"J'ai rejoint Credendo en 1987, rappelle Dirk Terweduwe, CEO du groupe d'assurance-crédit détenu par l'État. Nous étions alors au milieu d'une crise importante. Et quand je porte mon regard sur aujourd'hui, beaucoup d'éléments me font penser à cette époque. Nous voyons apparaître des risques un peu partout dans le monde à un niveau qui n'avait plus été observé depuis les 30 dernières années."
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"J'ai rejoint Credendo en 1987, rappelle Dirk Terweduwe, CEO du groupe d'assurance-crédit détenu par l'État. Nous étions alors au milieu d'une crise importante. Et quand je porte mon regard sur aujourd'hui, beaucoup d'éléments me font penser à cette époque. Nous voyons apparaître des risques un peu partout dans le monde à un niveau qui n'avait plus été observé depuis les 30 dernières années." La deuxième moitié des années 80 avait été marquée par une crise de l'endettement dans de nombreux pays, puis par la crise financière de 1987. Aujourd'hui, il y a les chocs d'offres et de demandes du covid, puis la guerre en Ukraine ... Ces chocs externes ont fait flamber les prix des produits alimentaires et de l'énergie, répandant une trainée d'inflation au travers de l'économie mondiale. "Ces effets ne disparaitront pas de sitôt", prédit le patron de Credendo. Crise multicanalLe covid et la guerre en Ukraine se sont transmis à l'économie mondiale via plusieurs canaux, explique Pascaline della Faille, Country and Sector Risk Manager auprès de Credendo. Ces chocs ont provoqué une augmentation de l'aversion au risque des investisseurs et donc une détérioration du marché des capitaux au niveau mondial. Certains pays, dépendant davantage des marchés russes et ukrainiens, ont été affectés : les pays baltes, mais aussi la Pologne, la Turquie, la Hongrie... exportent vers la Russie. Par ailleurs, des pays comme la Turquie, l'Egypte, Cuba... ont un secteur touristique portant qui accueillait beaucoup de Russes et d'Ukrainiens. Un dernier impact est le choc sur les chaines d'approvisionnement et la flambée des prix de l'énergie et des matières premières. Cela alimente l'inflation, mais augmente aussi le risque de famine dans certaines régions du monde. Nous avons vu dans le passé que même sans avoir réellement de famine, une hausse des prix alimentaires amène une instabilité politique et sociale. Les protestations ont récemment éclaté dans un pays comme l'Équateur.Mais il y a de grandes différences entre les pays exportateurs de matières premières, qui profitent de la hausse des prix et les pays importateurs, plus vulnérables.L'inflation accentue aussi la baisse de la confiance des consommateurs. Et les banques centrales ont commencé à rehausser leurs taux directeurs, avec donc un impact négatif sur les conditions de financement. Tout cela contribue à peser sur l'économie mondiale, ajoute l'économiste de Credendo. C'est assez inquiétant, ajoute-t-elle, à un moment où beaucoup de pays émergents sont impactés par la hausse des prix de l'énergie et des produits alimentaires. Cela met une pression supplémentaire sur leur balance commerciale, mais aussi sur leur dette publique, déjà élevée avant ces chocs. C'est un facteur assez inquiétant. Et suite aux efforts déjà entrepris pour combattre les effets économiques du covid, beaucoup de pays disposent aujourd'hui de moins de marges de manoeuvre budgétaires".Le principal risque pour l'économie mondiale est évidemment la poursuite de la guerre en Ukraine. Avec une double menace : une extension du conflit au-delà de l'Ukraine et la difficulté pour l'Europe de s'affranchir de sa dépendance aux produits énergétiques russes. Cela pourrait provoquer une récession, dans l'Union européenne, mais aussi auprès de certains de ses partenaires commerciaux, comme la Turquie. Faisons un rapide tour d'horizon.Europe de l'Est : pas encore de catastropheEn Europe centrale et Europe de l'Est, Christophe Witte (General Manager, Credendo Short-Term EU risks) nous nous attendons à une augmentation des sinistres, puisque ceux-ci sont corrélés en général à la croissance économique. Mais ce n'est pas encore vraiment le cas aujourd'hui. "Même si on observe à partir du dernier trimestre de l'an dernier, une remontée graduelle des sinistres qui reflète le retrait progressif des aides gouvernementales. "Jusqu'à présent, l'impact du conflit ukrainien n'est pas encore très visible, poursuit-il, mais nous voyons déjà une hausse significative des sinistres dans l'automobile. Mais dans ce secteur, la situation spéciale, le secteur souffrant de ruptures de chaines d'approvisionnement et de la hausse des prix des matières premières. Une série de compagnies ne peuvent plus payer leur facture. Des secteurs intensifs en énergie, comme le verre, sont aussi à risque, poursuit-il." En fait, beaucoup dépendra de l'approvisionnement en gaz russe : si la Russie ne coupe pas ses fournitures de gaz à l'Europe, on ne s'attend pas à un désastre", point Christophe Witte.En Afrique la situation varie fortement d'un pays à l'autre. "La crise en Ukraine va dégrader encore plus les positions d'endettement des pays africains, pointe Louise Van Cauwenbergh (Country and Sector Risk Analyst). Les ressources publiques seront dès lors moins disponibles pour affronter le défi climatique et l'instabilité sociale.Les pays les plus exposés sont ceux dont les importations de blé reposent directement sur la Russie et l'Ukraine, comme le Kenya, l'Afrique du Sud, la Tanzanie, l' Éthiopie, ajoute-t-elle. Mais le problème pour l'Afrique est sa grande dépendance aux importations d'énergie et de produits alimentaires, comme le Lesotho, la Gambie, le Bénin...En Asie,on a assisté certes à la défaillance du Sri Lanka, mais le grand point d'interrogation concerne la Chine, note Raphael Cecchi Country and Sector Risk Analyst. "La question est liée à la politique du zéro covid, dit-il. La plupart des lockdowns ont été levés, mais le risque est de les voir réapparaitre. Le contrôle du virus est mission impossible, mais apprendre à vivre avec le covid est difficile Pékin. Le gouvernement a annoncé un plan de soutien à l'économie, avec des incitants fiscaux, une accélération de grands projets d'infrastructure... pour avoir une activité plus soutenue . Mais le covid reste une incertitude majeure, avec des impacts importants sur l'économie mondiale puisque la Chine est un grand consommateur de matières premières et est un maillon très important des chaines d'approvisionnement. C'est aussi un marché important pour un pays comme l'Allemagne et donc indirectement pour les sous-traitants belges des industries allemandes.Il faudra s'attendre beaucoup de mini crises dans le futur résume Pascaline della Faille. Il y a la suite de la crise du covid, les tensions géopolitiques (il n'est pas exclu d'avoir une crise au sujet de Taiwan), l'impact du changement climatique (nous ne sommes qu'au début), le risque d'autres pandémies. Cela va mener à la multiplication d'événements extrêmes, des tensions sociales, des problèmes migratoires... Cela dans un contexte où l'inflation va rester élevée sur les deux ou trois prochaines années au moins.