Les infirmier.e.s figurent, depuis des années, dans le top 10 des professions en pénurie. Or depuis deux ans, à cette pénurie structurelle s'ajoute l'impact de la crise sanitaire. Sans compter qu'en 2017, la décision d'allonger d'un an la formation des infirmiers, la faisant passer de trois à quatre ans, a provoqué en 2019-2020 une diminution du nombre de nouveaux infirmiers qualifiés fraîchement diplômés.

La demande pour les autres métiers de la santé reste également élevée, comme les aides-soignants qui effectuent des tâches d'assistance. Ce groupe occupe la deuxième place dans la liste des professions en pénurie dans ce domaine et est recherché aussi bien par les hôpitaux, que les établissements de repos et revalidation ou en tant qu'infirmier à domicile. Sans oublier le manque de personnel logistique pour le nettoyage du matériel de soin, le travail administratif et les services catering.

"La pénurie dans le secteur des soins est structurelle et ne diminuera pas, même après la crise du Covid", déclare Nele Ronsmans, consultante principale du groupe de RH Acerta. "Les salariés qui travaillent dans ce domaine savent qu'ils sont convoités par tous. Ils n'hésitent pas à comparer ce qui se présente à eux, quitte à s'en aller vers d'autres secteurs. C'est une bonne chose qu'il y ait un certain mouvement sur le marché du travail, mais en même temps, les entreprises de soins de santé ont la dure tâche de garder les bons éléments en interne."

"Et ce n'est pas facile !", ajoute Nele Mertens, conseillère juridique chez Acerta. "Il y a une trop grande concurrence dans le domaine des soins pour attirer facilement du personnel. L'employé se trouve dans une position confortable et choisit l'endroit où, par exemple, les primes sont les plus élevées. Il existe différentes commissions paritaires, toutes avec des barèmes distincts. Les conditions d'emploi et de rémunération dans ces commissions paritaires sont strictement réglementées. Il est donc impossible d'attirer du personnel en proposant des salaires beaucoup plus élevés."

L'image de marque de l'employeur

Ainsi, agiter des avantages sociaux pour recruter ou retenir quelqu'un, comme dans les entreprises privées, ne va pas de soi. "Sur base des conventions collectives de travail, souvent les avantages extra-légaux ne peuvent tout simplement pas être accordés", déclare M. Mertens. "Il y a les barèmes des salaires et les jours d'ancienneté pour ceux qui travaillent après 45 ans et qui bénéficient de congés supplémentaires. Il existe les traditionnelles primes pour le travail de nuit et de week-end, mais les chèques repas et les éco-chèques sont très exceptionnels. Cela ne peut donc pas faire partie de la politique des ressources humaines en matière de recrutement."

Selon M. Mertens, c'est aux entreprises du secteur de s'assurer qu'elles sont "attrayantes" aux yeux des candidats potentiels, grâce à une image ou une marque forte. "Ils devraient également faire la promo de leur employeur par le biais de témoignages d'employés qui disent pourquoi ils aiment travailler dans cette entreprise. Il est également important de souligner qu'il est possible de travailler dans votre région."

Un élément souvent négligé dans la guerre des talents est le désavantage concurrentiel du secteur des soins résidentiels par rapport à celui des hôpitaux, car le travail y est prétendument moins varié. Ce secteur se trouve-t-il dans une situation particulièrement difficile ? Johan Poel, CEO d'Orelia, qui gère un réseau de centres de soins résidentiels et d'appartements de service en Flandre, constate que son entreprise a effectivement beaucoup de mal à trouver du personnel. "Nous avons quelque 32 postes vacants, dont 80% sont des infirmières et des aides-soignantes. Nous travaillons chaque jour sur notre marque. C'est un travail difficile. Nous soulignons la rémunération intéressante et surtout le fait que nous allouons les ressources suffisantes pour permettre aux gens d'évoluer. À cause de Covid, l'absentéisme pour cause de maladie augmente, mais très peu de personnes quittent l'entreprise de leur propre initiative. C'est déjà un signe positif."

Flexi-jobs dans le domaine de la santé

Si les entreprises du secteur des soins de santé retroussent elles-mêmes leurs manches, des mesures supplémentaires de la part des pouvoirs publics sont toujours les bienvenues, selon M. Poel. Des mesures de soutien ont déjà été accordées pendant la crise sanitaire. Les salariés des établissements de soins privés ont reçu un chèque-consommation de 300 euros. Dans les établissements publics, la prime de fin d'année a été augmentée. En outre, le gouvernement flamand alloue 570 millions euros supplémentaires par an pour une augmentation structurelle des salaires. Le secteur est ainsi rendu plus attractif pour les jeunes diplômés grâce à des salaires de départ plus élevés.

"Ce sont de bonnes initiatives, mais il faut en faire plus pour répondre aux pénuries de personnel", avertit M. Poel. "Il y a une demande croissante d'embauche en raison du vieillissement de la population. Un plus grand nombre de personnes, actuellement non actives, pourraient aider. En outre, les emplois flexibles devraient également être possibles dans le secteur des soins. Je connais des gens qui sont prêts à gagner un peu d'argent en travaillant dans le secteur des soins de santé, comme dans l'industrie hôtelière. Ces flexi-jobs peuvent aussi être le tremplin vers une réorientation professionnelle."

Le secteur de la santé souligne par exemple que les employés administratifs peuvent passer à un poste similaire dans le domaine des soins grâce à une formation sur le terrain. Il existe un cours de gestion des soins de santé pour le soutien administratif des médecins et un cours de terminologie médicale est souvent suffisant pour les aider à trouver un emploi dans ce secteur.

"Le secteur des soins de santé a fait beaucoup d'efforts en matière de formation ces dernières années", explique Nele Mertens. "Les employés ne sont pas les seuls, par exemple, à être encouragés afin de devenir infirmiers. Il existe également des initiatives visant à recycler des personnes issues d'autres secteurs. Par exemple, le personnel de cuisine ou de nettoyage peut franchir le pas et devenir soignant ou infirmier. Ils continuent de bénéficier d'un revenu pendant leur formation. Le salaire est versé durant le temps de la formation par le fonds du personnel de santé, qui est financé, lui, par le gouvernement."

Les infirmier.e.s figurent, depuis des années, dans le top 10 des professions en pénurie. Or depuis deux ans, à cette pénurie structurelle s'ajoute l'impact de la crise sanitaire. Sans compter qu'en 2017, la décision d'allonger d'un an la formation des infirmiers, la faisant passer de trois à quatre ans, a provoqué en 2019-2020 une diminution du nombre de nouveaux infirmiers qualifiés fraîchement diplômés.La demande pour les autres métiers de la santé reste également élevée, comme les aides-soignants qui effectuent des tâches d'assistance. Ce groupe occupe la deuxième place dans la liste des professions en pénurie dans ce domaine et est recherché aussi bien par les hôpitaux, que les établissements de repos et revalidation ou en tant qu'infirmier à domicile. Sans oublier le manque de personnel logistique pour le nettoyage du matériel de soin, le travail administratif et les services catering."La pénurie dans le secteur des soins est structurelle et ne diminuera pas, même après la crise du Covid", déclare Nele Ronsmans, consultante principale du groupe de RH Acerta. "Les salariés qui travaillent dans ce domaine savent qu'ils sont convoités par tous. Ils n'hésitent pas à comparer ce qui se présente à eux, quitte à s'en aller vers d'autres secteurs. C'est une bonne chose qu'il y ait un certain mouvement sur le marché du travail, mais en même temps, les entreprises de soins de santé ont la dure tâche de garder les bons éléments en interne.""Et ce n'est pas facile !", ajoute Nele Mertens, conseillère juridique chez Acerta. "Il y a une trop grande concurrence dans le domaine des soins pour attirer facilement du personnel. L'employé se trouve dans une position confortable et choisit l'endroit où, par exemple, les primes sont les plus élevées. Il existe différentes commissions paritaires, toutes avec des barèmes distincts. Les conditions d'emploi et de rémunération dans ces commissions paritaires sont strictement réglementées. Il est donc impossible d'attirer du personnel en proposant des salaires beaucoup plus élevés."L'image de marque de l'employeurAinsi, agiter des avantages sociaux pour recruter ou retenir quelqu'un, comme dans les entreprises privées, ne va pas de soi. "Sur base des conventions collectives de travail, souvent les avantages extra-légaux ne peuvent tout simplement pas être accordés", déclare M. Mertens. "Il y a les barèmes des salaires et les jours d'ancienneté pour ceux qui travaillent après 45 ans et qui bénéficient de congés supplémentaires. Il existe les traditionnelles primes pour le travail de nuit et de week-end, mais les chèques repas et les éco-chèques sont très exceptionnels. Cela ne peut donc pas faire partie de la politique des ressources humaines en matière de recrutement."Selon M. Mertens, c'est aux entreprises du secteur de s'assurer qu'elles sont "attrayantes" aux yeux des candidats potentiels, grâce à une image ou une marque forte. "Ils devraient également faire la promo de leur employeur par le biais de témoignages d'employés qui disent pourquoi ils aiment travailler dans cette entreprise. Il est également important de souligner qu'il est possible de travailler dans votre région."Un élément souvent négligé dans la guerre des talents est le désavantage concurrentiel du secteur des soins résidentiels par rapport à celui des hôpitaux, car le travail y est prétendument moins varié. Ce secteur se trouve-t-il dans une situation particulièrement difficile ? Johan Poel, CEO d'Orelia, qui gère un réseau de centres de soins résidentiels et d'appartements de service en Flandre, constate que son entreprise a effectivement beaucoup de mal à trouver du personnel. "Nous avons quelque 32 postes vacants, dont 80% sont des infirmières et des aides-soignantes. Nous travaillons chaque jour sur notre marque. C'est un travail difficile. Nous soulignons la rémunération intéressante et surtout le fait que nous allouons les ressources suffisantes pour permettre aux gens d'évoluer. À cause de Covid, l'absentéisme pour cause de maladie augmente, mais très peu de personnes quittent l'entreprise de leur propre initiative. C'est déjà un signe positif."Flexi-jobs dans le domaine de la santéSi les entreprises du secteur des soins de santé retroussent elles-mêmes leurs manches, des mesures supplémentaires de la part des pouvoirs publics sont toujours les bienvenues, selon M. Poel. Des mesures de soutien ont déjà été accordées pendant la crise sanitaire. Les salariés des établissements de soins privés ont reçu un chèque-consommation de 300 euros. Dans les établissements publics, la prime de fin d'année a été augmentée. En outre, le gouvernement flamand alloue 570 millions euros supplémentaires par an pour une augmentation structurelle des salaires. Le secteur est ainsi rendu plus attractif pour les jeunes diplômés grâce à des salaires de départ plus élevés."Ce sont de bonnes initiatives, mais il faut en faire plus pour répondre aux pénuries de personnel", avertit M. Poel. "Il y a une demande croissante d'embauche en raison du vieillissement de la population. Un plus grand nombre de personnes, actuellement non actives, pourraient aider. En outre, les emplois flexibles devraient également être possibles dans le secteur des soins. Je connais des gens qui sont prêts à gagner un peu d'argent en travaillant dans le secteur des soins de santé, comme dans l'industrie hôtelière. Ces flexi-jobs peuvent aussi être le tremplin vers une réorientation professionnelle."Le secteur de la santé souligne par exemple que les employés administratifs peuvent passer à un poste similaire dans le domaine des soins grâce à une formation sur le terrain. Il existe un cours de gestion des soins de santé pour le soutien administratif des médecins et un cours de terminologie médicale est souvent suffisant pour les aider à trouver un emploi dans ce secteur."Le secteur des soins de santé a fait beaucoup d'efforts en matière de formation ces dernières années", explique Nele Mertens. "Les employés ne sont pas les seuls, par exemple, à être encouragés afin de devenir infirmiers. Il existe également des initiatives visant à recycler des personnes issues d'autres secteurs. Par exemple, le personnel de cuisine ou de nettoyage peut franchir le pas et devenir soignant ou infirmier. Ils continuent de bénéficier d'un revenu pendant leur formation. Le salaire est versé durant le temps de la formation par le fonds du personnel de santé, qui est financé, lui, par le gouvernement."