"Les agriculteurs peuvent être les porteurs de solutions très significatives à un enjeu importantissime." Forts de cette conviction, l'entrepreneur Chuck de Liedekerke et l'agronome Nicolas Verschuere ont fondé Soil Capital, afin de guider le secteur vers des pratiques plus climato-compatibles. Leur intervention permet de transformer chaque tonne de CO2 évitée ou stockée par une entreprise agricole en un certificat qui pourra ensuite être monétisé sur le marché du carbone. Cela apporte un complément de revenus à l'agriculteur, ce qui améliore la rentabilité des modèles de production moins intensifs.
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"Les agriculteurs peuvent être les porteurs de solutions très significatives à un enjeu importantissime." Forts de cette conviction, l'entrepreneur Chuck de Liedekerke et l'agronome Nicolas Verschuere ont fondé Soil Capital, afin de guider le secteur vers des pratiques plus climato-compatibles. Leur intervention permet de transformer chaque tonne de CO2 évitée ou stockée par une entreprise agricole en un certificat qui pourra ensuite être monétisé sur le marché du carbone. Cela apporte un complément de revenus à l'agriculteur, ce qui améliore la rentabilité des modèles de production moins intensifs. Soil Capital a commencé l'an dernier avec 150 agriculteurs, dont une quinzaine en Belgique (l'essentiel est en France). Ils exploitent ensemble quelque 35.000 ha, tant en bio qu'en agriculture conventionnelle. Leur action a permis d'éviter l'émission de 15.000 tonnes de CO2, grâce à une moindre utilisation des intrants synthétiques, à une maximisation de la couverture des sols par des plantes vivantes, à la diversification des rotations de culture etc. Soil Capital est prêt à passer maintenant à la vitesse supérieure, en accompagnant un millier d'agriculteurs dès l'année prochaine. L'entreprise, basée à Perwez (Brabant wallon) a levé 2 millions d'euros dans cette perspective et son équipe est désormais forte de 27 personnes. L'ambition est de contribuer à conduire un million d'hectare vers une agriculture régénérative d'ici 2025.On comprend aisément l'intérêt des agriculteurs pour ces formules : Soil Capital leur permet d'avoir accès à des marchés de carbone, dans lesquels ils n'auraient même pas songé à s'aventurer seuls. "Nous faisons la démonstration que c'est une opportunité non seulement environnementale mais aussi économique, insiste Chuck de Liedekerke. Polluer coûte cher en carburants, en fertilisants... Le certificat carbone n'est finalement qu'une cerise sur un gâteau économique. La performance économique des fermes est compatible avec des pratiques vertueuses pour l'environnement." Il cite volontiers l'exemple d'un agriculteur de Clavier qui a récolté 6.700 euros, par la vente des certificats obtenus grâce au stockage du carbone sur ses 53 ha de terres. Soil Capital vient par ailleurs de mettre au point un outil de simulation entièrement gratuit et qui permet d'estimer l'impact carbone d'une exploitation agricole en quelques minutes.Mais Soil Capital, comment s'y retrouve-t-il ? D'une part, par la contribution de 980 euros pour le diagnostic annuel des émissions sur une exploitation ; d'autre part par une commission sur la vente des certificats. "L'agriculture peut le cas échéant obtenir une aide financière pour la réalisation du diagnostic", précise Chuck de Liedekerke. La relation s'engage sur le long terme -on n'est pas dans le durable pour rien- puisque le processus s'étale sur 15 ans. Les cinq premières années, on fait le diagnostic et on vend 80% des certificats obtenus (à un prix minimum garanti). Les cinq suivantes, l'agriculteur doit au moins maintenir le carbone stocké dans ses sols. Et, enfin, durant les cinq dernières années, il recevra le paiement des 20% de certificats restants. Il reste une dernière question : qui achète ces certificats ? Pour l'heure, il s'agit essentiellement d'entreprises soucieuses de compenser leur bilan carbone. Le premier acheteur de certificats de Soil Capital fut IBA, le spécialiste de la protonthérapie basé à Louvain-la-Neuve. "Nous nous sommes engagés pour atteindre la neutralité carbone d'ici 2030, explique le CEO d'IBA, Olivier Legrain. La moitié du chemin est faite en améliorant nos processus, l'autre moitié via des compensations avec Soil Capital. Nous partageons le même langage, cela a du sens d'effectuer ces compensations en quelque sorte dans notre jardin, avec les agriculteurs de notre région. C'est aussi une manière pour les entreprises d'anticiper la taxe carbone qui, un jour ou l'autre, verra le jour", ajoute Olivier Legrain. Chez Soil Capital, on réfléchit à ouvrir un jour la formule aux citoyens soucieux de leur empreinte carbone ou aux pouvoirs publics, qui pourraient ainsi rémunérer les acteurs belges qui stockent du carbone dans leurs sols.