"J'ai étudié le droit sans la moindre ambition d'aller vers le barreau ou la magistrature ", se souvient Chantal De Vrieze. La formation, c'est, dit-elle, " une base " sur laquelle on construit sa carrière. Et donc, à la sortie de la faculté de droit de l'université de Gand en 1984, elle ne s'est pas dirigée vers le palais de Justice mais vers un labo-photo. Elle a rejoint le service de marketing d'Agfa-Gevaert, où elle s'est en particulier occupé des grosses imprimantes et photocopieuses mises à disposition des banques, de la Commission européenne, etc. " On était déjà dans un système de pay for use plutôt que d'achat classique de matériel, explique-t-elle. Et c'est toujours cela que nous faisons chez Econocom. Il n'y a pas de hasard dans la vie. "
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"J'ai étudié le droit sans la moindre ambition d'aller vers le barreau ou la magistrature ", se souvient Chantal De Vrieze. La formation, c'est, dit-elle, " une base " sur laquelle on construit sa carrière. Et donc, à la sortie de la faculté de droit de l'université de Gand en 1984, elle ne s'est pas dirigée vers le palais de Justice mais vers un labo-photo. Elle a rejoint le service de marketing d'Agfa-Gevaert, où elle s'est en particulier occupé des grosses imprimantes et photocopieuses mises à disposition des banques, de la Commission européenne, etc. " On était déjà dans un système de pay for use plutôt que d'achat classique de matériel, explique-t-elle. Et c'est toujours cela que nous faisons chez Econocom. Il n'y a pas de hasard dans la vie. " Ce pay for use allait même un temps être sa raison d'être puisque, après une douzaine années chez Agfa, Chantal De Vrieze a pris la tête du département de leasing chez Van Breda, essentiellement en ce qui concernait le matériel informatique et médical. " C'était déjà un monde de la bureautique, le digital allait seulement venir, précise-t-elle. Chez Van Breda, j'ai acquis mes racines financières, mon expertise dans les solutions de financement et de leasing. " Parmi ses clients, il y avait une société informatique appelée Econocom qui, justement, cherchait la perle rare pour ses solutions de financement. " J'ai été séduite par l'importance de l'entrepreneuriat chez Econocom, se souvient Chantal De Vrieze. C'est un groupe qui laisse vraiment beaucoup de liberté d'initiatives à son personnel. Il y a bien entendu une stratégie internationale de groupe mais les antennes nationales gardent leur autonomie. J'ai une véritable liberté d'action en Belgique et j'aime beaucoup cela. " Elle parle de ce groupe comme d'une grande planète, autour de laquelle voyagent quelques satellites, à savoir ces " pépites innovantes " qu'Econocom rachète en veillant à maintenir les équipes pour conserver " le côté entreprenant ". Exemple de ces satellites : la firme malinoise BIS, dont les solutions audio, vidéo et téléconférences équipent désormais les salles de réunion du groupe Adidas ainsi que les 2.800 écrans d'affichage de l'aéroport de Schipol... Au bout de 14 ans, Chantal De Vrieze aura toutefois envie d'aller faire un tour ailleurs. Elle devient CEO d'Altran Belgique, un poste qui lui permet de se plonger dans les services d'ingénierie et d'approfondir sa connaissance des sociétés de service. Le détour fut bref car, quand Econocom l'a rappelée, elle n'a pas hésité longtemps. " C'est un peu comme si je n'étais jamais partie, sourit Chantal De Vrieze, dans son bureau illuminé par les premiers rayons de soleil de ce mois de février. Je retrouve une équipe que je connais et qui me connaît. " Non seulement, elle dirigera une équipe de quelque 600 personnes mais elle siégera aussi au comité exécutif du groupe, soit d'un ensemble qui pèse 2,8 milliards d'euros. Elle continuera, par ailleurs, à siéger au conseil d'EVS, Axa, Picanol et Colruyt. " J'ai insisté pour conserver ces mandats, confie-t-elle. Je suis curieuse et passionnée de nature, j'aime m'intéresser à d'autres secteurs d'activité. Après, gérer son temps, c'est une question d'organisation et de capacité à déléguer. Je fais confiance à mes équipes. C'est l'un de mes rôles en tant que manager : faire grandir les gens dans l'entreprise. " De toute façon, la stricte hiérarchie et les structures pyramidales, elle n'y croit plus trop aujourd'hui. " Les meilleures idées viennent souvent du terrain, de la base, poursuit Chantal De Vrieze. Il faut veiller à ce qu'elles puissent s'exprimer. C'est indispensable pour une grande entreprise qui veut rester agile. " Traduction concrète : elle est en phase de sélection d'un board challenger, à savoir un jeune talent dont la mission de challenger les choix du comité de direction et d'amener des idées disruptives. " Il ou elle va nous secouer de temps en temps, sourit-elle. Je crois beaucoup en cette manière de fonctionner. Il faut avoir l'audace de dire les choses, de s'interroger ensemble. Mais bien entendu, toujours dans le respect mutuel. " Surtout, ne dites pas à Chantal De Vrieze qu'elle doit ses mandats d'administratrice aux quotas de présence féminine... " Ce serait la pire des choses ! s'exclame-t-elle. Evidemment, les instances dirigeantes de nos entreprises sont trop masculines et, plus généralement, trop uniformes. Nous avons besoin de diversité de genres, de cultures, d'origines, de diplômes. C'est indispensable dans un monde globalisé. Mais le focus prioritaire dans un recrutement doit rester le talent, la compétence des candidats. " Rassurez-vous, si elle rejette les quotas, Chantal De Vrieze a une autre idée pour favoriser les carrières féminines. Partons du constat : il y a plus de filles que de garçons parmi les jeunes universitaires mais elles sont moins nombreuses à gravir les échelons dans leur carrière professionnelle. " Dans nos pays européens, il est difficile de gérer sa carrière et d'aller chercher les enfants à l'école tous les jours à 16 h, dit-elle. Dans un couple, l'un des deux doit mettre sa carrière entre parenthèses et souvent (plus toujours, il y a du changement), c'est la femme. " Pour permettre aux deux conjoints de faire carrière, elle propose d'instaurer des aides fiscales pour l'engagement de personnel de maison. " C'est mon conseil aux jeunes talents : staffez-vous, résume la patronne d'Econocom BeLux. C'est du win-win. D'un côté, il y a tant de personnes sans emploi qui aimeraient s'occuper des enfants. De l'autre, vous avez des parents sereins car ils savent que leurs enfants sont pris en charge. Si vous êtes épanouie dans votre vie professionnelle, vous le serez aussi dans votre vie familiale, vous passerez de bons moments avec vos enfants, sans le stress de la vie professionnelle. " L'harmonie des vies personnelle et professionnelle est sans doute plus difficile à gérer qu'autrefois, avec des horaires de plus en plus flexibles. " On peut voir cela comme une contrainte mais aussi comme une liberté, analyse Chantal De Vrieze. Grâce à la digitalisation, une partie du travail peut être accomplie à d'autres moments, dans d'autres endroits. " Le défi est alors de parvenir à se préserver des plages de décompression, dans un emploi du temps mobilisable à tout instant. " Il faut savoir dire stop et recharger ses batteries, continue-t-elle. Et le manager doit donner l'exemple en prenant aussi du temps pour lui-même. " Pour la patronne d'Econocom Belux, cette décompression, ce sera tout simplement de belles balades dans la campagne - " je ne peux pas me recharger en ville " - et de temps en temps des escapades plus lointaines, notamment pour rendre visite à l'une de ses filles qui vit à Dubaï. Mais le nec plus ultra, pour elle, ce sont les grandes étendues sud-africaines. " Un safari, c'est peut-être ce qui me détend le plus, conclut-elle. Et en plus, il y a du bon vin en Afrique du Sud. "