Les constructeurs allemands Audi, BMW et Mercedes ont été vivement critiqués ces dernières années. Ils se sont contentés de dormir sur leurs lauriers et ont pu malgré cela rester leaders du segment haut de gamme. Tesla a donné un coup de pied dans la fourmilière automobile en proposant des véhicules électriques dans ce segment. La nouvelle révolution automobile viendra-t-elle une nouvelle fois d'outre-Rhin? Les débuts brillants de Sono Motors à la bourse américaine Nasdaq à la mi-novembre a permis à la start-up munichoise de lever 156 millions de dollars.
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Les constructeurs allemands Audi, BMW et Mercedes ont été vivement critiqués ces dernières années. Ils se sont contentés de dormir sur leurs lauriers et ont pu malgré cela rester leaders du segment haut de gamme. Tesla a donné un coup de pied dans la fourmilière automobile en proposant des véhicules électriques dans ce segment. La nouvelle révolution automobile viendra-t-elle une nouvelle fois d'outre-Rhin? Les débuts brillants de Sono Motors à la bourse américaine Nasdaq à la mi-novembre a permis à la start-up munichoise de lever 156 millions de dollars. L'entreprise a été créée de toutes pièces par deux amis d'école, Laurin Hahn (27 ans) et Jona Christians (28 ans). Au terme de leurs études secondaires, ils ouvrent un garage à Munich en 2012. Après neuf ans de bricolage et d'expérimentation technologique, ils se retrouvent aujourd'hui à la tête et actionnaires majoritaires (avec près de 75% de droits de vote) d'une société cotée en Bourse aux Etats-Unis. Disruption, tel est leur credo. Les deux comparses ambitionnent de créer un véhicule révolutionnaire semblable à nul autre. Selon eux, les constructeurs automobiles actuels passent trop de temps à corriger et perfectionner les modèles existants. Ils n'ont pas compris que pour innover réellement, il faut repartir d'une page blanche, estiment Hahn et Christians. Sono Motors, pour sa part, a remis les compteurs à zéro. L'entreprise n'a pas encore sorti la moindre voiture et n'a aucune expérience dans la production automobile. Son chiffre d'affaires est nul. De 2016 à l'été 2021, les pertes se montent à 109 millions d'euros. Sans l'argent frais du dernier tour de financement en Bourse, la société serait déclarée en faillite à l'heure actuelle. Malgré cela, Sono Motors a reçu fin 2020 l'aide d'un célèbre entrepreneur belge. A l'instar d'autres hommes d'affaires, Marc Coucke a acquis, par le biais de son holding d'investissement Alychlo, pour 6,8 millions d'euros d'obligations convertibles, converties en actions à la suite de l'introduction en Bourse. En quoi Sono Motors est-elle disruptive? L'entreprise planche sur un modèle de voiture baptisé Sion qui n'existe pour le moment que sous forme de prototype. Le produit de l'introduction en Bourse devrait servir à l'achèvement du dernier prototype, indispensable avant le lancement de la production de masse. Les premières livraisons sont prévues pour le premier semestre 2023. Sion devrait être une familiale de cinq places du segment bon marché. Vitesse maximale: 140 kilomètres par heure. Sono espère en vendre 257.000 exemplaires. Sion sera commercialisée en Allemagne dans un premier temps, dans les autres pays européens ensuite. La demande est indéniable. L'entreprise enregistrait déjà début novembre 16.000 commandes de particuliers et 15.000 de professionnels du leasing. Parmi ses particularismes, la Sion intègre des panneaux photovoltaïques à même la carrosserie. L'énergie solaire est stockée dans la batterie de la voiture qui peut également se recharger à une borne traditionnelle. Son autonomie totale atteint alors 305 kilomètres. L'énergie des panneaux solaires permettrait de parcourir 245 kilomètres supplémentaires par semaine. Voilà ce qui rend Sion unique dans son genre, selon Sono Motors. Grâce à la technologie photovoltaïque intégrée à la carrosserie, Sono Motors affirme avoir quatre ans d'avance sur ses concurrents. Ces derniers utilisent des panneaux solaires en verre, lourds, rigides, coûteux et cassables, donc potentiellement dangereux en cas d'accident. Sono Motors a développé une technologie de cellules photovoltaïques en polymères, un matériau nettement plus léger. La carrosserie de la voiture est elle aussi entièrement réalisée en polymères. Tout l'extérieur du véhicule est équipé de modules photovoltaïques. L'entreprise a également mis au point une technologie capable de déterminer les meilleurs emplacements sur la voiture de manière à optimiser la captation de lumière. La fabrication de la carrosserie en plastique réduit les coûts de production. La voiture n'est disponible que dans une seule couleur (bleu). La superposition de couches de peinture coûteuse est donc inutile. Sono ne construira pas les voitures elle-même. La production serait confiée à l'ancienne usine Saab en Suède qui appartient au géant chinois de l'immobilier Evergrande depuis la faillite de la marque en 2011. Les composants (pneus, vitres, miroirs, sièges, moteur électrique, batteries) seront achetés à d'autres fournisseurs. Selon Sono Motors, la focalisation sur le développement de la technologie photovoltaïque intégrée à la carrosserie permet d'économiser d'autres frais de recherche et développement, ainsi que de coûteux investissements dans des usines. L'entreprise n'a pas l'intention d'instaurer un réseau de concessionnaires. La Sion se vendra sur internet. Toutes ces mesures devraient permettre à la société d'économiser jusqu'à un demi-milliard d'euros de frais de production. Par ailleurs, Sono Motors entend vendre à des tiers sa technologie applicable à des bus, des camions, des bateaux, des trains, des yachts, des mobilhomes, etc. D'autres constructeurs automobiles pourraient également être intéressés. L'entreprise anticipe un énorme marché pour les panneaux solaires intégrés aux véhicules. Ainsi, par exemple, les personnes qui habitent en appartement et ne disposent pas d'une borne de recharge sont peu enclines à acquérir une voiture électrique. Autre argument: le manque de bornes de chargement, alors que la vente de voitures électriques explose.Dans quelle mesure l'aventure de Sono Motors est-elle réaliste? L'entreprise reconnaît que vendue au prix de 23.900 euros, la Sion ne sera pas vraiment rentable. Qui plus est, le produit de l'introduction en Bourse ne sera pas suffisant. Il faudra encore au moins 354 millions d'euros avant de pouvoir lancer la production en 2023. Les pertes s'accumulent, le chiffre d'affaires est nul tandis que le nombre d'employés augmente à toute vitesse (230 à la mi-novembre). Par ailleurs, Sono Motors ne peut affirmer que Sion tiendra toutes ses promesses dans la circulation. La technologie n'a pas encore été testée dans toute la production industrielle. Les panneaux photovoltaïques donneront-ils le rendement escompté? La production hors murs présente aussi quelques inconvénients. La sous-traitance rend tout plus compliqué et les livraisons moins sûres. Cerise sur le gâteau: Evergrande, propriétaire de l'usine en Suède, connaît des déboires financiers. Sono Motors négocie actuellement avec deux autres constructeurs au cas où l'ancienne usine Saab fermerait définitivement ses portes.