Nul ne sait encore si la reine Elizabeth II ira voir le film qui lui est singulièrement dédié. Mais il ne fait aucun doute que de nombreux sujets de Sa Majesté se précipiteront au cinéma, le 5 juillet prochain, pour découvrir The Queen's Corgi, titre anglophone de Royal Corgi actuellement à l'affiche en Belgique. Ce jour-là, les Britanniques goûteront aux aventures cocasses des chiens préférés de leur Reine chérie dans un film d'animation qui a déjà été vendu dans plus de 70 pays et que l'on doit à un studio bruxellois. Car c'est bien au coeur de la commune de Forest que ces toutous royaux ont été imaginés, modélisés et animés par l'équipe de la société nWave qui compte déjà huit longs-métrages à son actif, ainsi que des dizaines de formats plus courts conçus pour des musées et des parcs d'attractions.
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Nul ne sait encore si la reine Elizabeth II ira voir le film qui lui est singulièrement dédié. Mais il ne fait aucun doute que de nombreux sujets de Sa Majesté se précipiteront au cinéma, le 5 juillet prochain, pour découvrir The Queen's Corgi, titre anglophone de Royal Corgi actuellement à l'affiche en Belgique. Ce jour-là, les Britanniques goûteront aux aventures cocasses des chiens préférés de leur Reine chérie dans un film d'animation qui a déjà été vendu dans plus de 70 pays et que l'on doit à un studio bruxellois. Car c'est bien au coeur de la commune de Forest que ces toutous royaux ont été imaginés, modélisés et animés par l'équipe de la société nWave qui compte déjà huit longs-métrages à son actif, ainsi que des dizaines de formats plus courts conçus pour des musées et des parcs d'attractions. A la barre de ce navire hautement technologique se trouve un capitaine dont le nom évoque une célèbre boisson. A tout juste 60 ans, Ben Stassen est en effet un descendant de l'ancêtre Léon qui fabriqua son tout premier cidre artisanal en 1895, avant que son fils - prénommé Léon lui aussi - ne fonde la cidrerie Stassen à Aubel en 1937. Pas vraiment enchanté à l'idée d'intégrer un jour l'entreprise familiale, le jeune Ben choisit d'étudier les sciences politiques à la Katholieke Universiteit Leuven à la fin des années 1970 et, licence en poche, part ensuite aux Etats-Unis pour intégrer l'école de cinéma de la prestigieuse University of Southern California. C'est là qu'ont été formés plusieurs grands réalisateurs américains - George Lucas, Ron Howard, Robert Zemeckis, etc. - et que Ben Stassen tissera les premières mailles de son futur réseau professionnel. Fraîchement diplômé, le jeune cinéaste débute sa carrière au pays de l'Oncle Sam - il réalise des films touristiques, coproduit des longs-métrages et donne des cours de cinéma - avant de revenir sur ses terres natales au début des années 1990. A Bruxelles, il intègre la société belge Little Big One (LBO), l'un des fleurons audiovisuels de l'époque, et produit son premier film d'animation en images de synthèse, Devil's Mine Ride (1991), un court métrage décoiffant de quatre minutes vendu à plusieurs parcs d'attractions dans le monde. Le filon semble prometteur, mais LBO est criblée de dettes et, en 1993, la société est déclarée en faillite. Avec deux associés, Ben Stassen reprend l'affaire et crée, un an plus tard, l'entreprise nWave sur les cendres de LBO. Spécialisée dans la production de films d'animation pour les musées et les parcs d'attractions, la société se fait rapidement un nom dans le monde des loisirs avec ses ride simulation films (des films de simulation sur rails), ses productions IMAX et ses films en 3D. Le trio fondateur a le vent en poupe et nWave multiplie les commandes à l'international. " Nous estimons qu'environ 250.000 personnes voient encore chaque jour, dans le monde, un de nos films créés pour les musées, les cités des sciences et les parcs d'attractions, se réjouit Ben Stassen. Ce secteur représente encore aujourd'hui un quart de notre chiffre d'affaires et, sans le succès de cette activité spécifique, nous n'aurions jamais pu nous lancer dans l'aventure d'un premier long métrage. " C'est en 2006 que nWave prend le pari de produire un " vrai film de cinéma " qui sortira deux ans plus tard. Relatant l'histoire de trois mouchettes dans l'espace, Fly me to the moon est le tout premier long métrage belge d'animation en 3D et séduit immédiatement les foules. Grâce à son réseau international construit au fil des ans, Ben Stassen le vend à l'étranger et génère plus de 40 millions de dollars au box-office. L'entreprise se développe et les projets se multiplient. En 2010, le réalisateur sort son deuxième long métrage, Le Voyage extraordinaire de Samy, sur une idée de son jeune fils Sam qui, deux ans plus tôt, avait été fasciné par la lutte des bébés tortues pour leur survie sur une plage du Mexique. Le film est un carton - leur plus gros à ce jour avec 100 millions de recettes - et attire 12 millions de spectateurs dans le monde entier, ce qui vaut à nWave le surnom de " Pixar belge ". Viendront ensuite d'autres productions similaires - Sammy 2 en 2012, Le Manoir magique en 2013, Robinson Crusoé en 2015, Bigfoot Junior en 2017 - avant le dernier en date, Royal Corgi, toujours à l'affiche dans les cinémas. Aujourd'hui, nWave est une affaire qui roule : 120 personnes travaillent quotidiennement, entre longs métrages d'animation et courts métrages, pour les musées et les parcs d'attractions. Le chiffre d'affaires annuel flirte avec les 20 millions d'euros et les projets s'enchaînent à vitesse grand V. L'équipe planche actuellement sur la suite de Bigfoot Junior qui devrait sortir au printemps 2020, mais Ben Stassen est surtout sur le point de signer, dit-il, " un contrat avec un tout grand studio américain ". L'homme n'en dira pas plus, superstition oblige, mais le scénario devrait ressembler à une espèce d' Indiana Jones à la sauce animalière. Pour l'heure, c'est assurément Royal Corgi qui attire tous les projecteurs. Partout où ils passent, les toutous de Sa Majesté suscitent l'enthousiasme - 1,5 million d'entrées en Russie, près d'un million en France, 620.000 aux Pays-Bas, plus de 500.000 en Pologne et sans doute 250.000 en Belgique à la fin du cycle de programmation - et l'engouement est loin d'être terminé. Dans quelques semaines, le dessin animé sortira au Royaume-Uni, avant de gagner la Chine et les Etats-Unis. Originale, sa dimension royale a suscité le buzz dès la diffusion de la bande-annonce sur le Web en septembre dernier avec plus de 20 millions de vues générées en deux semaines à peine. Du jamais vu pour une production belge ! " Au total, nous espérons atteindre les 10 millions de spectateurs avec ce film, confie Ben Stassen, mais cela peut encore évoluer. Tout dépendra de la réaction du public britannique. Là-bas, les distributeurs ont choisi d'en faire un film d'été puisqu'il sort le 5 juillet. Ça passe ou ça casse, en fonction de la météo ! " Sauf si un membre de la famille royale y va de son petit tweet flatteur ou d'un Insta hilare, aurions-nous envie de répondre... Outre-Manche, le réalisateur belge bénéficiera pour la première fois du soutien d'un distributeur de poids avec le géant Lionsgate qui a notamment organisé les sorties de blockbusters comme Twilight ou Hunger Games. " C'est une très bonne nouvelle car la distribution reste le talon d'Achille de nWave, enchaîne Ben Stassen. Nous n'avons pas encore cette force de frappe des grands studios d'animation américains qui permettrait à nos films d'être vus davantage. Au niveau de la production, le déséquilibre est déjà énorme puisque chacun de nos longs métrages coûte en moyenne entre 16 et 20 millions d'euros, là où un film Pixar dispose généralement d'un budget minimum de 100 millions d'euros. Et nous n'avons pas non plus la même machine marketing au moment de la sortie... " A l'écran, Royal Corgi n'a pourtant pas à rougir de ses qualités techniques et humoristiques. Il n'empêche. Pour Ben Stassen, il faut passer la vitesse supérieure et c'est justement la raison pour laquelle nWave a récemment ouvert son capital à de nouveaux actionnaires. Aujourd'hui, le trio fondateur ne possède plus que 49% des parts tandis qu'une nouvelle structure dispose des 51% restants. Baptisée Next Wave, cette entité majoritaire réunit cinq partenaires de poids : les sociétés de production françaises MZM et Bamboo toutes deux dirigées par Matthieu Zeller (ex-directeur général adjoint de Studio Canal), le groupe Belga Films et sa filiale Belga Films Fund dédiée au tax shelter, et enfin Wallimage Entreprises, la filiale du fonds régional d'investissement Wallimage qui apporte son soutien financier aux sociétés de services audiovisuels en Wallonie. " Les nouveaux associés apportent aujourd'hui plus de valeur à nWave au niveau de la gestion, détaille Ben Stassen. Avec eux, on peut désormais envisager l'avenir de manière plus large. Il se pourrait d'ailleurs que l'on réalise bientôt une série télé autour des aventures de Sammy et il n'est pas impossible que, à moyen terme, cela se fasse dans une filiale que l'on créerait en Wallonie ou à l'étranger. " Même si nWave distribue déjà ses films dans de nombreux pays, l'entreprise bruxelloise espère, avec ce nouvel actionnariat de référence, conquérir de nouveaux marchés et doper son aura internationale. A l'instar de Pixar, nWave veut devenir une marque mondiale et le nouveau contrat que Ben Stassen s'apprête à signer avec une major américaine pour un futur Indiana Jones animalier devrait, si tout va bien, placer un peu plus le studio d'animation belge sous les feux des projecteurs médiatiques. " Je suis très fier du chemin accompli, confie Ben Stassen. Je ne pensais pas m'aventurer dans cette voie et, finalement, j'en suis heureux car tout est un petit peu arrivé par hasard. Aujourd'hui, on peut dire que nWave est le leader européen des films d'animation si on exclut le studio Illumination Mac Guff basé à Paris qui est une filiale du groupe américain Universal Pictures. Bref, je suis fier, mais je suis malgré tout un peu frustré au niveau de la distribution parce que je sais que nos films pourraient multiplier leur audience par cinq s'ils passaient entre les mains d'un grand studio américain pour leur distribution internationale. C'est justement ce que j'essaie de mettre en place pour le prochain contrat. " Dans cette logique d'internationalisation croissante, pourquoi le réalisateur belge s'entête-t-il à donc rester à Bruxelles ? " Parce que nous disposons d'un levier de financement incroyable qui est le tax shelter, conclut Ben Stassen. Si ce mécanisme fiscal venait à disparaître, il est clair que nWave quitterait la Belgique. Bien sûr, le système est loin d'être parfait et nous sommes parfois pénalisés par la manière dont le tax shelter fonctionne, mais il nous a permis de mener à bien nos projets et, en retour, de faire travailler 120 personnes pour la réalisation de chaque film. " Un précieux tremplin qui enverra peut-être Royal Corgi à la cour d'Angleterre sous la forme d'un DVD si jamais Elizabeth II ne daigne pas aller au cinéma.