Facebook vient une nouvelle fois de se faire épingler pour sa gestion plutôt légère des données personnelles de ses utilisateurs. D'après une enquête choc du New York Times, le réseau social a permis à de grandes entreprises (Amazon, Netflix, Spotify, Microsoft, Yahoo !, Apple, etc.) d'accéder à des données privées comme le nom, le numéro de téléphone, l'adresse e-mail, les amis, les publications des amis, les événements Facebook ou encore les messages privés échangés sur Messenger. De véritables partenariats ont été conclus entre ces géants de la tech et de l'Internet, démontrant un usage inquiétant des données personnelles des utilisateurs par ces plateformes globales rassemblant des milliards d'individus. C'est dans ce contexte que le modeste mais ambitieux acteur européen Qwant espère tirer son épingle du jeu. Son fondateur et PDG Eric Léandri était présent à Namur en décembre dernier à l'invitation de Digital Wallonia, qui organisait pour la deuxième fois Shake, un grand événement dédié au numérique. Trends-Tendances a eu l'occasion de le rencontrer.
...

Facebook vient une nouvelle fois de se faire épingler pour sa gestion plutôt légère des données personnelles de ses utilisateurs. D'après une enquête choc du New York Times, le réseau social a permis à de grandes entreprises (Amazon, Netflix, Spotify, Microsoft, Yahoo !, Apple, etc.) d'accéder à des données privées comme le nom, le numéro de téléphone, l'adresse e-mail, les amis, les publications des amis, les événements Facebook ou encore les messages privés échangés sur Messenger. De véritables partenariats ont été conclus entre ces géants de la tech et de l'Internet, démontrant un usage inquiétant des données personnelles des utilisateurs par ces plateformes globales rassemblant des milliards d'individus. C'est dans ce contexte que le modeste mais ambitieux acteur européen Qwant espère tirer son épingle du jeu. Son fondateur et PDG Eric Léandri était présent à Namur en décembre dernier à l'invitation de Digital Wallonia, qui organisait pour la deuxième fois Shake, un grand événement dédié au numérique. Trends-Tendances a eu l'occasion de le rencontrer. Selon Eric Léandri, son moteur de recherche, qui se différencie des géants de l'Internet par son approche respectueuse de la vie privée, bénéficie d'un bon " momentum ". Les scandales récents autour de l'utilisation des données personnelles par les géants du Web pourraient lui donner un précieux coup de pouce : " Quand l'affaire Cambridge Analytica a éclaté, Qwant a reçu tellement de demandes que nos serveurs ont explosé. J'ai dû en acheter 300 supplémentaires en catastrophe ", évoque Eric Léandri. Cambridge Analytica est cette firme aux méthodes douteuses qui a soutenu une campagne de désinformation pro-Trump auprès de 87 millions d'utilisateurs de Facebook, en obtenant leurs données dans des circonstances troubles. Qwant est un moteur de recherche classique en apparence. Son interface est différente, mais il rend le même type de services que Google, Yahoo ! ou Bing (Microsoft). Sa véritable singularité est moins visible : Qwant ne construit pas son modèle d'affaires autour de la collecte des données personnelles de ses utilisateurs. Le moteur ne stocke pas les historiques de navigation. Toutes les recherches sont anonymisées. Qwant n'utilise pas de cookies, ces mouchards numériques qui suivent les internautes à la trace. " Ce que vous faites avec Qwant reste votre vie privée et nous ne voulons pas le savoir ", indique l'entreprise dans ses conditions d'utilisation. L'entreprise n'est pas pour autant une association sans but lucratif. Son business model, c'est la publicité. Comme Google, Qwant vend aux annonceurs de l'espace lié à des mots clés. Si vous tapez " voiture électrique " dans le moteur de recherche, vous avez toutes les chances de voir dans les premières occurrences des liens vers des constructeurs automobiles. L'entreprise française se profile toutefois comme une alternative " éthique " à l'hégémonique Google. Avec un certain succès : Eric Léandri évoque une fréquentation en croissance mensuelle de plus de 20 %, et un chiffre d'affaires en augmentation de 15 %. Le patron se fixe une ambition forte : " Notre objectif est d'atteindre 10 à 15 % de parts de marché en Europe d'ici 2021-2022 ", avance Eric Léandri. Malgré une belle progression, Qwant est encore loin du compte. En France, sur son marché domestique, Eric Léandri affirme avoir atteint une part de marché d'environ 5 %, alors que certains sites spécialisés placent la barre plus bas : 0,55 % pour Statscounter et 1,72 % pour Similarweb. Sur d'autres marchés européens, l'empreinte de Qwant reste modeste : " En Allemagne, nous sommes à 2 %. En Italie, 1 %. En Belgique, nous ne sommes pas très bons, mais nous allons nous améliorer ", assure le patron. Peu connu et peu utilisé en Belgique, Qwant n'a pas fait l'objet d'une attention suffisamment soutenue de la part des équipes chargées de la " contextualisation " des résultats de recherche, explique Eric Léandri. Pour schématiser, le moteur de recherche était trop influencé par la France pour le marché francophone et par les Pays-Bas pour le marché flamand. L'algorithme a été modifié pour mieux coller aux spécificités locales parfois complexes du marché belge. Qwant se présente désormais comme une entreprise à la pointe des développements en matière d'intelligence artificielle. Doté d'une équipe de 160 personnes, le moteur de recherche lutte avec ses armes, et s'est engagé dans une course visant à rattraper son retard technologique par rapport à Google. " En 2011, au lancement de Qwant, j'avais la technologie que Google utilisait en 1998. J'étais un peu à la rue (rires). Maintenant, j'ai celle de 2015-2016. Ce n'est pas la technologie actuelle, mais je sais exactement ce qu'ils font. " Grâce aux développements de l'intelligence artificielle et du machine learning (logiciels auto-apprenants), Qwant est aujourd'hui en mesure de proposer des résultats de recherches plus pertinents, sur des volumes de données traitées toujours plus importants. Si Qwant indexait à l'origine 5 millions de pages par jour, ce chiffre est passé à 250 millions en 2017, puis 2 milliards en 2018 (Google en revendique plusieurs centaines de milliards). Le moteur de recherche alternatif, que l'on a un moment présenté comme le futur " Google européen ", reste un acteur de niche sur le marché. Eric Léandri ne manque jamais de souligner la position dominante dont abuserait Google, et qui l'a conduit à plusieurs condamnations par la Commission européenne - sans effet notable sur les comportements des consommateurs. Pour tenter de s'imposer sur le marché, Qwant s'est récemment tourné vers les autorités françaises, avec un certain succès. L'Assemblée nationale activera désormais le moteur hexagonal par défaut pour tous les équipements informatiques des députés. Un joli coup de pub. Certaines autorités locales, le Conseil économique et social, mais aussi France Télévisions ou encore l'armée française ont adopté la jeune pousse. Pour toucher de nouveaux publics, Qwant développe aussi une série de services de recherche annexes : Qwant Music, Qwant junior (dédié aux 6-12 ans), Qwant Games (jeux vidéos), etc. L'entreprise se lance également dans le domaine médical, avec Qwant Med, qui vise à donner des outils de recherche perfectionnés aux professionnels de la santé. Dernière sortie en date : Qwant Maps, la seule application cartographique qui ne collecte pas de données de géolocalisation. Les initiatives ne manquent pas. Reste à voir si elles parviendront à faire vaciller le mastodonte Google, qui accapare, selon le site spécialisé Statscounter, plus de 93 % du marché de la recherche en ligne en Europe.