Le chantier de l'allongement de la piste de l'aéroport de Charleroi démarre. Ce n'est pas l'opérateur Brussels South Charleroi Airport (BSCA) qui s'en charge. Mais la Société wallonne des aéroports (Sowaer), la véritable propriétaire des aéroports wallons, dont l'unique actionnaire est la Région wallonne.

Liege Airport et BSCA sont davantage connus mais ces deux sociétés possèdent peu de bâtiments et aucune infrastructure. Les pistes, les terrains et la plupart du foncier liés à l'exploitation aérienne appartiennent à la Sowaer, qui en assure la grande maintenance et le développement. Moyennant une redevance annuelle d'environ 15 millions d'euros payée par Liege Aiport et BSCA (chacune).

" La Sowaer a été mise en place en 2001, elle est progressivement devenue propriétaire des infrastructures des aéroports ", précise Luc Vuylsteke, CEO de la société et ancien inspecteur des finances.

L'arrivée de TNT a suscité la constitution de Sowaer

Au fil des réformes constitutionnelles, les Régions avaient obtenu la propriété des aéroports, sauf celui de Zaventem. Ce transfert de compétences fut effectif en 1989. Une décennie plus tard, la Wallonie a cherché à utiliser ces infrastructures pour son développement économique. Lorsqu'une filiale des postes néerlandaises, TNT, a choisi d'installer sa base aéroportuaire et un centre de tri à Liège en 1998, la Région wallonne a dû moderniser l'aéroport.

Pour échapper aux inconvénients de la comptabilité publique, il apparaissait plus simple de créer une société anonyme pour exécuter les développements de ce gros client néerlandais. " Cette formule était plus adéquate pour la gestion des investissements à un horizon de 10 à 15 ans et les négociations avec les banquiers, explique Luc Vuylsteke. Cela permettait à la Région, soumise à la logique de l'annualisation du budget, de lisser son intervention. Depuis 2001, nous avons passé près de 600 millions d'euros de commandes aux entreprises de construction, et dans le futur, ces investissements représenteront environ 30 millions par an. " Le CEO précise que l'entreprise est le bras de la Région wallonne et que ses agissements relèvent du ministre en charge des Aéroports, aujourd'hui Jean-Luc Crucke.

Liege Airport propose à ses clients des terrains pour des activités logistiques, dont la propriété reste entre les mains de la Sowaer. © Hollandse Hoogte / Peter Hilz

Une société de services plus qu'un holding

La création de la structure juridique tenait moins à une gestion stratégique des opérateurs qu'à celle des infrastructures. Même si la Sowaer dispose de participations importantes dans Liege Airport (la majorité) et BSCA (24,1%), elle n'en est pas, dans les faits, la patronne. Elle joue un rôle de soutien, non de direction stratégique, et agit plus en société de service qu'en holding. Ses participations sont tenues pour compte de la Région.

" Lorsqu'il y a des assemblées générales, nous demandons les instructions du ministre en charge des Aéroports ", précise Luc Vuylsteke. La Sowaer n'a pas la faculté, par exemple, de vendre ses participations ou d'en acheter d'autres de son propre chef.

La délicate gestion du dossier du bruit

Son rôle se comprend dans le cadre d'un partage des rôles. Les sociétés gestionnaires des aéroports sont en première ligne pour attirer les clients et les compagnies aériennes, accueillir les passagers, développer des commerces, bref, réaliser les objectifs de la Région en matière de développement économique.

La Sowaer leur fournit et entretient les infrastructures nécessaires à ces missions. Elle prend également en charge la question environnementale, notamment le délicat dossier du bruit. " Nous disposons de 16 sonomètres pour chacun des deux aéroports, indique Luc Vuylsteke. Ainsi, nous pouvons fournir tous les jours, à la demande de tous, les données sur un vol précis et son niveau sonore. "

La Sowaer exécute la politique fixée par la Région pour préserver les habitants situés sur les aires les plus touchées par le bruit des décollages. Contrairement à Brussels Airport, les aéroports de Liège et de Charleroi ne multiplient pas les couloirs utilisés lors des décollages, ce qui permet d'intervenir au niveau des logements. La Sowaer a ainsi consacré, depuis 2001, environ 400 millions d'euros à des mesures d'accompagnement : rachat de maisons, de terrains, travaux d'insonorisation, financement de déménagements, soit une politique financée par la Région wallonne à hauteur de 15 millions d'euros par an.

Le niveau d'intervention dépend de la zone où le logement est situé. Dans les zones A & B, les propriétés peuvent être rachetées (biens acquis au plus tard le 13 juillet 2004), une aide au déménagement est consentie aux locataires, les travaux d'insonorisation peuvent être pris en charge à 100%. A mesure que les zones sont moins bruyantes, l'intervention diminue.

Comment la lutte contre le bruit a permis d'attirer Alibaba

Une bonne partie des dépenses consenties pourraient être récupérées. Car à Liège, ces terrains sont en majorité reconvertis en une zone économique de 400 hectares brut (270 hectares net). Sans la politique wallonne contre le bruit, Alibaba n'aurait sans doute pas pu s'installer à Liège. Le groupe chinois, dont la filiale logistique Cainiao va construire des infrastructures, disposera de bâtiments dans le site de l'aéroport ainsi que sur des terrains de la zone économique contiguë, située au nord des pistes.

" Nous avons transformé un problème en opportunité, se réjouit Luc Vuylsteke. Au début, personne n'y croyait. " Liege Airport, qui enregistre une hausse de son activité principale de fret, peut proposer des terrains pour des activités logistiques à ses clients. Leur propriété reste entre les mains de la Sowaer, qui accorde des emphytéoses. Le premier client installé est Montea, un professionnel de l'immobilier logistique.

Maisons à louer, pas chères

La zone économique bénéficie de subsides à l'équipement et des aides du fonds européen Feder, comme d'autres zones économiques et zonings. " Nous devons respecter les règles du marché et les conditions consenties qui ne comprennent aucune forme de subside ", précise Luc Vuylsteke. A Charleroi, les zones encore propriétés de la Sowaer sont plus réduites, tout au plus une quinzaine d'hectares, mis à la disposition de BSCA.

Ce rôle immobilier occupe une bonne moitié de l'effectif de la Sowaer (70 personnes), l'autre étant composée d'ingénieurs, d'experts en aéronautique et des services centraux. Une partie des activités repose sur la mise en location de maisons qui n'ont pas été abattues. Au moment où nous terminions cet article, le site de la Sowaer proposait une maison quatre façades pour un loyer mensuel de 620 euros, située à Saint-Georges, à l'ouest de l'aéroport, dans l'axe de décollage. Ainsi qu'un terrain à bâtir de 1.000 m2 à Ans. Malgré les survols, il y a toujours des candidats.

Un autre rôle de la Sowaer est de servir de guichet pour le versement d'aides de la Région wallonne aux aéroports pour les compétences régaliennes, pour la sûreté et les pompiers. L'exposé du budget 2018 mentionne un total d'environ 70 millions d'euros de dotations destinées à financer ces opérations, qui transitent en partie par les comptes de la Sowaer. Ce sont les dernières aides que la Commission européenne autorise car elles financent des fonctions régaliennes.

Fini les aérogares

L'évolution de la société ? " De plus en plus, tout ce qui n'est pas strictement aérien sera délégué aux sociétés d'exploitation, fait remarquer Luc Vuylsteke. Nous nous orientons de plus en plus vers une société patrimoniale, avec des métiers techniques pour entretenir les pistes et les parkings d'avions. On ne s'occupera plus de financer sur nos fonds propres les hangars de fret ou de passagers. On pourra toutefois s'occuper de les construire pour le compte des sociétés d'exploitation, si elles le souhaitent, mais nous n'en serons pas propriétaires. "

Dans cette perspective, l'exécutif de la Région wallonne modifie le statut des relations avec les sociétés de gestion, Liege Airport et BSCA, pour qu'elles puissent proposer à leurs clients des facilités pour construire des bâtiments sur les terrains des aéroports, propriétés de la Sowaer.

Jusqu'à présent, il n'était pas possible de concéder des droits réels, sous forme d'emphytéose ou de vente. Les candidats n'avaient pas la garantie formelle de pouvoir rester toute la durée du financement des bâtiments, ce qui posait un souci pour trouver du crédit. D'autant que la concession des opérateurs était limitée à 2040. Un nouveau système de licence de Liege Airport et de BSCA, sans limitation dans le temps, sera mis en place, avec la faculté de bénéficier d'emphytéoses.

L'allongement de la piste est en cours

Le chantier de l'allongement de la piste de l'aéroport de Charleroi de 2.550 à 3.200 mètres a démarré. C'est l'affaire de la Sowaer, qui possède l'infrastructure de l'aéroport. L'objectif est de prolonger la piste utilisable par des longs-courriers à pleine charge. Les travaux, d'un montant de 30 millions d'euros, se déroulent du côté où les avions décollent la majeure partie du temps, vers Heppignies, au nord-est. Ils seront répartis en deux zones. Sur la zone la plus éloignée de la piste, les travaux se dérouleront 24 h sur 24. Sur l'autre, ils attendront que les vols s'arrêtent (entre 23 h et 6h30). Cette disposition allonge la durée du chantier, qui va durer deux ans, jusqu'en 2021." On se moque de moi quand je dis que cet allongement sera positif pour les riverains, mais c'est vrai, déclare Luc Vuylsteke, CEO de la Sowaer. Au décollage, les avions partiront de plus loin, vers Heppignies, ils seront décalés et arriveront donc plus haut lorsqu'ils atteindront le bout de la piste. L'impact sonore devrait être plus réduit pour les habitants des premières zones survolées. " Il reste à Brussels South Charleroi Airport, qui a un nouveau patron, Philippe Verdonck, à trouver des clients pour le long-courrier autres qu'Air Belgium qui a démarré en juin dernier sur Hong Kong mais qui a déjà stoppé cette destination en automne et tarde à en lancer d'autres.

Quelques chiffres (données de l'exercice 2017, le dernier publié)

Actionnaire : La Région wallonne (100%).

Les recettes (ventes), de 75 millions d'euros, sont constituées pour moitié (environ 30 millions d'euros) de sommes versées par la Région wallonne qui sont distribués aux aéroports de Liège et de Charleroi pour financer la sûreté (sécurité passagers, bagages) et les pompiers. Ces financements ne sont pas considérés par la Commission européenne comme des aides économiques. L'autre moitié est constituée par des redevances payées par les sociétés gestionnaires des aéroports pour l'usage des infrastructures et des bâtiments.

Le résultat net est en légère perte depuis plusieurs années. Il était de - 3 millions d'euros en 2017. Ce n'est pas grave puisque l'entreprise est un bras de la Région wallonne et est bien capitalisée (plus de 200 millions d'euros). La perte annuelle s'explique en grande partie par des amortissements des infrastructures apportées en nature par la Région wallonne. Notons que l'augmentation de la redevance imposée à l'aéroport de Charleroi par la Commission européenne en 2014 n'a pas généré de revenu supplémentaire pour la Sowaer. C'est la Région wallonne qui a fait une économie car elle n'a plus versé d'aide à BSCA pour le financement de cette redevance. Le procédé avait été contesté par l'instance européenne et considéré comme un subside illicite.

Participations : La Sowaer est actionnaire de Liege Airport (24,1%), à côté de NEB Participations (50,36%), Aéroports de Paris Participations (25,54%). Elle est aussi actionnaire d'aérodromes pour l'aviation de loisir : Saint-Hubert (22,63%), Spa (100%) et Cerfontaine (100%).

Adresse : Namur Office Park, 8 avenue des Dessus-de-Lives, 5101 Namur (Loyers).