En matière de transition énergétique, les entreprises avancent, chacune à leur rythme. Un rythme qui s'accélère cependant avec les échéances qui pointent à l'horizon 2030, voire avant, avec l'interdiction progressive des fluides frigorigènes ou le renouvellement des voitures de société. Bref, elles ont pas mal de pain sur la planche. Si les plus grandes entreprises disposent généralement de toutes les ressources en interne pour apporter des solutions dans le cadre de cette transition écologique, les PME sont plus démunies, de prime abord, face aux défis à relever. C'est pourquoi elles peuvent s'appuyer sur des facilitateurs énergie pour les accompagner dans cette transition. "A côté des aides financières ponctuelles et individuelles, la Région wallonne soutient aussi les entreprises qui s'impliquent dans une démarche volontariste de management de l'énergie par un contrat de performance (objectifs d'intensité énergétique et émissions CO2 à atteindre) via leur fédération et la participation aux accords de branche, confirme Mathieu Barthélemy, facilitateur énergie pour la Wallonie et conseiller-auditeur pour la Chambre de commerce et d'industrie du Luxembourg belge (CCILB). Elle réfléchit également à adapter ce mécanisme aux enjeux de la transmission bas carbone de nos entreprises, afin de les accompagner encore plus efficacement."
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En matière de transition énergétique, les entreprises avancent, chacune à leur rythme. Un rythme qui s'accélère cependant avec les échéances qui pointent à l'horizon 2030, voire avant, avec l'interdiction progressive des fluides frigorigènes ou le renouvellement des voitures de société. Bref, elles ont pas mal de pain sur la planche. Si les plus grandes entreprises disposent généralement de toutes les ressources en interne pour apporter des solutions dans le cadre de cette transition écologique, les PME sont plus démunies, de prime abord, face aux défis à relever. C'est pourquoi elles peuvent s'appuyer sur des facilitateurs énergie pour les accompagner dans cette transition. "A côté des aides financières ponctuelles et individuelles, la Région wallonne soutient aussi les entreprises qui s'impliquent dans une démarche volontariste de management de l'énergie par un contrat de performance (objectifs d'intensité énergétique et émissions CO2 à atteindre) via leur fédération et la participation aux accords de branche, confirme Mathieu Barthélemy, facilitateur énergie pour la Wallonie et conseiller-auditeur pour la Chambre de commerce et d'industrie du Luxembourg belge (CCILB). Elle réfléchit également à adapter ce mécanisme aux enjeux de la transmission bas carbone de nos entreprises, afin de les accompagner encore plus efficacement." La transition énergétique passe par la transformation du système énergétique de l'entreprise. C'est un travail de longue haleine qui ne se limite pas au changement de l'éclairage ou au renouvellement de la flotte de véhicules utilitaires, même si ces actions sont importantes. Il s'agit vraiment d'engager une réflexion globale qui concerne non seulement l'activité de l'entreprise mais intègre aussi à des échelons différents les collaborateurs, fournisseurs et clients. Avant d'entamer votre démarche de transition, il convient au préalable d'élaborer une stratégie claire qui soit comprise par l'ensemble du personnel. Il faudra d'abord réaliser un audit afin que vous sachiez exactement quelle est votre situation sur le plan énergétique. Mesurer, c'est savoir. "Les étapes principales de l'audit sont au nombre de trois, détaille Mathieu Barthélemy. Premièrement, définir avec le chef d'entreprise son périmètre ; deuxièmement, récolter et traiter les données ; troisièmement, restituer au travers d'un rapport la mise en avant des pistes d'améliorations qui ont été identifiées en fonction de la faisabilité et du temps de retour sur investissement." A terme, il est probable que l'audit énergétique obligatoire - il l'est déjà pour les grandes entreprises en Wallonie depuis 2016 - soit élargi à toutes les entreprises moyennant leur niveau de consommation. "Quelque 200 entreprises en Wallonie se sont engagées dans la transition énergétique via des accords de branche, ajoute Mathieu Barthélemy. D'autres grandes entreprises ont adopté une politique différente. Il s'agit alors souvent de filiales de grands groupes qui ont décidé d'un même standard, par exemple, la norme ISO 50001 (amélioration de la performance énergétique) pour l'ensemble de leurs implantations à travers le monde." Pour les PME, nous n'en sommes pas encore là, d'autant que nombre d'entre elles n'affichent pas la consommation des grandes sociétés. Toutefois, il reste encore des petites et moyennes industries qui disposent encore de possibilités importantes de réduire leur consommation énergétique tout en maintenant un niveau de production performant. En fonction de divers éléments et contraintes, tels que le type d'activité, l'implantation de la société, l'état des bâtiments, la possibilité de recourir à des énergies renouvelables, etc., l'entreprise pourra alors décider d'une stratégie qui, si elle est avant tout axée sur la dimension énergétique, doit naturellement associer également des dimensions sociale et environnementale. Le cas du groupe Pierret est intéressant à plus d'un titre. Cette entreprise familiale, qui emploie aujourd'hui plus de 400 collaborateurs, est active dans la fabrication de châssis (PVC, aluminium et bois). Dès la fin des années 2000, Jean-Luc Pierret, père de l'actuelle administratrice déléguée, Daphnée, s'est impliqué dans la problématique complexe de l'énergie. "Cela a vraiment commencé en 2010 quand nous avons décidé d'établir un bilan carbone, rappelle Olivier Mayon, directeur du site extrusion et filmage PVC du groupe Pierret à Transinne. Nous ne savions alors ni ce que nous dépensions vraiment en énergie, ni ce que nous émettions en termes de CO2. Tant les fournisseurs que les clients ont été sensibilisés. En 2011, les chiffres sont tombés: nous émettions en 2010 l'équivalent de 49.000 tonnes de CO2. En ce qui nous concerne, ce sont sans surprise les matières premières qui représentent de loin le premier poste d'émissions avec 87% de l'ensemble, contre 4% pour le transport." Avec l'appui de la CCILB, le groupe Pierret s'est ensuite attelé à un audit énergétique qui a fourni les pistes pour réduire à la fois la consommation d'énergie et les émissions de gaz à effet de serre. C'est une évidence qu'il convient de rappeler: l'énergie la plus économique et la plus propre reste toujours celle que l'on ne consomme pas... Le groupe ardennais s'est donc penché sur l'éclairage (30% de la consommation des bâtiments) ainsi que sur ses équipements. "Nous avons développé une stratégie qui s'articule selon trois axes, poursuit Olivier Mayon: moins, mieux et différemment." Afin de réduire sa consommation tout en augmentant sa production - Pierret est une habituée du classement des Gazelles -, le groupe a investi dans de nouvelles machines plus économes en énergie et travaille actuellement sur une série de projets qui incluent du photovoltaïque ainsi qu'une éolienne. Préparant ainsi le nouveau défi qui se dessine à l'horizon proche avec l'électrification progressive du parc automobile, favorisée par une fiscalité avantageuse. Implantée à Bastogne, l'entreprise de travail adapté (ETA) Serviplast emploie 160 personnes et compte trois pôles d'activités: l'industrie, la construction et les services. C'est le pôle industrie qui est le plus énergivore et qui a bénéficié d'un audit en collaboration avec la CCILB. L'entreprise est spécialisée dans l'injection plastique - elle produit, par exemple, le nouveau packaging des montres Ice-Watch. "Nous avons réalisé un audit énergétique fin 2016, explique Joseph Annet, directeur de Serviplast, grâce auquel nous avons pu quantifier les problèmes, comme la très faible performance énergétique de nos bâtiments qui datent pour certains des années 1970. Nous pressentions bien nos manquements mais avec les données récoltées, nous avons pu définir nos priorités en termes d'actions à entreprendre. Certaines sont plus rapides à réaliser comme le remplacement de notre groupe froid, d'autres vont nécessiter des transformations à long terme comme la rénovation de nos infrastructures. Des transformations qui seront énergétiques, écologiques et organisationnelles. Sans omettre d'intégrer la transition digitale et ses opportunités." Le projet mené par Serviplast a été baptisé SE2 pour social, économique et écologique. Parmi les actions que la société bastognarde a déjà menées, on peut pointer, outre le remplacement du groupe froid déjà évoqué, la mise en place d'un système d'éclairage led intelligent ou encore l'acquisition de nouveaux systèmes de compression afin de diminuer les consommations énergétiques et récupérer la chaleur. Pour l'instant, elle n'a pas encore investi dans l'énergie renouvelable. "Nous allons d'abord revoir nos bâtiments avant d'installer des panneaux photovoltaïques, précise Joseph Annet. Il ne sert à rien de produire notre énergie alors que nous avons encore des problèmes de déperdition de chaleur. La transition énergétique doit être réalisée dans le bon sens. En outre, en tant qu'ETA, nous devons intégrer d'abord la dimension sociale." Serviplast a équipé l'ensemble de son parc de machines de capteurs qui lui offrent une vision en temps réel d'une série de paramètres en lui fournissant une masse précieuse d'informations "qui nous permettent de piloter énergétiquement notre consommation et de fiabiliser notre processus de production", souligne le directeur. Au-delà des considérations économiques et écologiques, cette transition énergétique et plus largement l'implication des PME dans le développement durable sont devenues un élément important dans le recrutement de nouveaux collaborateurs. "La récente crise sanitaire a joué également un rôle mais la tendance était déjà présente avant, observe Joseph Annet. Pour de nombreux jeunes aujourd'hui, la notion de travail est totalement différente de ce qu'elle était auparavant, elle doit désormais avoir un sens. On le constate chaque jour." Cette évolution est importante à souligner dans une période où nombre de secteurs peinent à attirer les profils dont ils ont besoin. Plus que jamais, la transition énergétique doit figurer parmi les priorités dans l'agenda des PME. N'attendez pas le dernier moment, car plus vous vous y prenez tôt, plus vite vous en recueillerez les fruits écologiques et économiques.