fameux CRM, ce mécanisme destiné à financer la construction des centrales à gaz devant compenser en partie l'abandon du nucléaire, mais qui est encore au point mort à ce stade. Elle place surtout Engie en position de force si, d'aventure, l'exécutif venait à ne pas pouvoir s'en tenir à son calendrier de sortie du nucléaire et à devoir opter pour le "plan B", à savoir la prolongation de Doel 4 et Tihange 3. "Le groupe est en train de se protéger, affirme Patrick Hendrick, professeur à l'Ecole polytechnique de Bruxelles (ULB). Il ne peut faire autrement que d'acter cette dépréciation, mais en l'actant, il dispose à présent d'un chiffre à mettre sur la table en cas de prolongation. Je pense qu'Engie doit secrètement avoir en tête qu'on ne pourra pas se passer des deux réacteurs les plus récents. Dans ce cas, le groupe pourra dire au gouvernement: 'Nous n'avons pas à descendre en dessous de ce montant pour effectuer les travaux sur les réacteurs puisque c'est le montant que nous avons admis perdre'." La balle est maintenant entre les mains de la ministre de l'Energie, Tinne Van der Straeten (Groen), qui doit parvenir à mettre en place le CRM dans les temps - la Commission européenne doit encore donner son feu vert. "Il ne faut plus repousser l'appel d'offres, affirme notre expert. Si les réponses reçues en novembre sont satisfaisantes, avec des coûts raisonnables, et que le processus décisionnel ne tarde pas, nous pourrons disposer d'une solution viable pour sortir totalement du nucléaire en 2025. En comptant évidemment sur les importations et sur la France, notamment, qui vient de prolonger la durée de vie de 32 réacteurs nucléaires pour 20 années supplémentaires."