C'est l'histoire d'un entrepreneur qui prend un virage à 180 degrés. Après une carrière d'une vingtaine d'années dans le marketing et la publicité, Olivier Van Cauwelaert plaque tout. Directeur de l'agence de pub Wunderman jusque fin 2014, il possédait aussi des parts dans des sociétés actives dans l'événementiel, le digital, la vente de produits italiens, etc. Après une réflexion sur les " grands enjeux de société ", il tire un trait sur ces activités symbolisant l'économie " traditionnelle ".
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C'est l'histoire d'un entrepreneur qui prend un virage à 180 degrés. Après une carrière d'une vingtaine d'années dans le marketing et la publicité, Olivier Van Cauwelaert plaque tout. Directeur de l'agence de pub Wunderman jusque fin 2014, il possédait aussi des parts dans des sociétés actives dans l'événementiel, le digital, la vente de produits italiens, etc. Après une réflexion sur les " grands enjeux de société ", il tire un trait sur ces activités symbolisant l'économie " traditionnelle ". " J'ai revendu toutes les participations que j'avais dans des projets non durables ", explique le CEO de ScaleUP Olivier Van Cauwelaert. Une décision alimentée par les remarques de plus en plus insistantes de ses filles. Impliquées dans la coopérative des Jardins d'Arthey, un projet mêlant agro-écologie et réinsertion socio-professionnelle, elles persuadent leur paternel de la nécessité de participer à la transition écologique. " Mes filles m'ont mis en garde par rapport à une certaine forme d'économie qui va droit dans le mur, raconte l'entrepreneur. Cela fait des dizaines d'années qu'on nous dit que le pétrole est en voie d'extinction. On va y arriver. Pourquoi dès lors continuer à investir dans des sociétés qui vont à l'encontre des intérêts de nos enfants ? " Sa petite pierre, il va l'apporter grâce à son expérience de chef d'entreprise et d'investisseur. Il crée le fonds ScaleUP avec son associé Emmanuel Hupin. Ce dernier suit la même trajectoire qu'Olivier Van Cauwelaert : il cède toutes les parts qu'il possède dans Cairn Legal, le cabinet d'avocats dont il est le fondateur. La première prise de participation du nouveau fonds concerne Urbani, une société immobilière active dans l'éco-construction et l'habitat partagé, créée par Emmanuel Hupin (lire l'encadré " Quatre projets teintés de vert " plus bas). C'est le projet le plus atypique de ScaleUP, puisqu'il concerne une entreprise relativement ancienne active dans l'immobilier " classique ", qui s'est convertie en 2004 dans l'habitat durable. Les autres prises de participations portent sur des entreprises plus jeunes, mais qui ont déjà dépassé le stade de l'amorçage. Les projets soutenus se situent plutôt entre le stade de la start-up et de la scale-up. L'objectif du fonds d'investissement est d'accompagner les entrepreneurs vers cette phase de croissance (scale) que toutes les jeunes pousses espèrent atteindre. Le principal facteur différenciant de ScaleUP par rapport à des fonds traditionnels est sa volonté d'investir dans des projets présentant une dimension sociétale. Urbani favorise l'habitat durable et convivial. Les supermarchés bio Färm, tout comme Le Champignon de Bruxelles, mettent à l'honneur les produits locaux et l'agriculture biologique. YouMeal aide les consommateurs dans leurs choix alimentaires. L'accent mis sur ces enjeux de société n'empêche pas les dirigeants du fonds d'analyser les critères classiques de rentabilité des projets présentés. " La société doit avoir idéalement au moins un an d'activité, et le proof of concept doit être établi ", détaille Olivier Van Cauwelaert. Comme tout investissement, ces prises de participation sont évidemment à risque. Mais Olivier Van Cauwelaert estime pouvoir compter sur un taux de rentabilité moyen de 6 %. " Ce n'est pas énorme. Dans des activités classiques, les niveaux de rentabilité exigés sont plus élevés, on veut toujours gagner plus, à plus court terme. Mais ce n'est pas notre philosophie. Nous voulons avoir un impact sur la durée ", souligne-t-il. ScaleUP a l'intention d'accompagner les projets pendant cinq à sept ans. Créé il y a un an et demi, le fonds dispose de 3,5 millions d'euros. Une goutte d'eau dans l'océan des investissements, qui se font massivement dans l'économie " traditionnelle ". " D'ici peu, tout le monde devra se tourner vers une économie plus durable, assure Olivier Van Cauwelaert. Nous sommes des précurseurs. " Le fonds, qui se destine exclusivement aux sociétés belges, veut soutenir deux nouveaux projets par an et espère à terme arriver à un portefeuille de 12 projets. Il espère également augmenter sa capitalisation pour atteindre 6,5 millions d'euros, en convaincant de nouveaux investisseurs ou en sollicitant à nouveau les investisseurs existants. ScaleUP a créé un modèle de gestion original, distinguant trois catégories de contributeurs. Tout d'abord, les deux fondateurs ont apporté plus de la moitié des fonds. Trois investisseurs " seniors " se sont ajoutés, ainsi que trois profils " juniors ". Dans cette dernière catégorie, les investisseurs ne contribuent qu'à hauteur de quelques dizaines de milliers d'euros, mais ils intègrent les organes de décision du fonds au même titre que les autres. " Nous voulons que nos décisions soient cautionnées par la nouvelle génération ", explique Olivier Van Cauwelaert. Outre le capital mis à disposition des sociétés soutenues, ScaleUP offre un accompagnement et un coaching, grâce aux différents profils d'entrepreneurs faisant partie du projet, qui peuvent apporter des éclairages juridiques, commerciaux, marketing, etc. La société de consultance Shared Values, dirigée par le cofondateur de ScaleUP Emmanuel Hupin, peut également fournir des conseillers spécialisés aux entrepreneurs. Pour suivre les projets, ScaleUP prend un poste d'administrateur dans les sociétés soutenues. Mais ses prises de participations restent volontairement minoritaires : " Nous ne voulons pas prendre la place du porteur de projet, souligne le CEO de ScaleUP. Nous sommes là pour l'accompagner et l'aider à grandir ".